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Bleu, bleu, bleu, le ciel de …

Vous vouliez du bleu ? Un mot, un geste : les élections ont fait le reste ! Par contre, le ciel météorologique n’a pas voté pour le bleu azur… Celui-ci se bagarre toujours et encore contre le parti gris des nuages, façon GLB, ce gentil monsieur qui fait la pluie et le beau temps en Wallonie : spécialiste des orages politiques, des chocs thermo-médiatiques et des fronts froids. Le jour tout proche arrive où notre région en aura fini avec les 50 nuances de gris, a-t-il promis. Du bleu, des bleus, des mots bleus, des maux bleus, un ciel bleu ! Que du bleu...

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L’agriculture aime le bleu quand il fait trop gris, et le gris quand il fait trop bleu. Un ciel uniformément bleu, durant des semaines et des mois, cause davantage de dégâts qu’un ciel coloré où naviguent des caravelles grises. Ceci dit, quand les dites caravelles s’amalgament et déversent des trombes d’eau à n’en plus finir, les fermiers font grise mine. L’idéal réside évidemment dans un savant mélange de pluie et de chaleur, au fil des saisons. De même, en politique, le gouvernement idéal devrait être libéral mais pas trop, social mais pas trop, écologiste mais pas trop. Dans la pratique, entre les trois, le coeur des Wallons balance : tantôt à gauche, tantôt à droite au fil des législatures. Cette fois, le balancier s’est positionné sur la droite, en Belgique et en Europe.

Traditionnellement, quand les partis de droite sont en la manœuvre, les indépendants et les patrons jubilent ; les syndicats du monde ouvrier râlent, les allocataires sociaux se font des soucis. À l’inverse, ceux-ci sont davantage rassurés quand la gauche dispose des manettes gouvernementales, tandis que les PME se sentent ignorées. Quand un pensionné vote pour la droite, c’est un peu comme si une dinde votait pour Noël, ou un agneau pour Pâques et l’Aïd al-Kabïr. Les gens votent parfois contre eux-mêmes. On ne sait trop ce qui motive les électeurs : on vote pour celui qui parle le plus vrai, ou celui qui crie le plus fort ? Le pragmatique, ou le populiste ?

En toute logique, un agriculteur actif vote à droite, mais quand il est retraité et perçoit la pension mini-minimale -surtout les agricultrices !-, il devrait virer sa cuti et voter à gauche, ce qu’il ne fait pas, habitué qu’il est de tourner en rond dans son champ vers la droite, dans le sens des aiguilles d’une montre. C’est plus fort que lui ! La droite a gagné et les fermiers wallons jeunes et vieux sont heureux, avec tout ce bleu garanti pour les cinq années à venir, et plus si affinité. Heureux, mais méfiants tout de même, car les promesses des politiciens s’érodent assez vite au contact des réalités. Au bout de quelques mois, la dopamine générée par l’agréable sensation de nouveauté s’estompe peu à peu, à l’image d’une passion amoureuse. On se rend alors compte où l’on a mis les pieds !

Notre agriculture va bénéficier -ou souffrir ?- d’une politique davantage libérale, en Belgique et en Europe. Le libéralisme est né de la religion protestante, avec cette notion de liberté d’action, d’ordre aléatoire, sous l’oeil bienveillant de Dieu et du pouvoir. Vous êtes riche et gagnez beaucoup d’argent parce que vous êtes le meilleur, le plus travailleur, le plus futé. Votre prospérité profite à l’ensemble de la société et contribue à élever le niveau moyen de bien-être. Le libéralisme prône la dérégulation des marchés, soutient les forts qui «méritent» d’être forts, tandis que le message passé aux pauvres les enjoint à travailler davantage, à jouer le jeu de la jungle s’ils veulent s’en sortir. D’où l’esprit de compétition, de croissance continue, de cette propension à placer l’argent au centre de tout, de sanctifier la rentablité financière, de maximiser les profits «parce que je le vaux bien»… La loi du plus fort.

Les politiques de gauche, -socialisme, écologisme, communisme, ...-, proposent une vision plus organisée, un ordre non plus aléatoire mais davantage contrôlé, afin de calmer les ardeurs gourmandes de ceux qui gagnent beaucoup d’argent, et de partager les richesses créées, afin d’élever le niveau de bien-être des classes les plus défavorisées. Le parti Écolo propose de surcroît une prise en compte de l’environnement naturel, malmené par les politiques libérales trop axées sur la croissance à tout prix, la compétitivité, le productivisme, le consumérisme. Un ami m’a écrit ce commentaire : «Les écologistes appellent de tous leurs voeux une nature protégée, veulent y parvenir par tous les moyens, quitte à marcher sur les pieds de ceux qui ont les pieds dans la boue (les bouseux) et sur les pieds de ceux qui ont les pieds sur terre (les réalistes). Pas étonnant qu’ils se soient plantés».

Le ciel météorologique est gris; le ciel politique est bleu. Plus que jamais, les agriculteurs auront le choix de s’insérer dans ce système libéral tragiquement réaliste, utilitariste ; la «joie» d’adhérer à cette obsession de faire toujours mieux, de produire, d’acheter et vendre toujours davantage. De gonfler, gonfler, gonfler leurs exploitations. Bleus, bleus, soyez heureux...

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