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Du Danemark au Qatar en passant par Liège: le périple aérien des vaches Holstein

Il est passé minuit. Tandis que la plupart des gens dorment à poings fermés, à l’aéroport de Liège, les travailleurs sont à pied d’œuvre. C’est un départ exceptionnel pour nous, mais plutôt habituel pour le personnel du site, qui aura lieu dans quelques heures. À 7 h, un avion quittera le sol belge. À son bord ? 165 vaches Holstein. Arrivées du Danemark, ces vaches s’envoleront pour Doha, au Qatar, où le lait est aussi précieux que le champagne !

Temps de lecture : 6 min

La pluie bat son plein sur le tarmac de l’aéroport. Devant l’entrée du site, cinq camions sont déjà stationnés. Si tout semble d’un calme olympien, en tendant un peu l’oreille, on peut entendre des meuglements s’échapper des véhicules. Le rendez-vous est donné à minuit et quart. En quelques minutes à peine, le décor change, l’endroit se remplit. Scrupuleusement organisé, chacun sait quel est son rôle. Puis, c’est parti : le déchargement peut commencer.

Les camions sont arrivés à l’aéroport de Liège. Ils viennent du Danemark et transportent les Holstein destinées au Qatar.
Les camions sont arrivés à l’aéroport de Liège. Ils viennent du Danemark et transportent les Holstein destinées au Qatar. - D.T.

Les camions doivent être vidés. Avec leur boucle danoise, les vaches descendent une à une du véhicule pour aller dans les 33 cages. Ces cages sont des caisses en bois où les animaux, regroupés par cinq, sont installés. Elles sont fixées sur une palette d’avion, avec à l’intérieur du plastique et des copeaux par-dessus afin d’éviter d’abîmer l’appareil avec les déjections animales.

Le déchargement commence. Les vaches sortent du camion en empruntant la rampe de déchargement et montent dans les cages. Celles-ci sont maintenues avec un clark pour éviter qu’elles ne bougent.
Le déchargement commence. Les vaches sortent du camion en empruntant la rampe de déchargement et montent dans les cages. Celles-ci sont maintenues avec un clark pour éviter qu’elles ne bougent. - D.T.

« En fait, le travail commence avant le déchargement. Les cages doivent être montées et préparées à l’avance pour ces passagers. Elles sont numérotées selon leur position dans l’avion », explique Christian Jaucot, responsable du transport en gros volumes d’animaux auprès de Challenge Handling, la société en charge de la fabrication de celles-ci, de la manutention et du chargement de l’avion.

Répartition des masses : rien n’est laissé au hasard

Cette étape de déchargement prendra environ deux heures. Durant ce laps de temps, chaque camion recule devant une rampe. « Les cages sont poussées devant cette rampe et maintenues avec un clark. Cela permet d’éviter l’effet d’inertie lorsque les vaches pénètrent dans la cage qui avance. Les animaux pourraient alors mettre un pied dans le vide et se casser une patte. C’est très important », poursuit-il.

Sans tarder, le personnel place un filet au-dessus de la cage. Au sein de l’équipe, on nous souffle : « C’est un peu leur ceinture de sécurité ». En réalité, cet élément est indispensable pour garantir la protection des bovins. Il permet de rigidifier l’ensemble, car les caisses ne sont pas blindées. De plus, ces filets doivent être bien tendus pour éviter que les vaches ne s’étranglent en passant la tête à travers.

Une fois déchargées et installées dans leur box, direction la balance. Chaque caisse est pesée, tandis que les poids sont envoyés à un bureau central. Ce dernier décide de la position des cages en fonction de ceux-ci. Une décision mûrement réfléchie pour que la charge totale, soit entre 93 et 95t pour ces 165 bêtes, soit correctement répartie. « Cela va déterminer l’angle d’attaque des ailes pour le décollage. C’est crucial. Parfois, on met des caisses vides pour obtenir une bonne répartition des masses ».

Chaque caisse est pesée et numérotée, selon sa place dans l’avion.
Chaque caisse est pesée et numérotée, selon sa place dans l’avion. - D.T.

Sept heures de travail nécessaires

Cette tâche terminée, les cages sont placées sur le côté de l’avion, puis poussées sur un ascenseur. Toutes les opérations sont dirigées par un joystick. Les Holstein sont montées à hauteur de l’appareil, environ six mètres, pour pouvoir y accéder facilement.

