Les campagnols, des petits rongeurs…mais de grands dégâts dans les jardins!
C’est souvent via les dégâts que nous repérons leur présence. Il peut même être possible de voir leurs galeries. Les campagnols, ces petits animaux s’intéressent à presque toutes les espèces de légumes. En récoltant des poireaux ou des carottes, les jardiniers peuvent parfois constater que la base du fût ou de la racine est rongée. Il n’en reste que la peau. Les endives ou les scaroles fanent brutalement et n’ont plus d’enracinement. Les radicelles des arbres fruitiers plaisent aussi à ces rongeurs, avec des conséquences graves pour les jeunes plantations.

La présence des campagnols dans le jardin suit un rythme pluriannuel. Certaines années, elle est très discrète, nous n’observons pas de signe de leur passage. D’autres années, leurs dégâts sont très importants et semblent s’aggraver de mois en mois.
Cinq espèces sont recensées en Wallonie. Parmi elles, le campagnol terrestre (Arvicola terrestris) et le campagnol des champs (Microtus arvalis) sont les plus fréquents.
Le premier mesure 12 à 18 cm et sa queue entre 5 et 8 cm. Il pèse de 60 à 120 g. Sa tête est volumineuse. Les incisives sont larges, puissantes, capables de creuser les galeries dans le sol. Il creuse un nid avec de nombreuses galeries et laisse des monticules de terre ressemblant un peu à ceux des taupes. Il mange l’équivalent de son poids ou même jusqu’à une fois et demi celui-ci par jour.
Le second, le campagnol des champs, a une longueur de 8 à 13 cm, sans la queue courte de 3 à 4 cm et pèse 18 à 50 g. La forme de son corps est trapue et arrondie. Il vit plutôt en surface et creuse des terriers souterrains. Il mange l’équivalent de deux fois son poids par jour. Il vit en nocturne et en diurne, dans et hors des galeries.
Des populations en développement durant 3 à 6 ans
Ces rongeurs se déplacent à découvert, essentiellement la nuit.
Ils peuvent avoir 3 à 8 nichées par an, composées chacune de 3 à 10 petits. La maturité sexuelle est très précoce, à 2 mois déjà.
Ils sont très bien adaptés à nos conditions climatiques. Ils n’hibernent pas. Ils peuvent se déplacer sous la neige et sous le couvert végétal. De plus, ils amassent des réserves pour l’hiver et se ménagent des nids douillets pour se protéger du froid, dans des zones non inondables du terrain.
Les populations de ces bêtes suivent des cycles avec un pic tous les 3 à 5 ans pour le campagnol des champs et 5 à 6 ans pour le campagnol terrestre. Les populations progressent jusqu’à un point culminant avant de s’effondrer brutalement.
L’absence d’arbres ou de haies dans l’environnement du jardin joue un rôle clé dans l’intensité des pics de populations de campagnols, ce qui influence directement l’ampleur des dégâts qu’ils peuvent causer. La couverture végétale protégeant les campagnols des prédateurs est un deuxième facteur favorable aux pics élevés de population. En progressant sous un paillis, les rongeurs sont à l’abri de ces chasseurs.
Particulièrement craints dans les jeunes vergers
Les campagnols ne limitent pas leur terrain à notre seul jardin : ils circulent aussi dans les parcelles, les prairies ou les champs voisins.
Ils mangent volontiers les chicons (racines et chicon), les laitues, les chicorées, les fruits, les racines charnues, les bulbes, les fûts de poireaux, les pommes de terre, les parties aériennes de légumes comme la bette, les fruits comme les courgettes. En regardant attentivement, nous pouvons repérer les petits tunnels par où les campagnols sont arrivés. Parfois aussi, nous sentons que la terre s’enfonce légèrement sous nos pieds aux emplacements des galeries superficielles.
Les dégâts de ces animaux sont particulièrement craints dans les jeunes vergers. Ils rongent les racines des jeunes arbres au fur et à mesure de leur croissance. Les arbres déclinent et meurent. Lorsque les ravages sont partiels, l’ancrage au sol diminue et ils ne résistent plus aux coups de vents.
Plusieurs solutions pour s’en débarrasser
Préventivement, la présence de haies et de plantations ligneuses permet aux prédateurs de s’installer et de chasser plus efficacement. C’est particulièrement important pour éviter les grands dégâts dus aux surpopulations de campagnols. Les prédateurs peuvent y observer les activités des rongeurs.
Les paillis de surface protègent le sol, comme dit précédemment, mais servent également d’abri pour ces bêtes. C’est important d’en tenir compte lors des pics élevés de populations.
En plaine, les prédateurs naturels sont les renards, les fouines, les hermines, les belettes, les blaireaux, les pies, les corbeaux et les rapaces nocturnes et diurnes.
Dans les zones urbaines, les chats sont des auxiliaires précieux également. Nous les voyons parfois à l’affût dans la pelouse ou le potager.
En tondant régulièrement l’herbe au pied des arbres, nous permettons à ces chasseurs de repérer plus facilement leurs proies. Ce sont eux qui apportent la meilleure des solutions.
Notons qu’un tas de bois, de briques ou de pierres peut héberger un prédateur de passage, comme une belette : la solution au problème est alors toute trouvée.
Le piégeage peut être réalisé en toutes saisons. Toutefois, en hiver, les galeries sont plus facilement repérées et la reproduction de ces animaux est fortement ralentie. Si nous constatons beaucoup de dégâts dans nos récoltes d’automne, ce sera bientôt le moment de se lancer dans des campagnes de piégeage dans notre jardin.
Le piégeage mécanique est efficace et très rapide dans son action. Plusieurs types existent. Il faut placer le piège dans une galerie de passage récente et obturer le trou créé pour éviter le passage de la lumière du jour. Employons des gants pour ne pas laisser d’odeur au piège.
Le truc du piégeur : froisser une poignée d’herbe ou de foin et la placer à proximité du piège pour masquer les odeurs de celui-ci et de l’opérateur.
Enfin, les taupiers professionnels sont compétents pour nous aider dans la maîtrise ces populations.
D’autres moyens pour les éviter
En dérangeant systématiquement les galeries, nous pouvons espérer que les campagnols changent leur itinéraire. Néanmoins, ils passeront ailleurs…
Quant aux appareils à ultrasons, ils sont souvent décevants, peut-être parce qu’ils demanderaient une mise en œuvre trop complexe ?
Les répulsifs ne sont efficaces que de façon limitée dans le temps. Il faut renouveler régulièrement les apports.
Les sacs de treillis galvanisé fonctionnent bien pour protéger le globe racinaire. Les gouttières de grillage peuvent théoriquement protéger aussi les racines de nos légumes, mais c’est loin d’être pratique. La pose d’un treillis en fond de couche ou en fond de serre est plus facilement réalisable.
Quant aux appâts empoisonnés, ce ne sont pas la solution idéale : d’abord ils ne sont pas plus attractifs pour les campagnols que les délicieux légumes de notre potager, puis ils ne sont pas sélectifs. Les souffrances avant le décès peuvent être longues.
Par ailleurs, certains jardiniers m’ont confié leurs trucs basés sur l’efficacité répulsive de certaines plantes comme l’euphorbe épurge, le mélilot ou la menthe. Je reste à convaincre !
Aussi, les purins odorants de plantes les dérangeraient, encore faut-il les renouveler régulièrement.
Enfin, l’union fait la force : travaillons entre voisins, c’est la meilleure façon pour limiter les risques de rapide reconquête de notre jardin par les populations.