La fumure de fond en maraîchage de plein air se raisonne le plus souvent dans une perspective de rotation complète
La fumure de fond concerne en premier lieu les éléments aux faibles risques de pertes par lessivage ou autres. Nous pouvons compter sur le pouvoir tampon du sol et sa capacité d’échanges. Nous pouvons aussi compter sur les réserves du sol liées à sa roche-mère et aux fertilisations apportées antérieurement.

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La fertilité du sol, ce n’est pas que la fumure
N’oublions pas qu’avant de fertiliser ses parcelles, nous devons nous assurer de la bonne fertilité du sol en général, notamment l’état des drainages, le maintien de l’équilibre du pH et la teneur en matières organiques du sol.
Le travail du sol répété en cours de saison tend à favoriser la minéralisation des matières organiques, en faveur d’une mise à disposition des plantes mais aussi allant vers une réduction générale de la fertilité si nous ne prenons pas la peine d’apports suffisants. Les productions d’engrais verts en culture dérodée ou principale ont tout leur sens, qu’il y ait ou non des apports réguliers de fumier.
L’état du drainage et de semelles de labour, de pseudo-labour et les ornières de passages fréquents en périodes humides sont des éléments fondamentaux de la fertilité. Dans les petites fermes maraîchères, nous ne disposons souvent pas des engins capables de réduire ces zones de compression aux structures dégradées. C’est important de pouvoir planifier les interventions d’entrepreneurs agricoles de manière rationnelle. Vu la taille réduite des chantiers, les travaux seront commandés sur base du temps passé plutôt que sur base des surfaces comme les barèmes classiques le prévoient.
Les composts de déchets verts sont disponibles partout en Wallonie et sont des sources de matières humifiables dans le sol et d’éléments minéraux.
Il est difficile de calculer les besoins pour chaque culture, d’ailleurs cela n’a pas beaucoup d’intérêt pour les petites fermes maraîchères aux tailles modestes de parcelles. Les apports globaux en éléments de fond dans la ferme doivent correspondre aux exportations par les légumes vendus auxquels on ajoute ce qui est nécessaire aux corrections mises en lumière par les analyses de sol.
Ce sera la différence entre la fumure azotée et la fumure de fond. La fumure azotée est ajustée culture par culture, la fumure de fond est réglée dans une logique de rotation. Le soufre et le magnésium ont une sensibilité au lessivage intermédiaire et seront ajustés partiellement par la fumure de fond, notamment via les amendements sulfo-calcaro-magnésiens.
Il est possible de calculer les besoins de chaque culture maraîchère, en y distinguant les exportations nettes et les mobilisations totales. Mais ce n’est vraiment pratique que dans le cas de grandes fermes maraîchères, avec des surfaces suffisamment grandes pour que les échantillons de sol puissent y être raisonnablement prélevés et surtout que la fumure puisse pratiquement être apportée parcelle par parcelle.
Les particularités en maraîchage diversifié
Une des difficultés en maraîchage diversifié est d’apporter une fumure, minérale ou organique, calculée au plus juste pour la culture en place. C’est lié à la taille souvent modeste des parcelles et à l’agenda des applications des fumures réparti sur toute l’année.
Avec un assolement et une rotation diversifiés, les exportations et les restitutions s’envisagent de manière globale. Dans certaines fermes maraîchères spécialisées, les restitutions sont relativement faibles. La fertilisation doit en tenir compte.
Des cultures aux forts enracinements valorisent particulièrement bien les apports organiques, comme les cucurbitacées par exemple.
Les cultures maraîchères ont d’importants besoins en soufre (en particulier les Brassicacées) et en magnésium.
Beaucoup de cultures maraîchères plantées ont un enracinement peu profond. Leurs racines ne captent pas les éléments descendus bas dans le profil de sol. D’où l’importance de mettre en place une rotation comprenant des cultures à enracinement profond et des engrais verts.
La limite de profondeur de l’enracinement des cultures maraîchères et l’irrigation fréquente peuvent augmenter le risque de lessivage du potassium. On peut donc considérer qu’en Wallonie, le potassium sera souvent apporté pour une année seulement si la rotation est essentiellement maraîchère. Cet élément pourra être apporté pour plusieurs années si la rotation inclut des céréales (enracinement profond) et des cultures maraîchères.
Les cultures exigeantes
Les choux, les courgettes, les céleris, la betterave potagère sont exigeantes en fumure de fond. Ces cultures mobilisent 100 unités de P2O5, 300 unités de potasse et une cinquantaine d’unités de magnésie, avec des nuances suivant les variétés et le rendement espéré. Les éléments mobilisés sont ceux nécessaires à la constitution de la charpente végétale y compris la partie exportée lors de la récolte. Une part importante de la charpente végétale retourne au sol directement après broyage ou via le compostage des résidus d’épluchage.
Les poireaux, oignons, pommes de terre primeurs, ails, échalotes, laitues sont des cultures moyennement exigeantes et mobilisent des quantités moitiés de celles évoquées ce dessus.
Les carottes, chicorées witloof, radis, haricots, mobilisent des quantités du niveau du tiers de celles des légumes exigeants. Les quantités d’azote à mettre à disposition sont dépendantes des besoins des cultures, mais aussi des disponibilités apportées par le sol. Cette dernière donnée peut être analysée par les labos du sol sur base d’analyses de profil. Les besoins en éléments minéraux peuvent être comblés, totalement ou partiellement par les apports organiques de la ferme, des composts de déchets verts entre autres.
La vie du sol
Une activité biologique intense du sol intervient directement dans la fertilité du sol et la mise à disposition d’éléments minéraux déjà présents. C’est le cas notamment pour ceux dont les réserves sont importantes, mais sous une forme indisponible dans les sols compactés ou asphyxiés, comme le phosphore ou le fer, par exemple, mais aussi pour d’autres comme le potassium et le magnésium.
La fertirrigation
Pour les cultures irriguées en goutte à goutte, des pompes doseuses peuvent permettre l’incorporation d’engrais solubles dans l’eau au moment de l’irrigation. Cela concerne la fumure d’entretien et non la fumure de redressement. Ce sont donc des recettes toutes faites en fonction de la culture plus qu’un raisonnement au départ d’une analyse de terre. Les analyses foliaires des plantes peuvent aussi aider à piloter les fertirrigations. Ce sera d’application dans les fermes spécialisées en un ou peu de légumes. C’est difficile à mettre en œuvre dans les petites fermes maraîchères diversifiées.