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Dossier vols de GPS : à Mettet, Thomas Cnockaert muscle son système de vidéo-surveillance

Le secteur agricole n’échappe pas aux exactions en tout genre. On y dérobe du carburant, des petits outillages, parfois de bêtes, voire carrément des véhicules. Mais si les vols de tracteurs, trop voyants et trop encombrants, se sont raréfiés dans les campagnes, un nouveau type de larcin a pris le relais. Celui du rapt des GPS utilisés à bord de ces engins. Du matériel hautement technologique nettement plus rentable pour les malfaiteurs. Pour les victimes, le préjudice peut atteindre des montants à plusieurs chiffres. Agriculteur à Mettet, Thomas Cnockaert a récemment été la cible de ce type de cambriolage particulièrement bien organisé.

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Cofondateur du projet familial à succès « Les chips de Lucien », il cultive, sur son exploitation, des pommes de terre, des céréales, des betteraves, de la chicorée et du lin. Il a été victime, fin 2024, d’une intrusion dans son exploitation.

Une effraction à 20.000€ fin 2024

En pleine saison de semis et d’arrachage de pommes de terre, c’est nuitamment, aux alentours de 02h00, qu’une équipe de cambrioleurs a fracturé une porte d’homme située au seul endroit du hangar qui échappait alors furtivement au champ des caméras. Ils s’en sont pris à l’arracheuse de pommes de terre que son entrepreneur y avait entreposé et arraché l’écran AVR d’une valeur estimée entre 7.000 et 8.000 €, un objet « très prisé » car comportant le processeur en son sein.

« Un écran avec un processeur est assimilé à un ordinateur » résume M. Cnokaert, ajoutant que cet élément est à même de faire tourner une moissonneuse-batteuse, une presse, un pulvérisateur ».

Les malfaiteurs ont également volé une antenne GPS de tracteur d’une valeur équivalente. En comptant la porte qui a été disloquée, l’agriculteur chiffre les pertes à environ 20.000€.

Tout comme son entrepreneur, il s’est logiquement tourné vers son assureur, lequel lui a appris que le matériel dérobé n’était malheureusement pas couvert. Dans son malheur, le cultivateur avoue néanmoins avoir eu de la chance car les malfrats, peut-être perturbés par un élément extérieur, ont été stoppés dans leur élan.

« On ne vit plus dans un monde où les voleurs se cachent »

Pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est en pleine journée et à visage découvert qu’un individu reviendra deux jours plus tard, puis le 7 janvier dernier, chez Thomas Cnockaert.

« Après être rentré avec sa camionnette dans le hangar, il a demandé si le patron était présent et s’il y avait des chiens sur l’exploitation tout en passant des yeux en revue les véhicules et autres engins agricoles » déroule encore, presque fataliste, le Namurois.

« On ne vit plus dans un monde où les voleurs se cachent » soupire l’agriculteur qui a transmis la plaque du véhicule, immatriculé en Allemagne, à la police. Renseignements pris, il s’avère que l’individu venu en repérage sur son exploitation possède un casier judiciaire vierge, ce qui conforte l’agriculteur dans le fait qu’il s’agit d’un homme de paille, et surtout, qu’il n’est que le maillon d’une vaste chaîne redoutablement bien organisée.

Des télescopiques dissimulés dans des conteneurs

Thomas Cnokaert a décidé de renforcer encore davantage la sécurisation de ses hangars. Il a investi non moins de 45.000€ pour améliorer les systèmes d’alarme et de vidéo-surveillance. Rien ne dit pourtant que ce sera suffisant pour déjouer les plans des malfaiteurs.

Ce n’est malheureusement pas la première fois que le secteur de Mettet, Philippeville et Fosses-la-Ville est le théâtre de vols d’engins agricoles. Et les voleurs redoublent d’ingéniosité pour arriver à leurs fins en contournant les systèmes de sécurité les plus performants. C’est ainsi qu’ils ont, par exemple, dérobé deux télescopiques JCB chez un concessionnaire de machines de la région, les ont chargés dans des camions jusqu’à un port ou une gare de ferroutage.

Les machines ont ensuite été embarquées dans des conteneurs maritimes, lesquels fonctionnent comme une cage de Faraday qui neutralise les balises de géolocalisation. Elles ont brièvement recommencé à émettre en Allemagne avant que les télescopiques ne poursuivent leur route en direction de la Tchéquie, puis de la Hongrie pour atteindre la Roumanie, leur destination finale. Les balises ont alors été complètement désactivées.

Bien que la Roumanie compte parmi les 196 pays membres d’Interpol et qu’elle fasse désormais partie intégrante de l’espace Schengen depuis décembre 2024, les chances de retrouver et de restituer les machines à leur propriétaire semblent peu probables, notamment en raison de la législation en vigueur dans les pays de l’Est de l’Europe où les engins agricoles n’ont besoin d’aucun papier ni de certificat d’immatriculation pour circuler, si ce n’est une simple plaque de ferme.

Marie-France Vienne

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