Note annuelle d’Agrifrance: le foncier rural reste un actif de qualité
La publication de la note de conjoncture d’Agrifrance est devenue, au fil des ans, une référence en matière de marché du foncier rural. Elle dessine les contours des grandes tendances au niveau des prix dont la courbe est plutôt à la baisse. De quoi, peut-être, inciter les investisseurs belges à s’intéresser encore davantage aux forêts, vignobles et terres agricoles françaises. C’est ce qu’a indiqué il y a quelques jours à la presse Benoît Lécheneault, directeur de ce département de BNP Parisbas dédié aux transactions de propriétés viticoles, belles demeures de prestige, domaines agricoles et massifs forestiers.
La France compte près de 26,7 millions d’hectares de terres et de prairies dont moins de 2 % font l’objet de transactions agricoles. - Lotharingia - stock.adobe.com
Par : Marie-France Vienne
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L’heure est au bilan des chiffres de 2023 mais aussi au ressenti et au retour d’expérience de ce qui s’est déjà passé durant les six premiers mois de cette année 2024.
Les cours du blé, du maïs et du colza en recul
M. Léchnault l’a annoncé tout de go, il y a beaucoup de mauvaises nouvelles sur le marché en raison des tensions internationales et des conditions météorologiques, même si après deux années très chaudes, les premiers mois de 2024 furent marqués par une abondance d’eau qui a fait du bien aux nappes phréatiques.
Malgré des conditions de sécheresse, les récoltes et les rendements ont été plutôt bons en 2023 chez nos voisins français. Les productions en blé, en colza et en maïs ont progressé sur des surfaces qui ont elles-mêmes augmenté.
Pour le blé, les prix s’établissaient à 215 €/t fin 2023, soit une baisse de 30 % en l’espace d’un an. La même tendance s’observe en maïs (189 €/tonne, en baisse de 36 %) et en colza (434 €/t, une diminution de 24,4 % par rapport à 2022, sachant qu’il avait enregistré un pic à 716 €/t en 2021).
Quant au marché des céréales bio, il recule en Europe. En France, la demande est en berne en meunerie et alimentation animale. En 2023, alors que la collecte de blé bio est en hausse avec 435.000 t, 72.000 t devraient être déclassées en conventionnel.
Il faut par ailleurs noter que les charges ont davantage progressé que l’évolution du prix des céréales et des oléo-protéagineux, une tendance qui a engendré une contraction du revenu agricole et s’est traduite dans les manifestations des agriculteurs français et européens au début de l’année.
« La bonne nouvelle, c’est que l’inflation baisse » s’est réjoui M. Léchenault.
Le foncier agricole français, l’un des moins chers d’Europe
Ces tendances ont forcément des conséquences sur les prix du foncier agricole.
La France compte près de 26,7 millions d’hectares de terres et de prairies dont moins de 2 % font l’objet de transactions agricoles. Au nombre de 104.000 chaque année en Hexagone, leur volume a baissé de 1,5 % en un an.
L’année passée, le prix d’un hectare de foncier agricole français, libre de bail cote en moyenne 7.880 €/ha pour les terres céréalières et 6.410 €/ha pour les prairies naturelles. Depuis 10 ans, le prix du foncier agricole français a progressé de 2,6 % annuellement.
Mais pour la première fois depuis 15 ans, le prix des terres céréalières baisse de 1,5 % par rapport à 2022, alors que les prairies naturelles augmentent de 17,6 %.
Les prix pratiqués en grandes cultures sont supérieurs de 19 % à ceux en zones d’élevage. En haut de l’échelle, les meilleures zones céréalières s’échangent à des niveaux supérieurs à 20.000 €/ha (dans les régions des Hauts-de-France, de la Santerre, de la Champagne Crayeuse)
La production viticole française tire son épingle du jeu en 2023 et augmente de 4,4%.
En bas de l’échelle, les régions les moins chères cotent aux alentours de 2.500 €/ha (en Mayenne, dans la Nièvre ou encore dans le Morvan).
« À 6.000 € ou 7.000 €/ha de prix moyen, le foncier agricole français demeure l’un des moins chers d’Europe. À titre de comparaison, le prix à l’hectare se montait à 38.496 € en Belgique » a souligné M. Léchenault.
Le projet de groupements fonciers agricoles d’investisseurs retoqué
Le constat est le même dans de nombreux pays : dans les dix prochaines années, 30 % à 50 % des agriculteurs et viticulteurs partiront à la retraite. Cela signifie qu’environ 5 millions d’hectares, pesant globalement 25 milliards €, devraient changer de mains alors que le taux de renouvellement est de deux installations pour trois départs.
On estime que 63 % des agriculteurs qui vont s’installer demain le feront hors cadre familial et ne seront donc pas issus du monde rural.
L’accès la terre devra se faire par la location, et le portage du foncier aurait pu constituer une solution par le biais de la création de Groupements fonciers agricoles d’investisseurs (Gfai), un projet qui figurait dans la dernière loi d’orientation agricole française (Loa).
Ces groupements devaient permettre de lever de l’argent auprès d’investisseurs publics ou privés afin d’acheter des terres, et les louer à de nouveaux agriculteurs, alors délestés du besoin de financer l’achat. Le projet a finalement été retoqué en mai.
