Accueil Potager

Les engrais verts: un véritable atout pour l’entretien des potagers

Après les pluies abondantes depuis octobre, la situation dans nos potagers est contrastée. Lorsque le drainage est suffisant, les cultures ont été implantées en suivant presque le calendrier habituel. Au contraire, lorsque celui-ci est limité, les implantations ne sont que partiellement réalisées. Et si certains jardiniers souhaitaient semer des cultures d’automne, dans de nombreux potagers, les sols saturés d’eau et l’abondance de limaces laissent actuellement des parcelles inoccupées. Dès lors, lorsqu’un qu’un espace se libère en fin d’été et qu’il ne sera pas occupé par des légumes avant le printemps, n’hésitons pas : semons des engrais verts.

Temps de lecture : 6 min

Cette technique est couramment mise en place par les agriculteurs pour protéger la structure de leurs sols et maintenir la fertilité.

Par ailleurs, il ne faut pas laisser le terrain s’envahir de plantes non désirées. Les espèces destinées à produire l’engrais vert sont choisies pour leur fort pouvoir de concurrence. La masse végétale ne laisse plus assez de lumière aux plantes sauvages. Celles-ci peuvent peut-être germer, mais ne produiront pas de semences.

La présence de liseron, de chiendent ou de prêle, est maintenant facile à repérer. Le travail du sol est une occasion d’extirper et d’évacuer les racines et rhizomes. Surtout, ne bouturons pas ces plantes dans notre potager en « fraisant » le sol avec un outil motorisé !

En outre, les racines des engrais verts retiennent la terre et luttent ainsi contre l’érosion. Pour les terres sans pente, la couverture végétale protège le sol de la battance et de l’effet de martellement des pluies d’automne.

La mise en réserve des éléments fertilisants

Les éléments minéraux solubles dans l’eau encore présents dans le sol à la fin de l’été seront captés par les racines des engrais verts. Ils serviront à bâtir leur charpente végétale. Après le retournement des engrais verts dans le sol, ces éléments se libéreront au fur et à mesure de leur décomposition, au printemps. Sans cela, les pluies hivernales risqueraient d’emmener les éléments minéraux solubles en profondeur et ceux-ci ne seraient plus accessibles aux racines des légumes l’an prochain.

Les légumineuses peuvent permettre la capture d’azote de l’air via les nodosités.

La remontée des éléments minéraux jusqu’en surface du sol concerne les éléments majeurs (azote, magnésium…) et les mineurs (oligoéléments).

Notons que si la terre est carencée en un élément ou en des éléments minéraux, l’engrais vert poussera moins bien que dans si elle en est bien pourvue. L’engrais vert ne peut rendre au sol que ce qu’il a capté. En cas de carence manifestée par une analyse, un apport correctif reste requis.

La vie dans le sol

Les engrais verts sont des végétaux destinés à être incorporés à la terre alors qu’ils sont encore relativement jeunes. Pas encore très lignifiés, ils fourniront une masse organique facilement décomposable par les organismes présents dans le sol. La vie de ce dernier est stimulée et le résultat sera une augmentation de la fertilité. La décomposition de la masse végétale des engrais verts donnera, d’une part, la libération des éléments minéraux et, d’autre part, la formation d’humus.

De plus, si les engrais verts ne sont pas très efficaces pour décompacter la terre, ils préservent parfaitement une bonne structure et une perméabilité optimale une fois que le terrain a été décompacté avant leur implantation. Cette décompaction de la terre est importante avant de les semer. D’autant plus que cette année, les pluies abondantes ont considérablement compacté les sols de nos potagers.

En parallèle, les légumineuses, souvent intégrées dans les mélanges d’engrais verts, jouent un rôle important en captant l’azote de l’air grâce à leurs nodosités. Cela apporte un complément à la fertilisation qui sera bénéfique dès l’année prochaine.

Bien choisir les espèces

La rotation permet d’éviter que des espèces végétales ne favorisent la transmission de maladies ou ravageurs d’une année à l’autre. Pour cette culture à part entière, nous choisirons donc des espèces qui ne sont pas concernées par les maladies des légumes habituels, comme la phacélie et les graminées. Bien que les risques soient mineurs lorsque la température du sol est inférieure à 20°C, nous éviterons les crucifères juste avant ou juste après une culture de choux. Le même raisonnement sera appliqué pour les légumineuses (Papilionacées) mais en étant plus strict et considérant au moins les deux années avant et après ces cultures.

