Coopérative Grow : «nous sommes un peu un ovni dans l’univers du maraîchage»
Créée en novembre 2018 à Sart-Bernard (Assesse) par cinq amis d’enfance décidés à se lancer dans du maraîchage biologique sur sol vivant, la coopérative Grow (Growing Resilient Organic World) s’inscrit dans la démarche vertueuse d’une agriculture à la fois durable et rentable. Désormais ancrée à Walhain, elle est devenue un nom qui commence à compter dans le paysage des grossistes bio belges.

Collaborer plutôt qu’être en lutte permanente avec le vivant, voilà le principe fondateur de Grow qui a quitté ses terres namuroises pour déployer ses activités sur 5ha dont près d’1ha de serres sur la commune brabançonne de Walhain.
Cinq garçons dans le vent
Les difficultés de l’accès au foncier
Les terres, surtout, dans le Brabant wallon, ont un coût particulièrement élevé. « Nous sommes ici dans la fourchette haute des prix à l’hectare » assure le responsable commercial de Grow.
« Cela ne nous dérange pas d’avoir ce type de bail, car nous préférons valoriser le travail durant toute l’activité de la coopérative plutôt que d’avoir une pression d’endettement à cause d’un achat de foncier très élevé et, du coup, de ne pas pouvoir en vivre décemment ».
Et question salaire, les dirigeants de Grow avouent s’en tirer plutôt bien pour une activité de maraîchage en travaillant tous, que ce soient les ouvriers ou les initiateurs du projet, 38 heures par semaine.
Un revenu décent, c’était d’ailleurs l’un des objectifs du groupe d’amis, afin de pérenniser l’activité.
« Nous voulons démontrer qu’il est possible d’allier qualité de vie, rémunération décente et fierté du travail en changeant les pratiques agricoles en maraîchage » illustre Jérôme Hautier.
Dans leur modèle, les dirigeants n’ont pas prévu de rémunérer le capital. « Des personnes ont cru dans le projet, mais Il n’est pas question de distribuer des dividendes » sourit d’ailleurs le responsable qui souhaite rendre le modèle réplicable.
Synergie avec des producteurs partenaires
Au niveau des volumes, la coopérative distribue sur le marché 150 variétés différentes de fruits et légumes.
« Nous sommes en coopérative et nous assurons également la distribution de légumes pour d’autres producteurs » développe Jérôme Hautier, Et de préciser que « 80 % de la production vient de chez nous, 20 % d’autres producteurs bio membres de la coopérative ».
S’il n’est pas toujours obligatoire d’être coopérateur, les associés connaissent personnellement tous les producteurs avec lesquels ils travaillent. « Ce ne sont jamais des légumes anonymes » prévient M. Hautier.
D’ailleurs, les producteurs partenaires épousent la même philosophie agronomique d’agriculture de stockage de carbone et de conservation des sols. Pour Grow, le but est de créer des synergies profitables à tous.
Une philosophie basée sur le cycle du carbone
« Nous avons la volonté d’avoir un impact positif sur l’environnement à travers nos méthodes culturales » nous apprend Jérôme Hautier, ajoutant « nous nous basons sur le cycle du carbone et non de l’azote.
« Nous avons remarqué que l’on touchait à une certaine autofertilité à partir d’un certain pourcentage de matière organique dans les sols » déroule le responsable, en indiquant vouloir « complexifier au maximum le milieu dans lequel on travaille pour ne pas laisser la place à un pathogène ».
« Plus un milieu est complexe, moins on s’expose à la prolifération d’une espèce ou maladie » synthétise-t-il.
La matière carbonée est le principal intrant utilisé par les maraîchers qui ont recours à du broyat et à du compost de déchets verts. Ils pratiquent par ailleurs le non-labour qui implique un sol continuellement couvert favorisant de manière efficace la faune du sol. Cela permet de travailler sans intervention humaine.
Trente-deux coopérateurs
La coopérative produit une belle variété de verdures, telles de la coriandre, du persil, du mesclun ainsi que des légumes méditerranéens de type aubergine, concombre, tomates anciennes, des courgettes. Pour ce qui est des légumes de conservation (carottes, oignons…), elle se tourne vers des producteurs qui travaillent sur de plus grandes surfaces afin de disposer d’un assortiment de choix le plus constant possible sur toute l’année.
150.000 bottes de verdure sortent, par an, de la coopérative contre une centaine de tonnes de légumes-fruits, une cinquantaine de tonnes de courges et 50 tonnes de légumes divers.
Quant aux fruits (pommes et poires), ils ne sont pas produits à Walhain mais par des coopérateurs.
Grow regroupe 32 coopérateurs répartis sur toute la Wallonie, parmi lesquels 30 % de producteurs, 30 % de clients, 30 % d’investisseurs et, bien sûr, les cinq associés.
La coopérative travaille avec des transformateurs, d’autres maraîchers, des magasins bio et d’autres grossistes « mais pas dans les rayons des gros distributeurs » précise Jérôme Hautier.
Une belle aventure humaine
L’entreprise a clairement le vent en poupe au niveau des volumes et du chiffre d’affaires.
À part les aides de la Pac, dont le montant est relativement dérisoire en raison du faible nombre d’hectares, le projet n’a jamais bénéficié d’aucun subside, ni de prime l’investissement ni à l’installation même si 100 % des revenus des associés sont issus de l’agriculture.
La faute au manque de membres ayant les cours A et B. Cela n’a pas empêché le projet d’être avant tout « une belle aventure humaine » insiste le dirigeant pour qui la notion de résilience est primordiale. Car si Grow est une vraie réussite, ses dirigeants souhaitent que le modèle de maraîchage sur sol vivant qu’ils ont façonné puisse essaimer.