Accueil Autres animaux

De l’eau à l’assiette: l’aventure aquaponique de la Ferme des trois moutons!

Ne vous fiez pas à son nom : La Ferme des trois moutons n’est pas spécialisée en ovins… Il s’agit plutôt de la première ferme aquaponique commerciale en Wallonie. Sarah Van Heertum et son mari Benjamin Elleboudt, tous deux infographistes, ont fait le grand saut en se lançant dans l’élevage de truites arc-en-ciel combiné à l’hydroponie, soit la culture de végétaux hors sol. Rencontre avec ce couple autodidacte installé à Ciplet, dans la commune de Braives (province de Liège).

Temps de lecture : 5 min

En entrant dans la grange où se trouvent les trois bassins dans lesquels nagent les poissons, on découvre immédiatement des affiches expliquant le fonctionnement de l’aquaponie. Un peu plus loin, une autre présente la truite arc-en-ciel. Des supports pédagogiques conçus de main de maître par le couple. Logique, puisque Sarah et Benjamin sont, au départ, infographistes. Pourtant, en matière d’aquaponie, ils en connaissent un rayon… Un ensemble de connaissances acquises « sur le tas », bien nécessaires avant de se lancer dans le grand bain de l’élevage de poissons.

Le Braivois raconte le prologue de cette aventure piscicole : « À la base, nous ne sommes pas du tout originaires de la région. Après nos études à Namur en infographie, nous nous sommes installés à Bruxelles. J’avais vu un reportage sur l’aquaponie résidentielle. De fil en aiguille, je me suis renseigné et j’ai appris que cela existait à plus grande échelle. Au départ, nous voulions introduire l’agriculture en milieu urbain, car c’est un système qui ne nécessite pas d’avoir accès à une terre propice à la culture. Finalement, nous avons décidé de quitter la capitale, et après avoir visité plusieurs fermes pouvant convenir à notre projet, nous avons acheté celle-ci à Ciplet en 2017. Après avoir réalisé des travaux, nous avons finalement introduit les poissons en 2020 ».

Trouver un équilibre pour créer une harmonie entre l’élevage et la culture

Avant de nous montrer leurs installations, il est essentiel de bien comprendre en quoi consiste l’aquaponie : « c’est combiner l’élevage de poissons et la culture de plantes hors sol ». En effet, dans ce système, les déjections animales sont transformées en nutriments pour les végétaux. Pour cela, l’eau des bassins passe dans un filtre à tambour pour en retirer les matières solides. Ensuite, elle arrive dans un filtre où des bactéries transforment l’ammoniac, provenant des déjections des poissons, en nitrites, puis en nitrates, ces derniers étant particulièrement appréciés par les plantes. Après avoir traversé la serre et fourni ses nutriments aux végétaux, l’eau, purifiée par ceux-ci, retourne dans les bassins des truites. En somme, tout fonctionne en circuit fermé. « On a vraiment deux cultures couplées l’une à l’autre. Il y a un réel équilibre à trouver entre elles pour qu’elles puissent vivre en harmonie. C’est véritablement une alternative à l’agriculture traditionnelle ».

Concernant les truites arc-en-ciel, le couple a opté pour cette espèce car elle s’adapte bien à une telle infrastructure. Originaires d’Amérique du nord, ces carnivores mesurent généralement 20 à 40 cm. De plus, leur chair très appréciée en fait des animaux adaptés à la transformation. Selon les goûts, on peut les consommer fumées, en rillettes, en mousses… « Puis dans la région, il y a peu de piscicultures où l’on peut acheter des truites fraîches », ajoute l’éleveuse.

Les poissons sont achetés à l'extérieur, puis sont intégrés dans le système. Chaque bac correspond à une génération d'animaux.
Les poissons sont achetés à l'extérieur, puis sont intégrés dans le système. Chaque bac correspond à une génération d'animaux. - François Ribaucourt.

À la Ferme des trois Moutons, ces 6.000 poissons sont répartis dans trois bassins différents selon leur âge, avec un bac de 25 à 30 m³ par génération : les truitelles, les animaux de 300 g à 1 kg, et enfin ceux de 1 à 2 kg. Avant d’arriver à Braives, ils naissent à Plainevaux chez Angélique Gillet, de la pisciculture Pechon Fontaine, spécialisée notamment en reproduction. « Au début, les truitelles pèsent un gramme. Nous les intégrons dans le système. Nous réalisons cette opération en début d’année ». Elles sont ensuite nourries avec un mélange de farine de poisson biologique. « Ces bêtes peuvent vivre une dizaine d’années, néanmoins il y a un stade où leur courbe de croissance se stabilise. À partir de 10 mois, nous pouvons commencer à les vendre car elles ont alors la taille adéquate pour une portion de 300 g », indique Benjamin Elleboudt.

Des semis à l’hydroponie

Juste derrière la grange se trouve la serre. Même si nous sommes en automne, nous pouvons encore sentir les odeurs d’aromates qui s’y développent grâce aux précieux éléments apportés par les poissons. Ces végétaux sont placés dans des pots incrustés dans des plaques de polystyrène. En dessous, on retrouve l’eau en provenance des bassins. Avant de les installer dans cet espace, les propriétaires réalisent les semis de manière classique, en terre.

Après avoir réalisé les semis en terre, les plantes sont mises dans l'espace d'hydroponie.
Après avoir réalisé les semis en terre, les plantes sont mises dans l'espace d'hydroponie. - Tristan Slegers.

Une fois les plantes prêtes, elles sont transférées dans l’espace hydroponique. Le propriétaire des lieux en soulève une pour nous montrer son développement : seules les racines subsistent, elles n’ont plus besoin de terreau. « Nous avons réalisé de nombreux tests et expériences. À présent, nous nous concentrons principalement sur la culture d’aromates, la plus rentable et intéressante, comme le basilic, le persil, la ciboulette, la menthe… et aussi quelques fleurs », explique Sarah Van Heertum. Son mari ajoute : « En fonction de la qualité de l’eau, du type de poissons, de leur alimentation, et d’autres paramètres, certaines cultures se développent mieux que d’autres ».

Un restaurant pour sublimer leur production

Dans cette ferme familiale, environ une demi-tonne de truites est écoulée chaque année. Auparavant, elles étaient vendues en vente directe après avoir été vidées, éviscérées et mises sous vide, tandis qu’un atelier se chargeait du fumage. Par ailleurs, les plantes et d’autres produits de la ferme (voir ci-contre) étaient proposés dans l’épicerie de l’établissement. Néanmoins, faute de clients, la petite boutique a dû fermer ses portes.

Qu’à cela ne tienne : le couple ne manque ni d’idées ni de projets ! Le dernier en date ? La « Cachette », le restaurant flambant neuf ouvert en octobre, qui permettra de sublimer leur production, désormais transformée directement sur place. Un lieu de partage en plein cœur de la ferme où différentes formules sont proposées. Citons les brunchs, le tea-room, ou encore des samedis dédiés à la cuisine du terroir… Bref, un espace familial, en pleine campagne hesbignonne, où l’on pourra déguster des truites élevées à seulement quelques pas de là.

A lire aussi en Autres animaux

Voir plus d'articles