Lutte contre l’IBR : un combat encore loin d’être gagné
L’IBR : cette menace plane encore et toujours sur les fermes de notre pays. Et alors que le plan de lutte est en marche pour obtenir en 2027 le statut indemne, une recrudescence du virus a été constatée ces derniers mois. En Flandre, et chez nous, en Wallonie, des bêtes ont été infectées par la maladie. De quoi inquiéter les détenteurs de bovins, tout comme l’Arsia qui prône pour une refonte de la législation afin de renforcer la traçabilité en temps réel des bovins.

Vous l’avez lu dans nos pages, depuis quelques semaines, l’IBR (rhinotrachéite infectieuse bovine) fait malheureusement son retour sur le devant de la scène. Dernièrement, des concours ont d’ailleurs dû être annulés à cause du virus. Pourtant, en Wallonie, l’on compte 96,61 % de troupeaux sans la maladie. C’est bien, néanmoins malheureusement pas assez pour obtenir le Graal : le statut indemne. Pour ce faire, il faut passer à 99,8 %. Et malheureusement, les perspectives ne sont pas réjouissantes puisque depuis décembre 2024, on dénombre dix pertes de statut pour des élevages. Tous situés dans le Hainaut. Les origines de leur contamination sont diverses, parfois dues à des achats, aux passages d’animaux dans des étables de négoce, tandis que certains éleveurs ont appris la mauvaise nouvelle par le biais des prises de sang.
De plus, suite à la recrudescence de la maladie, alors que le nombre de bovins GE+ était en baisse constante, une hausse de ces animaux a justement été constatée par l’Arsia au début de février. On compte également 35 nouvelles bêtes infectées depuis 2025…
Si le sud de notre pays fait face à une rechute, en Flandre, la situation est assez similaire. Similaire aussi au niveau de la législation puisqu’il n’y a plus, non plus, de vaccination. Un « choix économique » réalisé en 2021, alors que selon l’Arsia, 98 % des troupeaux assainis ne vaccinaient plus. Au grand dam de certains éleveurs qui réclament un retour de ces traitements. Car au-delà de la maladie, pour les agriculteurs touchés, il s’agit d’une catastrophe humaine et économique, malgré les indemnisations pour compenser les abattages, mais pas la perte de production.
Une absence de statut sanitaire
Dès lors, où le bât blesse-t-il pour l’IBR ? Quand les vaches sont-elles susceptibles d’être contaminées ? Pour certains, c’est dans le camion. À cela, Jean-Yves Houtain, directeur du département épidémiologique et encadrement sanitaire de l’Arsia, a répondu lors des Rendez-vous de l’Arsia que l’étincelle pouvait, en effet, venir de là, mais que la propagation pouvait réellement se produire au sein des étables de négoce.
Le hic est qu’au niveau de la législation, il est actuellement impossible de donner un statut sanitaire à ces établissements, tout comme aux centres de rassemblement ou encore aux moyens de transport. Et ce, contrairement aux fermes, par exemple, qui peuvent recevoir ce statut au niveau de leurs animaux et de leurs troupeaux.
Un animal porteur à l’entrée…des dizaines d’animaux infectés à la sortie
Comme souligné lors de la conférence, ces étables de négoce sont des lieux de passage pour les animaux qui y restent maximum 30 jours, et pour lesquelles il n’y a pas de principe de désinfection à la sortie. Notons que dans ces établissements, les mouvements « in » et « out » des bêtes doivent être enregistrés. Néanmoins, durant tout ce délai, les bovins ont le temps d’attraper le virus et ça va vite ! Si un animal en phase d’excrétion contamine ses congénères, cela peut ainsi représenter des dizaines de bêtes malades à la sortie.
« Cela peut s’amplifier avec un seul animal. On arrive rapidement à des catastrophes, et à des vagues énormes de recontamination », signale le vétérinaire, qui a rappelé comment fonctionnait la propagation de cette rhinotrachéite.
Un animal « naïf », soit non vacciné comme c’est le cas en Belgique, peut l’avoir par une autre bête. La période d’incubation va durer trois à quatre jours. Ensuite, il peut, ou non, développer des symptômes, cependant dans tous les cas, une excrétion massive du virus par les naseaux sera observée. Cela contaminera, bien sûr, d’autres bêtes en contact plus ou moins direct entre elles. Puis, le bovin guérira, puisqu’il est rare qu’il en meure. Par ailleurs, pour savoir s’il s’agit bien de l’IBR, des prises de sang doivent être réalisées. Toutefois, il faut 3 à 4 semaines pour obtenir le résultat.
Après, est-ce terminé ? Fin de l’histoire ? Eh bien non, puisque la bête sera porteuse à vie. Il suffira d’un stress, comme un transport, pour qu’elle réactive la maladie. Rebelote : d’autres animaux seront contaminés !
Notons également que si certains éleveurs pensent que leur troupeau est assaini, sans le savoir, il s’y trouve encore des GE+…
Face à ces problèmes de contamination, l’Arsia plaide donc pour une certification des troupeaux terminaux, comme ces étables de négoce, les troupeaux d’engraissement et les centres de rassemblement, comme les marchés, afin de pouvoir mettre un statut sur ceux-ci et, éventuellement, prendre les mesures nécessaires en cas de difficultés sanitaires.
Perdu de vue… 9 mois
De plus, un autre problème majeur concerne les moyens de transport, où il n’y a aucune traçabilité… Imaginons un voyage entre Liège et Anvers : il est facile de comprendre que l’on puisse perdre la trace d’un animal pendant quelques heures. Mais le vrai souci, c’est que cette absence de suivi peut durer bien plus longtemps… Des jours, des semaines, voire des mois.
Un exemple marquant a ainsi été évoqué lors de cette soirée : celui d’un bovin qui, après avoir quitté son troupeau, est passé par une étable de négoce, puis par le marché de Ciney… avant de disparaître des radars pendant neuf mois ! Un véritable « trou de traçabilité », jusqu’à ce qu’on le retrouve finalement dans une autre étable de négoce. Entre-temps, il avait eu tout le temps d’être, lui aussi, contaminé.
Un gros manquement, donc, qui ne facilite évidemment pas la lutte contre l’IBR.
Pour tenter de combler ces failles, l’Arsia a notamment développé des applications mobiles visant à simplifier les tâches administratives et à fluidifier les échanges entre les différents intervenants : éleveurs, négociants, transporteurs, marchés, centres de rassemblement, vétérinaires…
C’est notamment le cas de Beef-Move, un outil permettant de gérer et de suivre le cheptel sans document papier, optimisant de cette manière la traçabilité des animaux.