Sans doute la profession agricole a-t-elle eu un peu peur de voir la porte s’ouvrir à des investisseurs externes au monde rural…
Le vin français, roi de l’exportation
Commençons par planter le décor : en 2023, la production mondiale de vin représentait environ 237 millions d’hectolitres, un chiffre au plus bas depuis soixante ans en raison d’aléas climatiques, qui ont d’ailleurs touché le sud du pays. Cela s’est traduit par une baisse de 7 % dans le Bordelais, de 9 % dans le sud-ouest, de 10 % dans le Languedoc-Roussillon et de 5 % en Provence.
La production viticole française, estimée à 48 millions d’hectolitres en 2023, est toutefois bonne et en augmentation de 4,4 % comparé à 2022 et de 6 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Une tendance favorable due à une hausse de la production dans la moitié nord de l’Hexagone.
À l’exportation, les ventes de vins et spiritueux français ont atteint 16,2 milliards € en 2023. Si ce chiffre marque un fléchissement de 5,9 % par rapport à 2022, il demeure cependant le second meilleur résultat historique à l’export.
La variabilité des prix constatés est extrêmement forte. À plus de 153.500 €/ha, le prix des vignes en France progresse en moyenne de 1,3 % par an depuis 10 ans, mais ce chiffre cache des réalités très différentes d’une région à l’autre.
Le prix des vignobles très haut de gamme comme le champagne et les grands Bourgogne pèsent beaucoup dans la balance et dans ce marché du foncier viticole.
7.000 ha de vignes arrachés dans le Bordelais !
En 2023, les valeurs du foncier viticole sont en repli sur l’entrée et le moyen de gamme. Les transactions viticoles baissent en 2023 de 7,6 %. Les surfaces cédées, 16.000 ha, sont en repli de 12,8 % par rapport à 2022. En revanche, le foncier haut de gamme continue sa progression.
La Bourgogne reste la championne toutes catégories avec des progressions annuelles sur 10 ans qui frôlent les 10 %. En Bordelais, quelques appellations emblématiques telles que Pomerol, Margaux, Pauillac, Saint-Estèphe ou Saint-Émilion, suivent la même tendance.
Néanmoins, les autres appellations du Bordelais sont en baisse et connaissent une crise grave. « Les vins se vendent mal, il n’y a pratiquement plus de marchés et on assiste à une surproduction » a développé le directeur d’Agrifrance en précisant que « 7.000 hectares de vignes ont été arrachés en 2023 et 2024 ».
En entrée de gamme, l’AOP Bordeaux a carrément chuté de plus de 13 % en un an.
À plus de 1,5 million € par hectare, la Champagne stabilise ses prix. Sur 10 ans, l’appellation a progressé de 3,1 % par an.
Comme en agriculture, près d’un hectare sur trois est vendu loué et le marché des transactions représente moins de 2 % de la surface globale.
La filière bois dans le flou
Les volumes commercialisés en bois d’œuvre sont au plus bas depuis 10 ans (moins de 700.000 m3) et la demande s’essouffle.
Les prix ont baissé en résineux et en chêne sur le moyen de gamme mais pas forcément dans toutes les essences.
Les professionnels de la filière ont peu de visibilité sur le marché en raison du ralentissement de l’économie mondiale. Par ailleurs, durant le premier semestre 2024, les forestiers ont eu beaucoup de mal à exploiter les bois récoltés en raison des fortes pluies qui ont perturbé les chantiers
À court terme et notamment sur le marché des bois résineux, il existe aussi peu de perspectives dans le neuf comme en rénovation. À plus long terme, ce matériau durable devrait néanmoins continuer à être très demandé grâce à l’innovation et à la recherche de nouvelles utilisations.
Repli des ventes sur le marché des forêts
En forêt, le prix moyen tourne autour 4.750 €/ha avec un maximum de 14.750 €/ha (en baisse de 0,34 % par rapport à 2022) pour les forêts les plus chères.
En 2023, avec 141.900 ha de forêt cédées en France (contre 155.100 ha en 2022), on observe une diminution des surfaces vendues de 8,5 %. Les ventes en surface de forêts de plus de 100 ha (38 % des surfaces vendues) baissent de 19,1 %, contre une diminution de 4,8 % pour les forêts de moins de 100 ha.
Une spéculation prisée par les Belges
Pour Benoît Léchenault, « les marchés, qu’ils soient agricoles, viticoles ou forestiers, se réajustent et s’adaptent en fonction de la conjoncture avant de repartir à la hausse car les fondamentaux sont plutôt bons ».
Pour le spécialiste, « acheter un bon hectare de terre agricole en France, une belle forêt, un bon vignoble reste une diversification de patrimoine intéressante ».
La forêt constitue le premier marché (qui a l’avantage de ne pas être contrôlé par les Safer) ouvert aux investisseurs étrangers, qui représentent toutefois moins de 10 % à 15 %.
Les Belges, pour une question de proximité culturelle, sont à la fois très attirés et bons connaisseurs de ce secteur, notamment dans le nord de la France.
EconomiePrintemps, sa timidité aimantée, ce ciel gorgé de bleus, ce jour où la vie nous rend distrait, il mêle du rire et de la gravité au cœur nu de la vie. À Assesse, par ce temps tentant désaxé de lumières, c’est chez Semailles que plusieurs acteurs ont lancé, le 20 mars dernier, « Des semences aux légumes », un collectif composé de semenciers, multiplicateurs et maraîchers qui produisent des légumes issus de la biodiversité cultivée.