À cette époque-ci de l’année, le mélange de seigle et de vesces ou de trèfle incarnat convient bien. Le chou de Chine est facile à implanter aussi. Nous choisirons en fonction des contraintes de rotation. La fèverole est également une plante intéressante, seule ou en association avec une autre espèce végétale.

Enfin, pour les semis de printemps ou d’été, d’autres mélanges sont préférables.

La moutarde est un engrais vert classique. Elle peut être fauchée et incorporée au sol sur place, fauchée et déplacée sur un autre endroit du potager ou encore compostée alors qu'elle n'a pas encore été détruite par le gel.
La moutarde est un engrais vert classique. Elle peut être fauchée et incorporée au sol sur place, fauchée et déplacée sur un autre endroit du potager ou encore compostée alors qu'elle n'a pas encore été détruite par le gel. - F.

La fumure et l’amendement

Un engrais vert pourra pousser grâce aux éléments minéraux présents dans le sol en fin d’été. Mais si les apports d’engrais, de compost et de fumiers étaient peu élevés lors de l’année précédente, nous pouvons les mettre avant ce semis. C’est aussi le bon moment pour apporter de la chaux si l’analyse de sol le recommande. Et attention, on n’apporte pas celle-ci et le fumier ou le compost en même temps, au risque de favoriser des pertes d’azote ammoniacal dans l’air. Si les deux apports sont nécessaires, il est préférable d’incorporer l’un au sol, puis d’apporter le second.

Des semis au printemps jusqu’à fin d’été

Pour le semis, nous affinons le sol en surface comme nous le faisons pour ceux de légumes. Pour un bon développement de la masse végétale de l’engrais vert, respectons les doses recommandées par les semenciers.

Nous pouvons semer ce dernier à la volée et recouvrir les graines par un simple hersage au râteau. Mais les semis réalisés en ligne permettent de meilleures levées.

Ils peuvent être semés au printemps jusqu’à la fin de l’été, dès que le sol peut être libéré une dizaine de semaines. Nous essayons de les terminer avant mi-septembre pour que le développement des plantes soit important avant l’arrivée des froids hivernaux.

Au niveau de la protection, généralement, il n’y a rien à prévoir pour les engrais verts contre les maladies et ravageurs. Mais dans certains cas, de nombreuses adventices lèvent et se développent : une tonte peut être nécessaire pour les écimer.

Les mélanges d'espèces, par exemple de  légumineuses et de graminées, est également  avantageux. Cette photo a été prise dix jours après le semis.
Les mélanges d'espèces, par exemple de légumineuses et de graminées, est également avantageux. Cette photo a été prise dix jours après le semis. - F.

Sa destruction : une difficulté devenant un atout

La destruction de l’engrais vert est l’une des difficultés pour les jardiniers qui ne disposent pas des outils puissants des agriculteurs. Mais ce problème peut devenir un atout.

Si cette culture est réussie, elle représente une grande masse végétale. Une partie est souterraine et comprend tout le chevelu racinaire. Idéalement, l’engrais vert sera détruit par intervention mécanique du jardinier. Cette masse va pouvoir être décomposée par les organismes vivant dans le sol.

La partie aérienne est aussi importante et sera détruite par intervention mécanique du jardinier. Si elle est conséquente, elle peut être fauchée. Elle peut être laissée sur place pour être enfouie en surface ou « mulchée ». Elle peut être transportée pour enrichir le tas de compostage ou une parcelle voisine. Dans ces deux derniers cas, la parcelle d’engrais vert bénéficie de l’enrichissement racinaire, tandis que d’autres parties du jardin profitent de la masse foliaire

Le gel peut amener la mort de la partie aérienne de l’engrais vert. Les parties gelées se dessèchent. Incorporées au sol, elles amènent leur richesse en minéraux. Mais les matières vertes à décomposer par les organismes du sol sont en partie perdues.

A lire aussi en Potager

Réussir les semis et l’élevage des plants à repiquer

Potager Dernièrement, le calendrier du jardinage et des conseils sur les stocks de semences ont été publiés dans cette rubrique. Il est donc, à présent, temps de passer aux autres aspects pratiques afin de s’assurer, étape par étape, que les semis se développent dans les meilleures conditions.
Voir plus d'articles