Semer sous les balles

Alors que la 55e campagne d’Îles de Paix, au profit de projets de développement agricole et rural en Afrique et en Amérique latine, se tiendra du 17 au 19 janvier, on apprend que c’est précisément dans ces régions du monde que des agriculteurs ont perdu la vie le week-end dernier.
En effet, le 13 janvier, au moins 40 agriculteurs ont été tués par des djihadistes dans le nord-est du Nigeria, zone où les groupes armés Boko Haram et État islamique en Afrique de l’Ouest rivalisent l’un avec l’autre. Leur seule « erreur » : s’être aventurés dans un territoire occupé par les terroristes. La veille, au Brésil, deux militants du mouvement des travailleurs ruraux sans terre avaient déjà été tués par balle, tandis que six autres militants ont, eux aussi, été la cible de tirs.
On savait le métier d’agriculteur à risques, du moins sur les volets administratif, économique et entrepreneurial… mais moins sur le plan vital. Certes, le métier n’est pas sans impact sur la santé physique et mentale, mais de là à en perdre la vie, assassiné ?
Qu’importe le pays, la religion, le mode de vie ou encore les traditions culturelles, l’agriculture constitue un des socles de nos sociétés. Celles et ceux qui la pratiquent sont essentiels à leur alimentation, leur territoire ou encore leur économie. On ne le répétera jamais assez : la première fonction des agriculteurs est de produire une alimentation saine et de qualité, pour subvenir à leurs besoins et ceux de leur famille voire, plus largement, de leur région, de leur pays ou d’autres contrées du globe.
Il est tout bonnement inconcevable de prendre ces femmes et ces hommes pour cible lors d’attaques ou de conflits armés. Cette tragédie est d’autant plus frappante, voire choquante, que dans les pays comme le Brésil ou le Nigeria, où se sont produits les derniers faits en date, la sous-nutrition et la malnutrition sévit dans de nombreuses couches de la population. À l’évidence même, on n’a jamais vu une mitraillette cultiver la terre ou des balles rassasier une famille…
Ces événements tragiques résonnent comme un rappel brutal. Aujourd’hui, en 2025, des agriculteurs perdent encore la vie parce qu’ils souhaitent simplement exercer leur profession. Alors qu’il est plus que nécessaire qu’ils évoluent en toute sérénité, tant il en va de la vie, voire de la survie, de si nombreuses personnes sur la planète.
Le contraste avec les agriculteurs européens est frappant. Bien que confronté à des défis considérables (pressions économiques, changements climatiques, contraintes administratives, renouvellement des générations…), ces derniers n’ont généralement pas à craindre pour leur vie. Ce privilège de sécurité doit nous rappeler qu’une réalité bien plus sombre règne encore en certains points de la planète.
Sans nous détourner de nos propres difficultés, pensons à ces agriculteurs qui, malgré les dangers, continuent de cultiver la terre, l’espoir et la vie. Leur combat doit être source de courage, d’inspiration et de réflexion !