Précision, optimisation et automatisation pour maîtres-mots des technologies embarquées
Si les technologies embarquées riment souvent avec précision, par le biais de la coupure de section ou de la modulation de dose, elles ne se limitent pas à cela. Gestion des demi-tours et des fourrières, suivi complet et à distance des engins, analyse des performances… figurent également parmi les fonctionnalités clés apportées par ces systèmes avancés.

Les systèmes de guidage embarqués équipent un nombre croissant de tracteurs et procurent de multiples avantages aux chauffeurs (lire notre édition de la semaine dernière). En la matière, au sein du groupe Agco, Massey Ferguson a développé MF Guide. Mais pas uniquement…
Une gestion facilitée des demi-tours et fourrières
La gestion des trajectoires ne se limite pas aux seules lignes de travail. Directement dérivés de MF Guide, Massey Ferguson propose la gestion automatique des demi-tours MF AutoTurn et la gestion automatique des fourrières MF AutoHeadland.
Grâce à MF AutoTurn, le tracteur peut donc faire demi-tour automatiquement en bout de ligne. « Ce système est conçu de manière à s’adapter à tous les profils de parcelles et se révèle simple d’utilisation : après avoir défini le premier passage à travailler, sur base duquel seront calculés les passages suivants, il suffira au chauffeur de déterminer quelques paramètres : direction gauche ou droite, type de demi-tour, caractéristiques de la fourrière, distance sur laquelle l’ensemble tracteur-outil doit être aligné avant la reprise du travail, trace suivante à emprunter », détaille François Sneessens, Product Manager Massey Ferguson chez Matermaco.
« Ce dispositif fournit un confort de travail, des trajectoires rigoureuses réduisant la compaction du sol dans les fourrières, une diminution du stress – surtout avec des machines complexes dont plusieurs fonctions doivent être (dés)activées simultanément – et une excellente répétabilité ».
Un cran plus loin, MF AutoHeadland, combiné à MF AutoTurn, rend possible la gestion automatique des fourrières, dispensant de toute action humaine lors du demi-tour. L’on peut ainsi programmer deux séquences distinctes, l’une pour l’entrée dans la fourrière, l’autre pour en sortir. Chaque action que doit opérer le tracteur dans chacune de ces deux situations est pré-programmée de sorte qu’il effectue lui-même la séquence.
« Pour mieux comprendre le fonctionnement du système, prenons l’exemple d’une machine actionnée par la prise de force. Le chauffeur va pré-encoder les différentes actions à exécuter en bout de ligne, c’est-à-dire lors de l’entrée dans la fourrière, dans leur ordre chronologique d’exécution : lever le relevage, arrêter la prise de force, augmenter la vitesse d’avancement, tourner le volant. Chacune de ces actions est déjà présente dans le logiciel ; il suffit de cliquer sur l’icône qui la représente pour l’inscrire dans la séquence et que le système en tienne compte. » Chacune peut, en outre, être paramétrée individuellement. Par exemple, lorsqu’une fonction hydraulique est sélectionnée, on peut déterminer le temps durant lequel la valve doit être activée.
Une fois la séquence d’actions fixée, il faut déterminer les transitions entre chacune d’entre elles. Ces transitions peuvent être définies en termes de distance ou de temps. Dans l’exemple précité, il est donc possible de définir le nombre de mètres ou de secondes séparant le moment où le relevage est relevé et celui où la prise de force est arrêtée.
« Une fois ces réglages effectués, le système enregistre la séquence et peut ensuite la répéter à l’infini. Si le conducteur doit, en cours de travail, corriger l’un ou l’autre paramètre, il peut le faire individuellement sans avoir à reprogrammer l’intégralité de la séquence », explique François.
Notons que la fonction MF AutoHeadland a été présentée lors de la sortie de la gamme de tracteurs 9S mais est reprogrammable sur tous les modèles dotés de MF Guide, en ce compris ceux antérieurs à la date de sortie des Massey Ferguson 9S.
La coupure de section, pour un dosage optimal
L’optimisation des intrants, qu’il s’agisse de semences, d’engrais ou de produits phytosanitaires, relève aussi de leur bon dosage en évitant tout chevauchement. Le dispositif de coupure des sections participe activement à cet objectif, en activant et désactivant automatiquement les sections de l’outil pour éviter tout manque ou recouvrement dans le champ lors de passages contigus ou d’un demi-tour mais aussi tout chevauchement en bordure de parcelle.
Cette solution recourt au système de guidage du tracteur pour activer/désactiver automatiquement le(s) tronçon(s) concerné(s). « Dans notre gamme, le client peut choisir de ne pas équiper son tracteur ou, au contraire, de le pourvoir du dispositif MF Section Control. Deux options sont proposées à ce niveau : soit le contrôle de 24 sections, soit la gestion de 96 sections. Dans ce cas aussi, l’offre est modulable, permettant de passer de 24 à 96 sections par activation de l’option, même a posteriori
Les paramètres se règlent facilement sur l’écran avec les réglages de la fourrière virtuelle, puis du chevauchement autorisé dans le champ et en bordure de parcelle. Ce dernier peut être paramétré de deux manières.
