«La prochaine Pac sera centrée sur l’agriculteur»
C’était une réunion au long cours qui attendait les ministres européens de l’Agriculture la semaine passée à Luxembourg. Deux jours durant, ils auront débattu de l’avenir de la Pac avant de tomber d’accord sur des mesures qui la dessineront après 2027 et la place qu’y occuperont les agriculteurs. Elle sera centrale.

Istvan Nagy, le ministre hongrois qui présidait la réunion, a présenté les différents éléments qui se sont dégagés à l’issue d’une réunion intense de deux jours dans la capitale luxembourgeoise.
Maintien des deux piliers de la Pac
Ce sont des mois de négociations qui ont été nécessaires en amont avant de définir les mesures qui définiront les axes de la Pac post-2027. Les ministres ont clairement insisté sur la nécessité de préserver cette politique articulée autour de ses deux piliers. Une occasion de s’inscrire en faux contre les rumeurs de renationalisation du budget de la Pac (voir notre édition du 24 octobre).
Le document qui a été publié le 23 octobre indique que le premier pilier doit continuer de financer des « mesures fortes, dans lesquelles les paiements directs, les aides couplées et les interventions sectorielles soutiennent la stabilité des revenus des agriculteurs, encouragent leur contribution à la transition verte et agissent comme un filet de sécurité en temps de crise ».
Les ministres précisent aussi qu’une répartition équitable des aides de la Pac, en particulier des paiements directs entre les États membres, est une question sensible et qu’une solution adéquate devrait être recherchée.
Dans leurs conclusions, ils ont rappelé la nécessité d’assurer le bon équilibre entre durabilité économique, sociale et environnementale en rendant la contribution aux services écosystémiques attrayante.
Non à la « pression de l’idéologie verte »
M. Nagy a rappelé l’importance de soutenir les petites exploitations, de favoriser le renouvellement générationnel et d’attirer des jeunes vers la production agricole, « car ce sont eux qui seront la clef de voûte de la sécurité alimentaire de l’Europe ».
« Il faut que les agriculteurs sentent qu’ils sont au centre de la future Pac et que tout sera fait dans leur intérêt » a insisté le Hongrois avant d’embrayer sur une nécessaire simplification des démarches, « notamment au niveau de la demande d’aides ».
Le commissaire Wojciechowski, qui a rappelé sa vision de la Pac, articulée autour des quatre pôles que sont la sécurité, la stabilité, la durabilité et la solidarité, n’a pas dit autre chose. « Nous voulons une Pac centrée sur l’agriculteur, il s’agit de préserver la terre et les espaces ruraux » a-t-il synthétisé lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion.
« Nous ne voulons pas que la communauté agricole succombe à la pression d’idéologies vertes » a prévenu quant à lui le ministre hongrois, ajoutant que « cela nuirait à la compétitivité européenne ». Il s’agit en tout cas d’un «
Aide d’urgence pour les agriculteurs
M. Wojciechowski a relayé la proposition de la commission (intervenue le 21 octobre) d’amender la Pac pour permettre aux États membres de débloquer, dans le cadre des programmes de développement rural, une aide d’urgence pouvant atteindre 42.000 € pour les agriculteurs touchés par les conséquences des catastrophes naturelles telles que les inondations, les sécheresses ou encore les épizooties.
Le texte autorise une flexibilité leur offrant la possibilité d’utiliser jusqu’à 10 % de fonds non décaissés des programmes de développement rural pour les basculer en faveur des agriculteurs affectés par ces catastrophes.
Qualifié de « très important » par M. Wojciechowski, le coup de pouce a toutefois été jugé insuffisant par des nombreux États membres. Plusieurs pays, dont la Belgique, ont réitéré leur demande de porter le plafond des aides agricoles de minimis à 50.000 € tandis que la commission campe sur sa position d’une hausse à 37 000 €.
Mercosur : la Belgique et la France réaffirment leur opposition
Le commerce agricole se porte bien avec 70 milliards € de surplus en 2023. C’est ce que nous a appris le commissaire à l’Agriculture. Et la tendance favorable se maintient en 2024 puisque le représentant de la commission a indiqué que la valeur des exportations a atteint les 116 milliards € contre 82,7 milliards € au premier semestre de cette année.
Qui dit commerce, dit politique en la matière et accords commerciaux. La réunion luxembourgeoise des 21 et 22 octobre a inévitablement été le théâtre de discussions sur le projet d’accord avec les pays du Mercosur qui pourrait bien se concrétiser d’ici quelques semaines. Interrogée à son arrivée au conseil des ministres, Anne-Catherine Dalcq n’a pas manqué de répéter qu’elle était « venue défendre la position de la Wallonie qui ne peut accepter la signature d’un accord en l’état avec les pays du Mercosur, très dommageable pour le secteur agricole, le revenu des agriculteurs et la qualité des produits qui seraient proposés aux consommateurs ».
Elle a dénoncé l’absence de clauses miroirs « qui ouvre la porte à une concurrence déloyale vis-à-vis des acteurs européens ».
La ministre régionale de l’Agriculture a souligné le manque de cohérence de la politique menée par commission qui projette d’accroître les normes environnementales pour les agriculteurs européens tout en ouvrant le marché à des produits loin de respecter celles qui sont en vigueur dans l’UE.
Des propos qui ont trouvé écho auprès de son homologue française, Annie Genevard, qui s’oppose « évidemment » à l’accord commercial UE-Mercosur en l’état. « Les raisons principales de cette opposition sont au nombre de deux », a détaillé la ministre. « En premier lieu, la question de la souveraineté alimentaire qui passe par la compétitivité. Or, l’accord risque de « déstabiliser des filières entières en important des produits ». Mais, surtout, « ces produits ne seraient pas assujettis à nos propres méthodes de production » a-t-elle fermement fait savoir à la presse.