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Les Systèmes participatifs de garantie, un levier pour une agriculture locale résiliente?

Alors que la différenciation par la qualité et les labels constitue une stratégie de résistance, elle se heurte à une multiplication des certifications (Fairtrade, Bio, Haute Valeur Environnementale, etc.), induisant un véritable flou. Avec un engouement qui s’estompe auprès du grand public, comment garantir la pérennité de ces filières ? Les Systèmes participatifs de garantie (SPG) pourraient-ils représenter une alternative viable pour renforcer la résilience des filières locales en recréant un lien direct entre producteurs et consommateurs autour d’une charte de production co-construite ?

Temps de lecture : 5 min

L’agriculture wallonne évolue dans un contexte de pressions multiples, exacerbées par l’ouverture des marchés internationaux et la mise en concurrence des producteurs locaux avec des exploitations au contexte différent et dont les coûts de production sont bien moindres. Les accords de libre-échange, à l’instar de celui négocié entre l’Union européenne et le Mercosur, suscitent de vives inquiétudes quant à la viabilité économique et environnementale des systèmes de production européens.

Dès lors, face à ce constat, les Systèmes participatifs de garantie représentent-ils une preuve de qualité tant pour les producteurs que pour les consommateurs ? Selon la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique (IFOAM), « Les SPG sont des systèmes d’assurance qualité avec une orientation locale. Ils certifient les producteurs en s’appuyant sur la participation active des acteurs et sont basés sur la confiance, les liens sociaux et l’échange de connaissances ».

Les étapes clés du processus

Les SPG reposent sur une approche collaborative où les producteurs, consommateurs et autres parties prenantes participent activement à la certification. Le processus suit plusieurs étapes structurées pour garantir la conformité aux normes établies.

1. Engagement et préparation du producteur

Chaque producteur souhaitant intégrer ce système doit d’abord exprimer son engagement aux principes du collectif. Ensuite, il doit élaborer un plan de gestion de son exploitation, décrivant en détail ses pratiques agricoles et leur conformité avec les normes de la charte établies par le collectif. Cette documentation permet aux autres membres d’avoir une vision claire de ses méthodes et de son engagement.

2. Visite d’évaluation par les pairs

Lors de la visite, ce plan est vérifié ainsi par les pairs (producteurs, de consommateurs et parfois de conseillers techniques) afin d’assurer la cohérence entre les informations déclarées et les observations sur le terrain. Les observations issues des visites sont ensuite discutées avec l’ensemble du collectif. Au-delà de leur aspect décisionnaire, ces commissions sont également des lieux de débats et de responsabilité partagée pour trouver des solutions pratiques aux enjeux du producteur/transformateur.

3. Suivi et amélioration continue

Une fois certifié, des visites de contrôle ont lieu à intervalle régulier (en général, annuellement) pour garantir l’adéquation entre le projet et les valeurs de la charte. Le producteur participe également à des visites croisées pour évaluer d’autres membres du SPG. En cas de non-conformité détectée, des mesures correctives sont proposées et un suivi est effectué pour garantir leur mise en œuvre. Ce système encourage ainsi une amélioration continue des pratiques agricoles.

Une alternative à une certification par organisme de contrôle

Originellement, la proximité entre producteurs et consommateurs garantissait une plus grande transparence des produits échangés. Avec la globalisation des marchés, la mise en relation de partenaires plus lointains nécessite des dispositifs permettant d’informer sur la qualité des produits. C’est dans ce contexte qu’émerge dans les années 70 les premiers SPG développés par la fédération Nature & Progrès (N&P) France. À la suite de l’élaboration du label bio européen (eurofeuille) en 1991, cette certification se place en alternative à la certification par organisme de contrôle. Actuellement, le SPG n’est plus reconnu officiellement comme certificat bio et N&P France lutte toujours contre cette mesure.

En comparaison à une certification par organisme de contrôle, ces systèmes alternatifs de garantie permettent notamment de réduire le coût de la certification. Dû aux freins structuraux associés à la certification par organisme de contrôle dans les pays du sud, les SPG y sont particulièrement développés. Ce système permet également de se réapproprier la philosophie plus globale de l’agriculture biologique. Effectivement, les chartes SPG couvrent des aspects plus larges que la certification bio européenne dont notamment des aspects sociaux, de prix juste pour le producteur et le consommateur ou encore d’utilisation responsable d’énergie et d’eau.

Aujourd’hui, leur cadre d’application dépasse l’agriculture et concerne également l’écotourisme ou l’écoconstruction.

En 2019, l’IFOAM dénombrait 223 initiatives de SPG dans 76 pays du monde, dont 166 déjà opérationnels regroupant 496.104 producteurs.

Et en Wallonie ?

Peu de temps après l’apparition de N&P France, son homologue Belge voit le jour et organise les premiers SPG en Wallonie. Cette branche de notre pays est cependant légèrement différente dans sa démarche où elle exige la certification bio par organisme de contrôle aux fermes participantes. Le SPG ne contient donc plus la partie « contrôle » du cahier des charges bio, ce qui lui permet de se concentrer sur des aspects plus tacites : problèmes ponctuels rencontrés, échanges d’expérience, etc.

Il y a plus de 10 ans, le Groupement d’achats solidaires en agriculture paysanne (GASAP) a aussi lancé un SPG pour contrer le manque de subsides pour la certification bio en région bruxelloise et pour les maraichers de petites tailles où le coût de la certification représente un frein financier important. Le Mouvement d’action paysan (Le MAP) est un troisième acteur francophone pratiquant ce système en Wallonie. Pour lui, les dimensions « sociale, économique et écologique » font partie intégrante du processus mais un critère politique a également été intégré sur base de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales. En 2022, Les GASAP et le MAP ont créé la plateforme interassociative des SPG qui a pour but de fédérer les initiatives existantes et assure un processus commun. Les chartes des trois organismes sont cependant très similaires. Tous réseaux confondus, on recense actuellement environ 125 fermes engagées dans cette démarche en Wallonie.

Ce mouvement des SPG s’applique à recréer un lien de confiance entre les producteurs et les mangeurs (ou « consom’acteurs » dans l’idée qu’il s’implique davantage dans la façon dont leur alimentation est produite) nécessaire à une reterritorialisation de l’agriculture, et de ce fait, à la préservation de notre souveraineté alimentaire wallonne. En favorisant les échanges de pratiques et d’expérience autour de l’agriculture durable, cette garantie permet également aux producteurs de s’insérer dans un système d’amélioration continu au sein d’une communauté soutenante.

La charte de Nature & Progrès avec au centre les 3 pilliers du développement durable. Le deuxième cercle développe les valeurs de l’association. Tandis que le troisième cercle explicite ces 9 valeurs en 23 principes applicables en ferme.
La charte de Nature & Progrès avec au centre les 3 pilliers du développement durable. Le deuxième cercle développe les valeurs de l’association. Tandis que le troisième cercle explicite ces 9 valeurs en 23 principes applicables en ferme.

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