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Climat: on sait, on savait…

La 29e conférence sur le climat a débuté le 11 novembre à Bakou, en Azerbaïdjan. Pour mémoire, Bakou fut durant longtemps la capitale du pétrole pour l’URSS. Pourquoi cette conférence là-bas alors qu’on veut réduire les émissions de gaz à effet de serre dues aux énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) ?

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Il y a juste un peu plus de 25 ans, Marlène André, contributrice ponctuelle des voix de la terre, relatait, sur une pleine page, une conférence à la chambre provinciale d’agriculture de Liège. Invité par des agriculteurs, André Berger, professeur à Louvain-la-Neuve, évoqua l’impact des activités humaines sur le climat. Depuis, les connaissances ont beaucoup évolué, mais elles ne font que conforter ce qu’il affirmait.

« Actuellement, nous pouvons mesurer toutes les fluctuations de températures. Depuis 1860, on connaît toutes les températures moyennes sur tout le globe. C’est ainsi qu’on peut, sans se tromper, parler de réchauffement de la planète », disait alors Monsieur Berger. Pressé de questions à l’issue de son exposé, le professeur estima : « le nucléaire devrait avoir un avenir…/… Si on ne trouve plus de nouvelles ressources, on en a jusqu’en 2070-2080. »

« Quant à la bioénergie, il faut examiner le bilan énergétique du produit, c’est-à-dire comparer ce qu’on gagne et perd depuis l’installation de la culture jusqu’aux retombées de son installation. Calcul très complexe. »

« Il a fallu 250 millions d’années pour la formation d’une veine de charbon… qu’on épuise en quelques dizaines d’années. On ne paie que la transformation du produit, on ne paie pas le produit. »

« Tant qu’on ne paiera pas une taxe à la planète Terre, disait l’orateur, on ne prend pas conscience de l’épuisement des ressources. Mais les accords ne sont possibles qu’avec des gens de bonne volonté. »

« La molécule de méthane (décharges publiques, marais, concentration d’animaux) est 30 fois plus efficace qu’une molécule de CO2. Le méthane est une molécule « active » alors que le CO2 est « passif ». Le méthane met 10 ans à disparaître. Pour diminuer le méthane, la solution serait des rizières avec moins d’eau, du bétail plus performant ou des produits de substitution. »

« Il y a vraiment des décisions politiques à prendre. La voiture électrique, par exemple, n’a de sens qu’en générant de l’énergie propre. »

Terminant son texte, Marlène André proposait, pour en savoir plus, de lire, par exemple, « Le climat de la Terre : un passé pour quel avenir ? ». Le livre en question, écrit par le professeur Berger, fut publié en 1992.

En 2002, lors du 4e sommet de la Terre, Jacques Chirac disait : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ».

En 2019, devant les chefs d’État, Greta Thunberg s’exclame : « How dare you ? » « Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos mots vides. Et encore, je suis parmi les chanceux ! »

En 2024, les élections de juin l’ont montré, l’actualité internationale, le Covid et les conflits armés ont sorti le climat du débat public. Pourtant, l’observatoire européen Copernicus a noté : «  Le mois d’août 2024 a été le mois le plus chaud au niveau mondial, et il est de plus en plus probable que 2024 sera l’année la plus chaude jamais enregistrée ». Pourquoi le climat n’est-il plus une priorité ? La destruction de la biodiversité, la poursuite de l’extraction fossile, l’injustice climatique due aux conséquences météorologiques sont flagrantes… Les limites planétaires imposent de changer la façon de vivre, de produire et de consommer. La transition nécessite du courage politique. La technologie aidera, mais sera insuffisante. Nos inactions plomberont l’avenir de la jeune génération.

Il est temps que le climat reprenne l’actualité qu’il mérite, c’est toucher à la définition même de la démocratie.

Papy Jo

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