Par ailleurs, un avion se charge toujours de la même façon : d’abord le low deck avant, puis le main deck, et enfin le low deck arrière. En effet, si l’on commence par l’arrière, l’engin risque de basculer. Malheureusement, pour des raisons de sécurité, en tant que journaliste, nous ne pouvons pas assister à ce moment.

Finalement, à 7 h du matin, alors que la vie reprend tout doucement son cours, l’avion quitte le sol liégeois. Un Boeing 757-400 de la compagnie Magma. Près de sept heures ont donc été nécessaires pour tout mettre en œuvre. Autant dire que l’on est bien au-dessus des trois heures d’avance habituelles lorsqu’on part en vacances…

Dès lors, pourquoi un tel timing ? « Il y a plusieurs raisons. Là, le chargement s’est déroulé en

2h30, mais cela peut prendre plus de temps, jusqu’à six heures. Puis, nous ne sommes jamais à l’abri d’un imprévu, et quand on travaille avec des animaux, la règle est de ne pas avoir un planning trop serré », souligne le spécialiste.

Finalement, au terme de cette nuit trépidante pour tout le monde, on peut dire que la mission est réussie haut la main. Pour y parvenir, l’expertise de plusieurs pays a été réunie.

Accrochez-vous : les vaches ont été transportées par des camions allemands, une société anglaise, Intracto, a pris en charge toute l’organisation logistique et la coordination des sous-traitants, parmi lesquels l’aéroport de Liège et la société Challenge Handling. Enfin, la compagnie aérienne est… Islandaise !

Une nouvelle vie au Moyen-Orient grâce à l’expertise de plusieurs pays

Un filet rigidifie l’ensemble et assure la protection des bovins, regroupés par cinq dans chaque caisse.
Un filet rigidifie l’ensemble et assure la protection des bovins, regroupés par cinq dans chaque caisse. - D.T.

Après des heures de route entre le Danemark et la Belgique, c’est un autre périple qui attend les vaches : leur voyage en avion.

Le commandant règle la température sur 7 degrés. Avec la chaleur corporelle des animaux, il fera environ 20 degrés à bord. La lumière est tamisée. Le trajet dure 5h30. Deux personnes les accompagnent, néanmoins aucun « plateau-repas » n’est réservé à ces passagères hors norme. Les vaches ont reçu à boire dans le camion et sont restées hydratées jusqu’au moment du chargement. Ensuite, il leur sera interdit de manger et de boire. « Elles sont nourries avant de partir, toutefois il ne faut pas qu’elles soient obligées de se coucher pour ruminer ».

Arrivées à Doha, les laitières vivront les mêmes opérations, mais à l’envers, cette fois-ci. S’ensuit un trajet de deux heures pour rejoindre une méga-exploitation. Entièrement climatisée et sur caillebotis, elle est bien éloignée des fermes que nous connaissons.

Autant dire aussi que, vu les températures extérieures, les Qataris ne dégusteront pas un bon verre de lait « à l’herbe », comme on dit chez nous. Là-bas, leur foin viendra… de Nouvelle-Zélande, et elles boiront de l’eau de mer dessalée.

Des primipares gestantes de six mois aux lactations exceptionnelles

L’année passée, pas moins de 5.000 bêtes ont été envoyées vers le Moyen-Orient depuis l’aéroport de Liège, toutes en provenance du Danemark. Mais pourquoi des vaches danoises sur le sol belge ? « En fait, ce qui se déroule à l’aéroport de Liège n’est que la partie émergée de l’iceberg. Tout cela est préparé des années à l’avance. Il faut être capable de mettre en place une structure de production permettant d’envoyer autant de bêtes à deux tiers de leur gestation à une date bien précise », indique Christian Jaucot.

Des Holstein issues de fermes « laboratoires », toutes génotypées avec un taux de lactation extrêmement élevé… qui finiront leur vie au Moyen-Orient.

« Il y a le Qatar, cependant ce n’est pas le seul pays. Par exemple, nous allons également envoyer une importante quantité d’animaux vers l’Algérie. En Espagne, un bateau fait la liaison vers la Libye ». Dans cette partie du monde, le lait frais est un luxe, au même titre que le champagne. Il fait aussi partie intégrante de la culture. « Par exemple, le couscous ne se cuisine pas avec de l’huile. Ils utilisent du beurre. »

Et maintenant, lorsque vous verrez un avion passer dans le ciel, dites-vous que ce sont peut-être des dizaines de vaches qui planent au-dessus de vos têtes…

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