Puits de carbone
Tout change, même le sens des mots… De mon temps, un puits, c’était un forage pour chercher l’eau souterraine. De nos jours, l’eau vient du robinet, voire en bouteilles du magasin.

Mais en langage moderne, le « puits » prend d’autres couleurs par la grâce du carbone. Il ne s’agit pas de l’extraire mais bien de le séquestrer. Les sols sont un énorme « puits de carbone » qui stocke deux fois plus de CO2 que celui contenu dans l’atmosphère où son accroissement génère le réchauffement climatique.
Il est donc impératif de tenir compte de ce qui se passe dans nos sols, d’autant plus quand ils sont riches en carbone.
Il se trouve que c’était en partie le sujet d’une réunion technique de la Scam à laquelle j’étais convié. J’en ai retenu qu’on peut extrapoler des analyses de terre de Requasud que le taux moyen du carbone des prairies wallonnes est de 3.7 %. Comme 42 % de la surface agricole wallonne est en prairie permanente, cela nous fait un fameux stock de carbone immobilisé. Pour combien de temps ?
En 30 ans, le cheptel bovin s’est réduit de 30 %. Cela fait 15 % des prairies (soit 55.000 ha) passées en culture. On peut estimer une perte de 50 % du carbone, soit 100 tonnes de CO2/ha le temps d’une génération. Si toutes les prairies devaient passer à la trappe, cela représenterait une bombe à retardement au niveau des émissions de gaz à effet de serre.
Est-ce le chemin que l’on prend ? Deux dangers menacent les prairies.
D’abord, l’importation plutôt que la production. J’ai pu lire dans une étude sur les empreintes carbone de ce que nous consommons qu’un kilo de viande produit chez nous correspondrait à l’émission de 25 kg de CO2 mais s’il est remplacé par un kilo (du Mercosur, vraisemblablement), son empreinte carbone passerait à 83 kg de CO2 (déforestation comprise). Mercosur et Green Deal sont clairement contradictoires.
L’autre facteur est la consommation de viande et de produits laitiers. Il est vrai qu’après la guerre, « la viande pour tous » s’est imposée intensivement, avec des effets collatéraux au niveau des maladies cardio-vasculaires.
Action / Réaction, on connaît tous des adeptes du « zéro animal » qui se battent pour trouver dans les plantes les acides aminés indispensables à la santé. Tant que l’activisme respecte les droits fondamentaux des omnivores, c’est leur affaire.
Mais la tendance peut impacter les surfaces enherbées. Elle est suffisamment significative pour que les humoristes en fassent leurs choux gras.
J’entendais des parents se plaindre que leurs gamin(e)s criaient au loup quand on leur servait des légumes, surtout des épinards, étant petits, et les voilà devenu(e)s végans à l’adolescence.
Je lisais dans le calendrier du petit blagueur l’angoisse de la ménagère qui invite à passer à table avant que les assiettes ne fanent (…)
Et j’entendais les frères Taloche soutenir l’idée que les végans vivent moins longtemps que les autres parce qu’ils avalent moins de… conservateurs.
Bref, il vaut mieux en rire qu’en pleurer sans trop s’éloigner du juste milieu.