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Mon plus grand rêve…et la lutte pour la survie

En mai 2017, j’ai déménagé, avec ma compagne Sofie, de Bruges vers Saint-Sauveur en Wallonie. Cela a marqué la fin d’un rêve de toute une vie et une lutte acharnée contre l’administration provinciale de Flandre occidentale, qui a tout fait pour me chasser de la ferme parentale.

Temps de lecture : 4 min

Dès mon enfance, ma vie gravitait autour de la ferme de mes parents, une métairie historique située à l’intérieur de la Forteresse de Bavière tricentenaire. J’y travaillais jour et nuit, gérais 30 vaches laitières, 20 vaches viandeuses et 35 ha de terres, construisant entre-temps une maison d’hôtes prospère pour assurer l’avenir de l’activité. Mon ambition était de reprendre la ferme et de l’agrandir. Or, malgré mon travail acharné, ce rêve fut anéanti.

Forcés de partir

L’administration provinciale me refusait comme cessionnaire entre 2008 et 2015, menait une politique exhaustive de harcèlement. Après des années d’obstruction, en 2014 on nous a annoncé que nous devions quitter la ferme dans les deux ans, une décision contraire à la loi sur le bail à ferme. Malgré ce coup dur, je suis resté ferme dans ma détermination à construire mon avenir d’agriculteur ailleurs.

À la recherche d’un nouveau départ

J’ai étudié plusieurs projets d’acquisition en Flandre, dont une ferme au Coq (De Haan), mais à chaque fois le financement s’avérait être une pierre d’achoppement. La réglementation de plus en plus stricte, comme la politique de l’azote en vigueur en Flandre, rendait l’avenir incertain. En 2016, je me suis focalisé sur la Wallonie et j’ai trouvé une ferme prometteuse en province de Liège. Malheureusement, mon associé n’y voyait pas son avenir.

Après moins de 10 mois de recherches, nous avons trouvé une ferme en province de Hainaut. La ferme semblait être une acquisition idéale : suffisamment de terres, une bonne étable et une boucherie à la ferme. Cependant, les négociations avec les propriétaires se sont avérées compliquées. À chaque visite, ils augmentaient le prix demandé d’un important montant. Ainsi, sous la pression de l’échéance, nous avons conclu un compromis d’achat.

Une reprise dévastatrice

Le banquier, qui nous avait promis un plan de financement solide, a, au contraire, abusé de notre épuisement pour nous étrangler dans un enchevêtrement de 11 crédits. Nous étions également obligés d’acheter un pâturage de 3,5 ha à un prix exorbitant, en plus du chapeau que j’avais déjà payé.

Les catrastrophes se sont enchaînées à peine notre déménagement finalisé en mai 2017 : à peine 39 ampères d’électricité, des puits d’eau peu profonds avec seul 1m3 par jour, aucune aire de stockage en béton, aucun tas de fumier autorisé et des pâturages négligés. Les bovins promis par l’ancien propriétaire étaient introuvables.

En outre, comme nous ne pouvions pas loger dans la propriété, nous avons été obligés de dormir dans un B&B pendant quatre mois, ce qui nous a coûté 5.000 € supplémentaires.

Un fardeau insupportable

Mon exploitation laitière souffrait de problèmes structurels : défauts au robot de traite, coûts de litière exagérés, une sécheresse rendant impossible la croissance de l’herbe et obstruction de la part des autorités wallonnes. En même temps, j’étais obligé d’investir dans des modifications légales telles que le stockage du lisier et des systèmes de collecte des eaux usées.

En raison de tous ces frais imprévus, j’avais déjà payé la ferme au moins deux fois sa valeur, tandis que la pression financière devenait insoutenable. En 2018, la banque proposa de placer le dernier crédit de 50.000 € dans des fonds d’investissement, une décision désastreuse qui nous a fait perdre 25 %.

L’inévitable faillite

Malgré mes efforts sans relâche et mes études du soir en boucherie pour mieux gérer la boucherie fermière, les dettes devenaient trop importantes. En 2020 la crise sanitaire a détruit les recettes de la boucherie et en 2021, la banque nous a assigné en justice pour défaut de paiement.

Mon rêve de créer une entreprise agricole prospère fut anéanti sur tous les fronts : vente déloyale, tromperie, financement destructeur et réglementation impitoyable.

Pourtant, ma passion pour l’agriculture et la nature reste indestructible. Ce qui m’est arrivé montre comment de jeunes agriculteurs innovants peuvent être exploités sans scrupule. Or, malgré tout, je refuse de renoncer à ma foi en un avenir juste.

Klaas Strubbe

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