La première d’entre elles consiste à fixer un pourcentage de recouvrement. « Par exemple, si je choisis 50 %, le système accepte un recouvrement d’une demi-section avant que celle-ci ne se coupe. L’autre possibilité est de fixer une distance de recouvrement. La particularité est que, par rapport au pourcentage, la distance peut être positive, incluant dès lors une part de chevauchement sur cette distance, mais aussi négative. Il est ainsi par exemple possible de donner la consigne de ne pas travailler à moins de deux mètres d’une bordure. » L’un des avantages est que ce type de paramétrage permet le respect des zones tampons lors des pulvérisations sans que le chauffeur n’ait à s’en soucier davantage.
« Les temps d’activation et de désactivation des sections peuvent être définis individuellement. Par exemple, si je constate que le semoir commence à déposer les semences 50 cm trop loin dans la ligne, je modifie le timing dans l’ordinateur. Celui-ci fera les calculs nécessaires pour ouvrir la bonne section au bon moment automatiquement en fonction de la vitesse d’avancement », signale notre spécialiste.
Moduler les doses, pour répondre aux besoins de la culture
La modulation de dose est l’autre grande option de gestion et d’optimisation de l’usage des intrants. Moduler les apports à l’intérieur même de la parcelle permet de rencontrer les besoins exacts nécessaires à la culture, et cela de façon différenciée dans les différentes zones du champ. Il en découle des gains sur les plans agronomique, économique et environnemental. Un champ n’est en effet que très rarement uniforme quant à ses caractéristiques : types de sols différents, relief variable, zones plus ou moins exposées au soleil et au vent, précédents culturaux variables… La culture est donc amenée à rencontrer des conditions hétérogènes au sein de la même parcelle.
L’objectif de la modulation intra-parcellaire est de déterminer les besoins exacts en intrants pour chacune de ces zones indépendamment et d’appliquer ensuite ceux-ci de façon différenciée, le plus souvent à des dosages différents. L’identification des besoins requiert naturellement une analyse plus ou moins poussée, sur base de cartes de rendement ou de couverture végétale par exemple ou encore d’analyses de sol. Une fois les différentes zones et leurs besoins ciblés, une carte d’application des intrants peut être éditée et envoyée sur le terminal du tracteur qui gérera ensuite le semoir, le distributeur d’engrais ou le pulvérisateur pour appliquer la dose spécifique préconisée sur chaque mètre carré de la parcelle.
« Combinée à la coupure de tronçons, la fonction de modulation de dose MF Rate Control met en application la carte de préconisation transférée sur MF TaskDoc Pro », poursuit François. « Le système se base ensuite sur la localisation de la machine pour, automatiquement, adapter la dose d’intrant selon la consigne de la carte. Diverses solutions se présentent à l’acheteur, qui peut opter pour la gestion de 24 tronçons et deux produits différents, par exemple la gestion d’une semence et d’un engrais starter appliqué au semis, ou 96 tronçons et deux produits ou, enfin, 96 tronçons et cinq produits. La carte d’application d’intrants peut être transférée au terminal du tracteur via clé usb ou liaison sans fil depuis le logiciel de gestion installé au bureau mais aussi via Agrirouter ».
Agrirouter, pour rappel, est une plateforme indépendante dédiée à l’échange de données entre les différents intervenants du monde agricole : agriculteurs, entrepreneurs, constructeurs de matériels, concessionnaires, conseillers, fournisseurs de services, d’intrants et autres produits, clients… MF TaskDoc Pro et MF Rate Control étant compatibles avec Agrirouter, une carte de préconisation, établie par un consultant externe par exemple, peut être directement transmise via ladite plateforme sur le terminal du tracteur, et donc au chauffeur qui peut alors débuter le travail.
Assurer le suivi des engins…
Comme on peut le constater, la gestion des données est appelée à jouer un rôle de plus en plus prépondérant dans la gestion des cultures et, plus largement, de l’exploitation ou de l’entreprise agricole mais ceci est vrai également pour la gestion des tracteurs et autres machines. Effectivement, les équipements embarqués collectent toujours plus d’informations ayant trait à leur fonctionnement et les constructeurs développent des applications spécifiques, comme la technologie MF Connect.
« Présent en équipement standard sur les tracteurs six cylindres et optionnel sur les quatre cylindres, MF Connect connaît un succès croissant dans les entreprises de travaux agricoles ». Il faut dire que cette solution de gestion de flotte de matériels autorise un contrôle et une prise de décision à distance en temps réel, permettant d’optimiser les temps de fonctionnement et les performances des chantiers.
