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Le carnaval de Binche : quand l’agriculture s’invite au folklore

En ce Mardi gras, c’est au rythme des tambours que les sabots des Gilles ont martelé les pavés de Binche. Le carnaval est une tradition profondément enracinée dans la culture locale, et derrière chaque Gille se cache un travail minutieux et passionné. Parmi les éléments essentiels à cette fête, la paille joue un rôle fondamental.

Temps de lecture : 4 min

Dans la nuit de mardi matin, avant le lever du soleil, les premières aubades matinales, au son du fifre, résonnent dans la ville. Dans les maisons, tous se hâtent ! Le champagne est prêt à être servi et le Gille est presque bourré. Enfin bourré… de paille évidemment !

 

« Il n’y a pas de Gille sans paille »

Parlons-en, de cette paille. Elle est la base du costume du Gille. Sans elle, la bosse emblématique ne pourrait tenir. Quelques jours avant le carnaval, elle est achetée à la ferme. Plusieurs exploitations de la région proposent même un service de nettoyage et de dépoussiérage. Parmi celles-ci, c’est aux pieds de la ville de Binche que se situe la ferme de la Hutte.

Ancienne ferme laitière jusqu’en 2008, Frédéric, le papa, ainsi que les enfants, Samuel et Sarah, travaillent désormais à l’extérieur, tout en conservant un petit élevage de vaches Limousine, avec les veaux aux pis, et des chevaux. Les terres encore exploitées servent principalement à nourrir le bétail. « Nous achetons la paille sur le champ à des fermiers voisins et nous la pressons nous-même en ballots ronds », explique Laurence, la maman. « L’achat de paille nous permet de travailler avec différentes qualités. D’une année à l’autre et surtout d’un champ à l’autre, celle-ci est très variable », enchaîne Frédéric.

De l’escourgeon… ça gratte ?

Contrairement à ce que l’on peut imaginer, la paille utilisée lors du bourrage du Gille est uniquement de la paille d’escourgeon. Malgré ces propriétés urticantes, celle-ci est la plus adaptée à la confection du costume et au bien-être du Gille. Ses longues tiges dorées sont idéales pour former des torquettes, des portions de paille pliée de manière spécifique. De plus, les tiges sont hydrophobes, résistent donc mieux à l’humidité, au pourrissement et évitent les odeurs dues à la transpiration. « Au champ, la paille est pressée en ballots ronds. À la différence du ballot carré, ce type de pressage abîme moins la paille et celle-ci se conserve mieux », ajoute Samuel.

Environ 2.500 sacs de paille sont préparés pour le carnaval. Un sac de 60l représente une quantité suffisante pour le bourrage d’un Gille.
Environ 2.500 sacs de paille sont préparés pour le carnaval. Un sac de 60l représente une quantité suffisante pour le bourrage d’un Gille. - A.B.

Plus de 35 années au service du carnaval

Depuis de nombreuses années, la ferme de la Hutte approvisionne le carnaval de Binche en paille. Initialement, Frédéric remplissait quelques sacs sans la secouer.

Chaque année, de plus en plus de sacs étaient vendus. C’est alors qu’il a entrepris le nettoyage de la paille en 1990. D’abord à la fourche puis à l’aide d’une barrière, l’acquisition de la machine ne s’est faite qu’en 2020. « Juste avant le Covid… Nous avions trié la paille pendant trois semaines, puis la décision d’annuler le carnaval est tombée… », raconte Frédéric désabusé. L’engin n’aura pas beaucoup servi cette année-là mais la paille aura fait le bonheur des bêtes.

La paille utilisée lors du bourrage du Gille est uniquement de la paille d’escourgeon qui se prête mieux à la confection du costume par la formation de torquettes.
La paille utilisée lors du bourrage du Gille est uniquement de la paille d’escourgeon qui se prête mieux à la confection du costume par la formation de torquettes. - A.B.

Un triage automatisé

La trieuse a été spécialement conçue pour le dépoussiérage de la paille. Elle est composée de plusieurs roulements qui animent le tamis d’un mouvement d’oscillation vertical, provoquant l’avancée de la paille, de l’avant vers l’arrière. « La machine fonctionne comme les secoueurs de la moissonneuse-batteuse », informe Frédéric. Toutes les impuretés comme les barbes, les poussières et les petits brins sont isolées du reste de la paille. Une fois triée, celle-ci est ensachée, par sac de 60 l. « Généralement, un sac de paille par un Gille suffit, tout en lui garantissant une réserve de secours en cas d’imprévus durant la journée. Nous préparons également de plus petits sacs pour les enfants Gilles ».

Acquise en 2020 et spécialement conçue pour le dépoussiérage de la paille, la machine est composée de plusieurs roulements qui entraînent le tamis dans un mouvement d’oscillation vertical, provoquant l’avancée de la paille de l’avant vers l’arrière du tamis et la séparation des barbes, des poussières et des petits brins de paille.
Acquise en 2020 et spécialement conçue pour le dépoussiérage de la paille, la machine est composée de plusieurs roulements qui entraînent le tamis dans un mouvement d’oscillation vertical, provoquant l’avancée de la paille de l’avant vers l’arrière du tamis et la séparation des barbes, des poussières et des petits brins de paille. - A.B.

Binche et bien au-delà

Le carnaval de Binche compte un peu plus de 1.000 Gilles, répartis en 11 sociétés. Aux Gilles s’ajoutent les Arlequins, les Paysans, les Pierrots et les Marins, dont le costume ne nécessite pas de paille. La ferme de la Hutte vend approximativement 2.500 sacs, pour Binche mais également pour les villages alentour. De Givry à Nivelles, en passant par Soignies, nombreux sont les Gilles dont la paille provient de Binche. « Il nous arrive même d’en vendre pour des déplacements et représentations du carnaval en France ! La dernière fois, des sacs sont partis à Reims. », ajoute Laurence.

« C’est une grande fierté de contribuer, à notre manière au carnaval mais c’est avant tout une tradition à laquelle nous sommes attachés ! », conclut-elle. En effet, le carnaval de Binche ne se résume pas aux trois jours de festivités mais repose sur un réseau de traditions, de savoir-faire et d’engagements familiaux qui assurent sa pérennité année après année. Grâce au travail de passionnés, sa magie peut perdurer et s’épanouir à chaque nouvelle édition.

Comme on dit chez nous pour clore les festivités : Plus oultre !

Astrid Bughin

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