Courrier des lecteurs : Étrons, étrons, petits patapons











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L’odeur d’égout est reconnaissable entre toutes : subtil mélange d’arômes d’eaux usées aux vagues relents de lessive, madeleine de Proust sans le « s » qui ne suscite guère l’envie de respirer et fait froncer le nez… On subit ses assauts quand il faut déboucher la fosse septique ou explorer le siphon d’un WC. On détecte ses miasmes en senteur de fond quand on déambule dans une grande ville ou aux abords de certaines rivières au sortir des villages. Mais au beau milieu de la campagne ? Impossible me direz-vous !

Si vos parents ne sont pas agriculteurs, vous avez au moins tous déjà passé un été à la ferme de vos grands-parents. Les animaux, les prairies à perte de vue, les boules de foin et de paille, les aventures, les coups de soleil et enfin au soir, le souper avec des produits du terroir sur la table. Le bonheur !

Cette expression revient souvent dans la bouche des paysans retraités et des aînés. Marrant ! Ils veulent tous « profiter de la vie » durant les dernières années qu’il leur reste à passer sur Terre. Disons qu’il est un peu tard pour y songer… La plupart d’entre eux prétendent qu’ils n’ont pas assez « profité », et qu’ils doivent se rattraper.


Avez-vous un violon d’Ingres, une activité secondaire qui vous apporte du pur plaisir et vous détend ? J’ai l’écriture et le jardinage : mon ordinateur et mon potager. Quelle chance j’ai !







Deux tracteurs agricoles sont accoudés au bar. L’un demande à l’autre : « Tu bois quoi ? » ; l’autre répond : « Un mazout ! ». Ils appellent le barman : « Deux mazout, aubergiste ! ». Celui-ci s’étonne : « Encore ? Vous ne buvez rien d’autre ? Vous devriez essayer de l’éthanol, du méthane liquide, ou de l’huile de colza ! Le mazout est hors de prix, ces jours-ci, et il n’est pas près de baisser… Qu’importe le breuvage, pourvu qu’on ait l’ivresse ! ». Les tracteurs rétorquent : « Zut ! Va falloir changer les injecteurs, ou carrément le moteur ! Deux mazout, ça ira : peu importe le prix ! On a soif, nous ! ».

Diling ding dong ! Les cloches de Pâques tintinnabulent joyeusement dans nos villages ; les enfants sortent leurs petits paniers pour la chasse aux œufs. Ailleurs, pas si loin d’ici, les cloches (s’il en reste) sonnent le tocsin ; les enfants tués par des missiles sont emportés sans vie dans des grands paniers, et le glas égraine ses tristes notes… « Les guerres sont dingues dingues dingues » pleurent les cloches dans les pays écrasés par les bombes. Et pour résoudre ces conflits, les hauts politiciens concluent entre eux des marchés : « deal deal ding dong ». Mais qu’est-ce qui cloche dans la tête de tous ces gens qui commercent tout et n’importe quoi, même des vies humaines ?

C’était en automne, dans le train d’Ottignies qui allait vers Louvain-la-Neuve. Bon nombre de citoyens connaissent par cœur ces sept minutes de trajets qui séparent un univers de l’autre. Tous ceux qui ont emprunté cette ligne savent aussi qu’on peut y rencontrer tous les esprits, des plus endormis au plus érudits. Les conversations sortent de nulle part, sans queue, ni tête, sur des sujets plein la tête.

Manque de bol pour ceux qui apprécient les symboles, nous vivons dans un monde ultra-matérialiste où on mange, on respire, on dort… (et bien d’autres activités), en comptant ses sous, en soupesant la valeur de ses agissements ; leur pertinence, leurs performances. Il faut être précis, considérer le côté utilitaire de ses actions et de ses pensées, ce qu’elles vont nous rapporter ; ne pas s’encombrer d’émotions et de fantasmes parasites.

« I r’ fâri onn’ bonn’ guèrr’ ! Lè djîns kèchèr’rîn brâmè moînss’ leu sous ! »(Il refaudrait une bonne guerre ! Les gens déchireraient beaucoup moins leurs sous !)
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