Une nouvelle ère d’innovation et de durabilité s’ouvre
« Ici commence un monde durable » est le thème de la Foire de Libramont 2024. Cette édition permettra de découvrir les initiatives et projets innovants et durables des filières agricole, forêt-bois et environnementales. Avec son slogan « Notre agriculture, c’est notre futur. Agissons ensemble ! », l’événement met l’accent sur l’innovation et sur les opportunités des solutions numériques et robotiques. L’occasion également de s’intéresser à la maturité numérique du secteur agricole.

Dans le baromètre Digital Wallonia 2022 de maturité numérique des entreprises wallonnes, l’Agence du Numérique a mesuré un score global de 22 pour le secteur agricole, soit un déficit de 9 points par rapport à la moyenne de tous les secteurs économiques. Ce baromètre, réalisé tous les deux ans, est basé sur 120 indicateurs regroupés en quatre catégories : infrastructures, organisation, processus et stratégies (figure 1).
Pour le secteur agricole, il concerne tous les acteurs économiques (agro-équipementiers, distributeurs d’intrants…), et pas exclusivement les exploitations agricoles.
Au niveau des fermes wallonnes, on constate également des degrés d’adoption des outils numériques parfois très contrastés.
Dans le secteur des grandes cultures, le guidage des machines par gps reste de loin la technologie la plus utilisée (plus d’un agriculteur sur deux), alors que le monitoring des cultures par satellite à des fins de pilotage de la fumure azotée, bien qu’au point, ne concerne que de 0,1 % des surfaces.
Les stations météo connectées connaissent un réel engouement (plus de 1.000 stations émettent désormais sur le territoire wallon), et des applications non spécifiques au secteur agricole, telles que WhatsApp, tendent à devenir les premiers assistants numériques des agriculteurs et entrepreneurs, au détriment d’autres solutions qui leur étaient dédiées.
Quels sont les facteurs qui expliquent cette situation et ces évolutions ? C’est une question sur laquelle travaille l’association WalDigiFarm et qui a fait l’objet de nombreuses études en Europe et en Wallonie (les pourcentages cités ci-dessous sont d’ailleurs tirés de l’enquête « Le Monde agricole wallon et ses enjeux » réalisée par CBC en 2022).
Sept barrières à la digitalisation des fermes
Avant d’investir dans un nouveau système ou un nouveau service, un agriculteur va toujours poser quatre questions : quel est le coût ?, quelles sont les économies financières potentielles ?, quel temps sera nécessaire pour l’apprentissage ?, et quel temps sera économisé in fine ?
Les fournisseurs de solutions peuvent toujours répondre à la première question, mais plus rarement aux trois suivantes…
Le deuxième obstacle est la complexité (48 % des agriculteurs). Même si les outils numériques sont toujours plus intuitifs, certains sont encore trop compliqués pour les utilisateurs auxquels ils sont destinés. La simplicité doit toujours prévaloir sur l’exhaustivité des fonctions, et c’est ce qui explique probablement le succès de WhatsApp dans les fermes, en plus de sa gratuité.
Le temps disponible est une troisième raison invoquée par 39 % des agriculteurs, surtout pendant les périodes de travaux intenses aux champs. Prendre du temps pour calibrer un capteur de rendement ou de qualité du grain sur une moissonneuse alors que la pluie menace la récolte conduit même les plus motivés à abandonner.
Le manque de formation aux nouvelles technologies est également un problème (39 % des agriculteurs). Il s’agit d’abord des formations de base dans les écoles pour les futurs agriculteurs ou techniciens en agroéquipement, avec une situation qui ne s’améliore pas… En effet, les nouvelles technologies progressent beaucoup plus rapidement que le renouvellement des programmes d’études. Il s’agit également des formations continues pour les agriculteurs, entrepreneurs de travaux agricoles et agronomes déjà en activité.
La protection et la maîtrise des données préoccupent 28 % des agriculteurs, et notamment des questions telles que les risques de réutilisation de ces données à leur désavantage ou la balance entre les effets positifs (protection) ou négatifs (exposition) des législations dans ce domaine : Rgpd, code de conduite de l’UE sur le partage des données agricoles par accord contractuel, PSI (réutilisation des informations du secteur public), Data Act, Data Governance Act…
Le manque d’interopérabilité entre les solutions numériques, même s’il n’est pas spécifique au secteur agricole, est également un frein important à leur utilisation par les agriculteurs, car il les oblige à recopier les informations d’un système à l’autre. WalDigiFarm a recensé plus de 55 plateformes informatiques qui gèrent des informations agricoles géoréférencées en Wallonie, sans compter tous les autres systèmes qui traitent également des données, mais sans base cartographique.
Enfin, de nombreux problèmes sont liés à l’écart entre les besoins et les solutions proposées, probablement du fait que les secteurs agricole et numérique travaillent encore trop souvent en « silos ». Cela se traduit par le développement d’applications « gadgets » peu utiles en pratique, alors que les réels besoins de terrain restent non satisfaits (au moins en partie) par des solutions numériques en raison d’un manque d’échange entre les secteurs (en matière de simplification administrative, par exemple).
Lever ces barrières et favoriser le développement du numérique
Grâce au programme « Agriculture du Futur » de la stratégie numérique de la Wallonie (Digital Wallonia), le secteur agricole wallon se transforme, marquant le début d’une nouvelle ère d’innovation et de durabilité.
Son objectif principal est d’accroître la maturité numérique du secteur agricole au travers de quatre objectifs cruciaux :
– l’optimisation de la production ;
– l’amélioration des pratiques agricoles ;
– le renforcement du lien entre l’agriculteur et le consommateur ;
– le développement des activités commerciales des exploitations.
C’est dans ce cadre que le Gouvernement wallon a validé un projet appelé « Smart farming : le digital au service de la transition ». Sept actions sont mises en œuvre et sont des réponses directes aux problématiques soulevées précédemment. Elles sont portées par des acteurs de terrain, qui sont en contact avec les agriculteurs et connaissent leurs besoins :
– gouvernance et animation de l’écosystème « numérique agricole » au travers du programme « Agriculture du Futur » de Digital Wallonia ;
– DuratechFarm : développement d’une exploitation vitrine ;
– WallESmart : facilitateur numérique agricole ;
– OpenAgro 4.2. : cadre juridique des données pour le smart farming ;
– MobiLab : laboratoire mobile pour la démonstration de capteurs et analyseurs innovants ;
– Agromet II : météo en temps réel pour un suivi agricole ;
– Sunshine : optimisation de la pousse de l’herbe.
Plusieurs de ces initiatives seront à découvrir à la Foire de Libramont.
Plus d’information en ligne via l’adresse : www.digitalwallonia.be/agriculture.