Des dromadaires à la conquête de la Wallonie!
Dans les replis de janvier, ces jours accumulés, entassés, construits. Le nord en ch’ti, étendues en quête d’infini, regard calme sur l’ombre bleue au bout des nuages moelleux comme reflétant leur âme peinte sur une tasse de porcelaine blanche. Le temps nous prend en Thenailles.

La froide humidité colle aux semelles, loin devant Maubeuge et traçant vers Reims, le lieu-dit Le Fay (Thenailles) abrite un troupeau de… camélidés.
Un groupe dans une étable, quelques spécimens dans un enclos. La placidité de ces improbables locataires épouse parfaitement la quiétude du lieu devenu tout à la fois le havre de paix et l’écrin abritant la passion de Geoffrey Laumonier.
Genèse d’une passion
Ce Liégeois de 34 ans, originaire de Voroux-Goreux dans l’entité de Fexhe-le-Haut-Clocher, a découvert l’équitation à l’âge de 9 ans. Tout d’abord cavalier, il se tourne vers les disciplines de l’attelage ardennais chez Bernard Ridelle puis de l’élevage aux écuries d’Alphi, à Marche-en-Famenne. Il y est séduit par cet environnement et s’investit dans l’éducation des jeunes chevaux.
C’est en 2019 qu’il découvre, sur la plateforme YouTube, l’existence du ranch de tourisme « Les dromadaires de Picardie » à Thenailles, dans le département français de l’Aisnes (Hauts-de-France). Il décide aussitôt de s’y rendre avec son ami, Jonathan Chacon, pour effectuer une promenade touristique à dos de camélidé.
Les deux Liégeois sympathisent avec le maître des lieux, Olivier Philipponneau, chamelier, dresseur, éleveur et formateur, qui propose sur son domaine une large palette d’activités dont du travail spécifique, que l’on peut rapprocher de l’équithérapie, à destination de jeunes souffrant notamment de troubles autistiques.
Un animal sociable, curieux et sportif
« Nous avons été conquis par tout ce que le dromadaire pouvait apporter, cela nous a donné envie de revenir pour confronter mes connaissances équestres à l’univers des camélidés » rembobine Geoffrey qui a tout d’abord voulu transposer la relation entre le cavalier et sa monture à celle existant entre le chamelier et son chameau.
« Sauf que cela ne passait pas et qu’il a fallu me remettre en question » s’amuse-t-il a posteriori. Et d’expliquer que la relation s’est construite « par l’intérêt et la curiosité mutuelle car le dromadaire est un animal sociable et curieux de nature, il se dirigera spontanément vers la personne qui l’approche » développe le Liégeois.
Olivier Philipponneau lui donne des cours de monte sur le domaine. Ce poitevin de naissance est l’organisateur de la première course de dromadaires en France sur l’hippodrome de La Roche-Posay, en 2010. Il est aussi le premier jockey à inscrire son nom au palmarès de la Coupe de France de courses de dromadaires remportée en 2012.
Le dromadaire n’est toutefois pas un animal qui se résume à des balades touristiques. On l’utilise pour des courses, surtout en Australie, en Mauritanie et au Moyen-Orient, mais aussi en Autriche, en Grande-Bretagne et en France (à Montluçon et à La Baule). Il est par ailleurs la star de certains sports comme le polo et le handball.
Achat de chamelles et de chamelons
En 2021, Geoffrey et Jonathan sautent le pas et acquièrent une première chamelle puis un petit mâle et, en novembre 2022, deux autres chamelles en Suisse, pays où l’on trouve, contre toute attente, une ferme laitière de dromadaires.
Enfin, Ils fondent leur société « Cameli Deo » et rachètent à Olivier Philipponneau un chamelon « que nous avons vu naître » sourient les deux amis qui sont désormais à la tête d’un petit troupeau de cinq dromadaires, dont deux femelles gestantes.
Les deux amis font plusieurs fois par semaine l’aller-retour entre la région liégeoise et le nord de la France pour rendre visite à leurs animaux actuellement basés au Fay.
Objectif Wallonie
Désireux de faire connaître leurs animaux au grand public, Geoffrey et Jonathan veulent inscrire plus largement leur projet dans une démarche liée à la fois aux loisirs, au sport, à la pédagogie et à la thérapie avec des enfants et des adultes.
« Notre but est de mettre nos animaux à la disposition d’éducateurs spécialisés » déroule Geoffrey en nous précisant que « le dromadaire a été reconnu comme animal domestique par deux règlements européens ainsi que par la convention de Washington ».
Camélidés et agriculture
D’étonnantes capacités d’adaptation
Le dromadaire a bon caractère !
Le lait de chamelle, un produit plein d’avenir
L’attrait pour ce camélidé grandit indéniablement en Europe. Preuve en est, la multiplication de projets de fermes laitières qui fleurissent outre-Quiévrain, plus particulièrement dans le Larzac et le Cantal.
Car le lait de chamelle est un produit particulièrement apprécié des consommateurs et des scientifiques pour sa faible teneur en matières grasses, son pourcentage élevé de calcium libre et de vitamine C, en plus de minéraux comme le fer. Il aurait en outre un potentiel dans le traitement de certaines pathologies comme le diabète.
Certains l’on bien compris, comme le Néerlandais Frank Smits, fondateur de « Camel Dairy Farm Smits », la première ferme laitière européenne, qui abrite une centaine de dromadaires à Berlicum (Brabant septentrional) au sud des Pays-Bas.
On y décline le lait sous toutes ses formes : en poudre, en savon, produits cosmétiques, liqueur, bonbons…
L’idée d’une ferme de camélidés au sens large (bactrianes, lamas, alpagas) plairait bien aux deux compères liégeois, même si la production laitière n’est pas leur priorité. En cette année internationale des camélidés, ils sont toujours en recherche d’une structure d’accueil pour leurs dromadaires. Ils espèrent poursuivre leur aventure en Wallonie.