Vision de l’Agriculture : de l’ambition, mais avec quel budget?
Le grand dialogue stratégique engagé par la commission à la suite des manifestations du début de l’année 2024 s’était achevé en septembre dernier sur une série de recommandations pour assurer la viabilité de l’agroalimentaire européen. Recommandations dont s’est nourri le commissaire Christophe Hansen pour rédiger sa feuille de route, en étrillant au passage la stratégie « De la fourche à la fourchette ». La question du budget que nécessitera la mise en œuvre du catalogue de mesures égrainé par l’Exécutif reste toutefois ouverte…

Le Luxembourgeois a commencé par entériner l’échec de la stratégie « De la fourche à la fourchette », elle qui avait cristallisé la colère des agriculteurs wallons et européens en 2024.
Enterrement de première classe pour la stratégie « De la fourche à la fourchette »
Il a enfoncé le clou en assurant qu’il fallait désormais
Au premier rang des priorités du commissaire luxembourgeois, l’on retrouve sans surprise la simplification de la Pac dont un paquet de mesures sera dévoilé dans les prochains mois et un autre, plus tard dans l’année, s’attaquera aux obligations en dehors de celle-ci (politique environnementale, sanitaire…).
Flexibilité au niveau des plans stratégiques
La commission donne déjà quelques pistes de ce qui sera présenté au printemps : rationalisation des exigences sur les exploitations pour mieux reconnaître les différentes pratiques agricoles (comme l’agriculture biologique).
Mais aussi l’utilisation accrue des paiements simplifiés pour les petites exploitations, un meilleur accès aux instruments financiers disponibles et, enfin, une plus grande flexibilité pour les États membres dans la gestion des plans stratégiques.
La Vision sur l’Agriculture précise que la transition écologique doit « reconnaître les spécificités de l’agriculture » qui aura « toujours un certain degré d’impact sur les ressources naturelles, avec des limites en termes d’atténuation par rapport aux autres secteurs de l’économie ».
Flécher les aides vers les jeunes
L’autre grand objectif affiché par la Vision est de mieux cibler les aides notamment vers les jeunes agriculteurs, les exploitations familiales, les exploitations de polyculture-élevage et celles dans des zones soumises à contraintes naturelles. Christophe Hansen plaide pour la dégressivité et le plafonnement des aides, tout en étant conscient que la discussion sur ce point sera « très difficile ». Il faut, selon lui, s’écarter du « simple paiement à l’hectare
La commission a annoncé une accélération de l’accès aux biopesticides sur le marché de l’UE d’ici la fin de l’année avec la possibilité, pour les États membres, d’accorder des autorisations provisoires pendant que leur évaluation est encore en cours. Les ressources de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) devraient être renforcées pour accélérer les procédures d’évaluation.
La future Pac devrait aussi prévoir une réforme de la conditionnalité, réservant davantage de place aux « incitations » pour les pratiques les plus vertueuses, et réduisant la part des « obligations ».
Anticipation des mesures commerciales de rétorsion
Sous la menace de plus en plus sérieuse d’une guerre commerciale tous azimuts, l’UE veut montrer qu’elle écoute ses paysans. Et notamment sur la question épineuse de la concurrence déloyale que plusieurs accords commerciaux, en particulier celui avec le Mercosur, feraient planer sur les agriculteurs européens.
Dans son document, le commissaire Hansen explique ainsi qu’il présentera cette année aux États membres une « ligne d’action sur l’approfondissement de la réciprocité » des normes européennes. Il faut comprendre par-là l’obligation de voir les produits agricoles entrant dans l’UE respecter les mêmes exigences environnementales et de production qu’appliquées dans l’UE.
Il cite notamment le cas des pesticides et du bien-être animal, promettant de veiller à ce que « les produits les plus dangereux, interdits dans l’UE pour des raisons sanitaires et environnementales, ne soient pas réintroduits par le biais de produits importés ». Il envisage de lancer une étude d’impact sur « la position concurrentielle de l’UE et les implications internationales » pour, le cas échéant, proposer « des amendements au cadre juridique applicable ».
La commission souhaite par ailleurs élaborer « un ambitieux filet de sécurité unitaire » afin de protéger le secteur agroalimentaire de l’UE « par tous les moyens disponibles, y compris dans le cadre de l’OMC ou d’instruments autonomes de l’UE tels que l’instrument anticoercition ».
Un grand flou sur les sous
Dans un contexte de forte inquiétude des agriculteurs, un signal quant au budget de la Pac fait défaut souligne toutefois le cercle de réflexion Farm Europe, tandis que l’eurodéputé socialiste français Éric Sargiacomo s’est montré plutôt dubitatif à l’issue de la présentation de la feuille de route du commissaire à l’Agriculture. « Au regard de la myriade d’actions à réaliser, on est forcé de s’interroger sur les moyens budgétaires pour les mener à bien » a-t-il réagi. Le sentiment est partagé par le Copa-Cogeca qui se félicite de cette « remise à zéro pragmatique » et de ce « catalogue ambitieux de pistes de travail pour l’avenir » mais qui craignent également le manque de fonds dans le prochain budget, qu’elles considèrent comme étant « l’éléphant dans la pièce ».
Un grand flou sur les sous qui laisse présager une dilution de la Pac dans un grand plan unique à chaque pays européen. C’est dire que la portée de ces grandes orientations ne pourra réellement être mesurée qu’une fois défini le prochain budget européen pour 2028-2034. Rendez-vous donc en juillet avec la proposition de cadre financier pluriannuel…