10% des budgets agricoles wallons sont dédiés à l’agroécologie
Actuellement, 10 % des fonds publics wallons destinés aux systèmes alimentaires soutiennent la transition agroécologique. « Insuffisant », selon un consortium d’associations qui interpelle le monde politique à l’approche des élections.

Une étude menée par le Sytra, un groupe de recherche de l’Université catholique de Louvain dédié à la transition des systèmes alimentaires et agricoles, a disséqué pour la première fois l’ensemble des fonds publics destinés aux systèmes alimentaires en Wallonie.
Au total, 122 financements totalisant 2,485 milliards d’euros, soit 93 % du budget global alloué aux secteurs agricole et alimentaire (fonds wallons et européens conjugués), ont été analysés. En multipliant les montants des fonds débloqués par le score agroécologique qui leur sont associés, il ressort que 10 % des budgets alloués entre 2019 et 2024 ont été consacrés à l’agroécologie. Soit près de 247 millions d’euros.
Cela témoigne, selon les auteurs, « d’un intérêt existant mais limité pour cette thématique ».
Principalement via le Plan de relance et le financement du Cra-w et de l’Apaq-w
D’après cette même étude, le ministère de l’Agriculture dédie 8 % du budget agriculture identifié à des projets qui soutiennent l’agroécologie alors que le ministère de l’Environnement consacre 41 % de ses budgets alimentaires à des projets encourageant ces pratiques. Notons qu’en chiffres absolus, les budgets soutenant effectivement l’agroécologie sont de 203 millions pour le ministère de l’Agriculture et 40 millions pour le ministère de l’Environnement.
L’étude montre encore que le Plan de relance de la Wallonie et les financements dirigés vers le Centre wallon de recherches agronomiques (Cra-w) et l’Agence wallonne pour la promotion d’une agriculture de qualité (Apaq-w) constituent les principales contributions aux financements soutenant effectivement l’agroécologie, représentant respectivement 22 et 19 %.
Le Cra-w alloue 20 % de son budget à de la recherche bénéficiant à l’agriculture biologique, considérée comme un mode de production aligné avec l’agroécologie. L’Apaq-w, quant à elle, destine une partie de son financement à l’agriculture bio et à l’alimentation durable. « L’importance de ces financements publics structurels pour soutenir des modes de production alternatifs, voire favoriser une transition, est un élément qui mérite d’être souligné », ajoutent les auteurs de l’étude.
Ces derniers se sont également intéressés au Plan de relance, dont le financement européen a été débloqué suite à la pandémie de Covid 19 et au choc qui a suivi. « La transition a probablement bénéficié de cet effet d’aubaine, sans lequel ces financements à fort impact agroécologique n’auraient peut-être pas été budgétisés, ou moins généreusement, en Région wallonne », détaillent-ils.
Enfin, l’analyse par budget et nombre de financements permet de calculer que les soutiens agroécologiques ont une valeur moyenne de 10 millions contre 50 millions pour les non agroécologiques. En outre, ceux-ci sont généralement focalisés sur des projets spécifiques, tels que la réduction des intrants chimiques en agriculture, la diffusion des connaissances sur le bio, ou encore la mise en réseau d’acteurs.
Une priorité transversale aux ministères de l’agriculture, de l’environnement et de la santé
En réaction à cette étude, un consortium d’associations – comprenant Humundi, Oxfam Magasins du Monde, l’Union nationale des agrobiologistes belges, Canopea, le Mouvement d’action paysanne, Greenpeace, Fian, Oxfam Belgique et Rucola – appelle le futur gouvernement wallon « à faire du soutien à l’agroécologie et à ses pratiques une priorité transversale aux ministères de l’agriculture, de l’environnement et de la santé ».
« Face à la nouvelle crise du monde agricole et à ses réponses politiques jusqu’ici inadaptées, il est essentiel d’aider les agriculteurs et agricultrices à développer des solutions réellement systémiques pour améliorer leur qualité de vie et répondre aux enjeux de climat, de biodiversité et de santé », ajoutent ces associations, qui estiment que l’agroécologie propose les solutions en question.
C’est pourquoi elles demandent à la Wallonie d’agir et d’adopter un plan de financement massif pour la transition agroécologique des systèmes alimentaires wallons. « Ce qui implique d’arriver au minimum à 25 % de fonds qui soutiennent effectivement l’agroécologie durant la prochaine législature », concluent-elles.