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Le climat au pays de l’or noir

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Organiser une large conférence sur le climat en Azerbaïdjan, c’est un peu comme faire un colloque sur le droit des femmes en Afghanistan. C’est incongru, surréaliste, carrément absurde. Mais les organisateurs n’en étaient pas à leur coup d’essai. La COP précédente ne s’était-elle pas tenue dans les Émirats arabes unis ?

La conférence qui vient de s’achever se jouait donc une nouvelle fois dans une puissance pétrogazière. C’est en effet à Bakou, capitale d’une ancienne république soviétique qui doit tant aux ressources fossiles, que le monde entier s’est rassemblé pendant deux semaines pour la messe annuelle de l’Onu sur le climat. Mais ce n’est pas tout. Nous avons appris que Mukhtar Babayev, le président de ce grand rassemblement et ministre de l’Écologie et des Ressources naturelles azerbaïdjanais, est accessoirement un ancien vice-président de la compagnie pétrolière Socar (State Oil Company of Azerbaïdjan Republic). Or, cela fait des décennies que les COP successives s’attellent justement à enrayer le réchauffement climatique causé par l’extraction et la combustion du charbon, du pétrole et du gaz. Contrairement à la Belgique qui a dépêché une délégation de 140 personnes dont plusieurs ministres du gouvernement en affaires courantes (et donc dans l’impossibilité de prendre la moindre décision), de nombreux dirigeants du G20 ont boudé l’événement. Xi-Jinping n’a pas pris la peine de se déplacer, Joe Biden se concentre sur les affaires intérieures, Olaf Scholz est empêtré dans une crise politique, Emmanuel Macron a préféré envoyer sa ministre de la transition écologique. Quant à Ursula von der Leyen, elle n’a pas hésité à se faire porter pâle arguant qu’elle « se concentre sur ses fonctions institutionnelles ».

Que retenir de cette « Conference of Parties » ? Tout d’abord, que la Chine (première émettrice de gaz à effet de serre) restera dans le camp bien plus confortable pour elle des pays en voie de développement et sera juste invitée à contribuer à l’effort global de façon volontaire. Les pays du Golfe ont bénéficié de la bienveillance azerbaïdjanaise, et aucune mention de la sortie progressive des énergies fossiles ne figure dans le texte final. Les pays les plus vulnérables ont quant à eux obtenu des assurances au niveau de la manière dont l’aide leur sera attribuée, et un objectif global de 1.300 milliards de dollars figure bien dans le texte. Mais concrètement, c’est bien 300 milliards de dollars annuels qui leur sont promis d’ici à 2035. La prochaine COP aura lieu au Brésil (un pays qui prévoit d’accroître sa production nationale d’hydrocarbures) et marquera les dix ans de l’accord de Paris. Elle se déroulera plus précisément à Belem, à la lisière de la forêt amazonienne, celle-là même que l’on tente de protéger contre une folle déforestation. Les protagonistes espèrent voir, à cette occasion, tous les pays rehausser leur feuille de route climatique nationale. On vit décidément dans un monde formidable...

Marie-France Vienne

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