Disponible sur smartphone, tablette et PC, pour les tracteurs et les autres matériels du constructeur, il assure le suivi de chaque machine : position, statistiques de fonctionnement, consommation, nombre d’heures moteur et de fonctionnement, codes de défauts ou alertes ne sont que quelques exemples de données collectées par le système.
La position de la machine peut être visionnée sur une carte de la parcelle ; ces positions peuvent ensuite être reportées sur le graphique des performances du véhicule. De la sorte, son comportement peut être analysé pour chacune des positions, et donc dans chacune des situations particulières rencontrées.
On en déduit rapidement à quel point cet outil de télémétrie centralisée peut se révéler d’une aide précieuse. Ceci d’autant plus que le concessionnaire peut lui aussi avoir accès à une mine d’informations après activation de cette fonctionnalité par le client : historique du tracteur, codes d’erreur, données relatives au fonctionnement et aux performances… De ce fait, le technicien est en mesure de circonscrire rapidement un problème et de poser un diagnostic correct. Il peut ensuite rejoindre la machine au champ avec les bons outils et les pièces de rechange adéquates. Les temps d’intervention, et donc d’immobilisation du véhicule, s’en trouvent considérablement réduits, que ce soit à l’atelier ou en dépannage sur le terrain.
Dans la même optique, des notifications d’entretien sont envoyées à l’avance par le système, laissant au gestionnaire une liberté de planification de ces opérations de maintenance en dehors des périodes d’activités intenses. Ce système d’alertes pro-actives a recours à des capteurs ou des calculs pour prévoir la survenance d’incidents avant qu’ils ne puissent être décelés par le conducteur. Des notifications sont parallèlement transmises au concessionnaire avec les instructions d’intervention nécessaires.
Et François d’ajouter : « Un centre de monitoring spécifique situé à l’usine de Beauvais a pour tâche d’analyser ces alertes pro-actives pour déployer et assurer le bon fonctionnement de ce système. Ce centre de monitoring est aussi en contact étroit avec le centre d’ingénierie et communique régulièrement avec les ingénieurs tant pour faciliter la résolution de problèmes que pour tenir compte des incidents récurrents et améliorer encore la fiabilité des générations futures de tracteurs Massey Ferguson ».
… et contrer les vols
Des rapports de performance peuvent être édités quotidiennement, hebdomadairement ou mensuellement pour contrôler et documenter le fonctionnement du matériel grâce à un large panel d’informations sur une période choisie. Ils permettent aussi la comparaison de plusieurs machines. La fonction Geofencing envoie des notifications dès que la machine quitte ou atteint une zone prédéfinie ou lors de toute activité inhabituelle. Ce genre d’outil peut se montrer efficace pour contrer les vols de matériels agricoles qui, malheureusement, défrayent la chronique depuis quelques années.
« Il est vrai que les vols dans les fermes sont en recrudescence. Les agriculteurs doivent faire preuve de vigilance et adopter des pratiques visant à protéger leurs biens pour dissuader les voleurs. Je conseille de démonter les antennes de guidage car elles sont faciles à dérober et à revendre via des réseaux parallèles. Elles représentent donc une cible de choix », recommande François.
« Certaines antennes peuvent se verrouiller avec une clé. En cas de vol, il est utile de cesser l’abonnement au signal de correction, même si cette action ne permettra pas de retrouver l’antenne. Lors du vol d’un tracteur équipé de MF Connect, il est conseillé d’en alerter son concessionnaire ou l’importateur. Celui-ci pourra à son tour en informer l’usine qui mobilisera son réseau. Si le tracteur refait surface et se retrouve à un moment donné dans une concession Massey Ferguson, y compris à l’étranger, il sera immédiatement signalé ».
Le tracteur, véritable outil de gestion
À travers ce dossier, nous avons tracé le portrait des technologies embarquées dans les tracteurs, qui ne cessent d’évoluer au profit des utilisateurs et des gestionnaires d’exploitations. Grâce à celles-ci, le tracteur, initialement conçu comme outil de traction, se voit doté de nouveaux rôles, lui permettant de mener certaines actions de façon automatique et devenant une véritable centrale d’acquisition et de traitement de données et donc, par là même, un outil de gestion à part entière.
Ces nouveaux outils sont autant de nouvelles solutions mais représentent également un certain budget. Comme pour tout investissement, il est nécessaire d’évaluer le retour, en termes financiers bien sûr mais aussi de confort et de facilitation du travail, que chacune de ces options peut générer et en estimer la rentabilité et la pertinence.
Comme le signalait en préambule François, un dialogue avisé entre le vendeur et l’acheteur est nécessaire pour poser une décision judicieuse quant au choix de ces options technologiques et définir ainsi le niveau d’équipement optimal pour que le tracteur convienne parfaitement à l’usage qui en sera fait.