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APL: un regard sur 2024, pour aborder au mieux la saison en cours

La météo de l’an dernier a été contrastée, entre chaleur et pluies intenses… Ce qui a entraîné une augmentation de la lixiviation du nitrate. Les valeurs de référence pour l’azote potentiellement lessivable (APL) confirment cette tendance et livrent quelques enseignements pour la saison en cours.

Temps de lecture : 6 min

Tout comme l’année 2023, 2024 a été très pluvieuse avec 33 % de précipitations de plus qu’une année « normale ». On observe toutefois une grande variabilité d’un mois à l’autre. L’excédent de précipitations a principalement été enregistré au printemps et au mois de septembre. Conséquence ? Les agriculteurs ont pris du retard dans les semis des cultures de printemps (betterave, pomme de terre, maïs, légumes), ainsi que pour les Cipan (cultures intermédiaires pièges à nitrate), qui n’étaient pas encore implantées au début du mois de septembre. Ces retards ne sont pas sans incidence sur la qualité de l’eau. En outre, cela a pu occasionner des déficits de rendements pour les cultures et une diminution de la qualité des Cipan, engendrant une assimilation moins importante du nitrate par les plantes.

De plus, la pluviométrie abondante de septembre et d’octobre a réhumidifié les sols jusqu’à atteindre l’état de saturation. Celui-ci peut provoquer un processus de lixiviation du nitrate vers les couches inférieures du sol. Les cultures généralement non suivies par une Cipan, comme la betterave et la pomme de terre, ont été davantage concernées. Au niveau des références APL, ce phénomène se traduit par des valeurs annuelles parmi les plus basses observées depuis 2008, et ce pour la plupart des classes de culture.

Des Cipan efficaces pour prévenir la lixiviation

Lors des prélèvements réalisés en octobre, l’UCLouvain et Gembloux Agro-Bio Tech ont remarqué que le processus de lixiviation avait déjà commencé pour certaines cultures, avec des quantités d’azote déjà plus importantes dans le deuxième horizon. L’efficacité des Cipan a pu être mise en évidence également.

Premièrement, pour les céréales suivies d’une Cipan (classe A2) (figure 1), une tendance à la diminution du reliquat a été observée au niveau de tous les horizons, sans enrichissement du bas du profil (60-90 cm). Ce constat est signe d’une lixiviation moins importante due au bon fonctionnement des Cipan.

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Au contraire, en pomme de terre (classe A5) (figure 2), on observe, comme habituellement, une diminution du reliquat en surface au profit d’un enrichissement des horizons plus profonds.

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Deuxièmement, pour la classe des légumes (A7), le semis de Cipan permet une meilleure gestion de l’azote avec un APL moyen de 97 kg N-NO3/ha sans Cipan et de 66 kg N-NO3/ha avec Cipan.

De manière générale, la mise en place d’une culture intermédiaire piège à nitrate est à réaliser le plus tôt possible. Même mi-septembre, elle permet de diminuer significativement le reliquat azoté mesuré en décembre. En puisant les nutriments pour sa croissance, elle conserve l’azote majoritairement en surface, et limite ainsi la lixiviation du nitrate.

À éviter… ou conseiller

Chaque année, la collaboration des 52 fermes de référence, dont sept totalement ou partiellement bio (277 parcelles suivies en zone vulnérable et hors zone vulnérable, pour environ 554 résultats d’analyse), avec les scientifiques est l’occasion de faire le lien entre les résultats APL et les pratiques des agriculteurs, permettant ainsi de mettre en évidence ce qui est à éviter ou conseiller. Protect’eau livre ainsi les enseignements de 2024.

 Classe 1 : betterave :

– la demande d’un conseil sur base d’un reliquat azoté est à favoriser ;

– la fertilisation doit se limiter aux besoins de la culture, tout en tenant compte des apports parfois fréquents d’engrais de ferme.

 Classe 2 : céréales non suivies d’une culture semée en automne :

– le comparatif entre les APL des parcelles d’escourgeon et des parcelles de froment montre à nouveau que plus une Cipan est semée tôt, plus elle aura un impact important sur l’APL d’octobre ;

– l’association avec plusieurs espèces permet de diminuer le risque de mauvais développement du couvert et améliore sa résilience en cas de stress tels que le défaut de structure, la sécheresse, le gel précoce…

 Classe 3 : céréales suivies d’une culture d’automne ou chicorée :

– l’application de matière organique entre deux céréales conduit généralement à un APL plus élevé ;

– l’apport de fientes de poule avant un colza à dose maximale (230 kg N/ha) entraîne des APL élevés en octobre et est à éviter.

 Classe 4 : maïs :

– les apports importants d’engrais de ferme à action lente avant le semis sont à éviter ;

– la fertilisation minérale doit correspondre aux besoins de la culture, en tenant compte des apports parfois fréquents d’engrais de ferme ;

– en cas de récolte précoce et/ou de monoculture, envisager un semis de Cipan (association avoine de printemps/seigle fourrager, par exemple).

 Classe 5 : pomme de terre :

– la réalisation d’un conseil de fertilisation sur base d’un reliquat azoté est recommandée ;

– les apports de printemps d’engrais de ferme à action lente sont à éviter ;

– la fertilisation minérale doit s’en tenir aux besoins de la culture en tenant compte du type, de la variété et d’un rendement réaliste ;

– en cas de récolte précoce (plants, hâtives…), envisager un semis de Cipan suivi d’un froment ou, idéalement, d’une culture de printemps pour allonger la période de prélèvement de la Cipan.

 Classe 6 : colza :

– le principal problème lié au colza est la gestion post-récolte. Plusieurs déchaumages successifs entraîneront une minéralisation, augmentant l’APL. Semer une Cipan ou laisser les repousses de colza permettent, au contraire, de diminuer la pression en nitrate après cette culture.

 Classe 7 : légumes :

– l’implantation d’une Cipan après légumes diminue fortement l’APL et est à privilégier ;

– les doubles récoltes de légumes engendrent des APL élevés et fréquemment non conformes.

 Classe 8 : prairie :

– les reliquats en prairie sont généralement faibles à l’automne. Les quelques cas d’APL élevés sont très souvent liés à un surpâturage. Il convient donc d’éviter les concentrations en bétail en arrière-saison, notamment en limitant l’affourragement en prairie et en répartissant au mieux la charge en bétail sur les parcelles ;

– les apports de lisier en fin de saison doivent être adaptés à la capacité de la prairie à valoriser cet azote en tenant compte de la date et de la météo.

En cas de dépassement…

Les données moyennes des seuils APL de non-conformité seront bientôt disponibles sur www.protecteau.be/fr/apl-de-reference.

En cas de non-conformité, la structure peut également être sollicitée par les agriculteurs concernés. Au programme : analyse de la non-conformité et recherche de solution pour retrouver, au plus vite, des APL conformes permettant de sortir du programme d’observation.

Avec un tel accompagnement, plus de 80 % des exploitations s’en sortent sans conséquence financière.

D’après Protect’eau

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