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Lettre au locataire de la Maison Blanche

« Mr. President, eat an egg a day, and keep the war away »

Temps de lecture : 5 min

Monsieur le Président des États-Unis, Je suis un peu nerveuse car c’est la première fois que je m’adresse à un président ! Même s’il y a peu de chances que mon courrier arrive jusqu’à la Maison Blanche, je demanderai à mon rédacteur en chef de mettre la blinde de hashtags, histoire de tenter de sortir de la mêlée médiatique qui parle de vous.

Avant de solliciter vos services de recherches d’information, je vais vous faire économiser le travail des quelques fonctionnaires qu’il vous reste : je viens de Belgique mais notre capitale est plus connue que notre pays, un concentré de 27 nations unies au drapeau bleu étoilé. Je suis, croyez-moi, inoffensive. Je jure que je n’ai pas de gun, mais impossible pour moi de mettre les mains en l’air, elles sont collées au clavier.

Puisque l’Amérique raffole des storytelling , je me suis dit que je vais vous raconter une vraie histoire qui me concerne pour, enfin, en venir au sujet qui nous concerne.Ça va venir, Monsieur Trump, on va parler de business, puisque le monde tourne autour des affaires et vous l’avez très bien compris, just one moment please. Quand j’étais petite Monsieur le Président, tous les enfants du village où j’étais à l’école participaient une fois par an à la Pfannenkuchentag , autrement dit la journée des crêpes qui se passait en deux temps. Garçons et filles, on partait chacun de notre côté récolter tout le nécessaire pour cuisiner des crêpes en faisant du porte-à-porte et en chantant à tue-tête des chants traditionnels que je ne comprenais pas.

À part les œufs, du lait, de la farine et du sucre, on recevait également un peu des sous qu’on entassait dans une tirelire qu’il nous faisait plaisir de faire rebondir à chacun de nos pas, tel un instrument de fanfare. Finalement, on ressemblait à une petite armée. Bien entendu, les filles et les garçons étaient en compétition.

Quelques jours après avec récolté ces victuailles, se déroulait alors une véritable scène de guerre. Les filles étaient capturées par les garçons et on était enfermées dans une remise du jardin sous l’œil avisé d’une maman qui, derrière les fenêtres de la cuisine, préparait les crêpes et la sauce spaghettis pour nourrir le soir venu tous les enfants du village. Puis, par je ne sais quel miracle, à force de chants que j’ai aujourd’hui oublié, on arrivait à se libérer.

Des œufs volaient alors dans tous les sens, tels des projectiles. Heureusement qu’au lieu de sang, nos blessures, luisantes au soleil, étaient jaunes. Le soir venu, on faisait la paix et dans un salon à l’ambiance calfeutrée, toujours chaperonnés par les mamans du quartier, on s’échangeait nos secrets.

Ah, quels bons souvenirs d’enfance ! Même si, aujourd’hui, j’émets un bémol sur la case prison réservée exclusivement aux filles. Imaginez ma surprise, Monsieur le Président, de constater à quel point je suis allée à bonne école ! En effet, vous conviendrez que les règles ne diffèrent pas grandement entre le monde des enfants et le monde des adultes.

A l’heure où je vous écris ces mots, les Présidents les plus influents du monde frappent en effet à toutes les portes pour récolter balles, argent et/ou victuailles. En ce qui concerne notre partie de jeu entre l’Amérique et l’Europe, on a plusieurs enjeux qui rendent la partie encore plus intense. Puisque je tiens (quand même !) à ma vie et que je ne fais, rappelons-le, qu’écrire une chronique, je vais soigneusement éviter de parler d’un conflit qui ronge l’est de l’Europe par une escalade de violence qui n’en finit pas, telles des poupées qui en cachent d’autres. Vous avez compris ? Da , poursuivons. Ce qui nous concerne ici Monsieur le Président, ce sont les mêmes armes que j’avais lorsque j’étais enfant. Les œufs.

L’Amérique est en proie depuis des semaines à une grippe qui décime un à un vos élevages intenses de poules pondeuses. Le prix de l’œuf atteint des records, tant il est devenu rare. Votre ministère de l’agriculture a émis une idée : laisser le virus de la grippe aviaire se propager dans les élevages et voir qui survivrait au virus.

On reconnaît bien là les scenarios au suspens intense des films hollywoodiens ! Mais pas sûr qu’il fasse carton plein au box-office, je vois mal en effet comment un film avec pour seules actrices des volailles pourrait fonctionner. En revanche, là où ça deviendrait intéressant c’est de voir comment ce virus, qui ne serait absolument plus sous contrôle, mute et se transmettrait à l’être humain.

C’est déjà arrivé et contrôlé car la situation était très surveillée.

Dans notre mauvais film, l’histoire se poursuivrait avec un effet de tache d’huile qui ne prendra que quelques semaines ou même quelques jours pour arriver à une crise sanitaire mondiale. Une pandémie ! Mais attendez, vous ne nous trouvez pas que ça fait un peu un mauvais remake de votre premier mandat ?

Lets talk business Miss ! Times is money ! Oui, oui, Monsieur le Président, je vous entends d’ici perdre votre patience. So, rentrons dans le vif du sujet : où en êtes-vous dans votre porte à porte ? Ce n’est un secret pour personne, on sait qu’il y a sans doute plus de balles que d’œufs dans le foyer de vos citoyens. Vous souhaitez des œufs ? Je sais, bien sûr, que vous faites déjà affaire avec la Turquie mais ne vous a-t-on jamais dit de ne jamais mettre tous ses œufs dans le même panier ? Ca tombe bien, j’ai des œufs ! Et mis à part ma toute petite contribution dans la chaîne alimentaire de ma région, je pense bien que mes 27 copains de classe en ont aussi. Mais pour qu’on puisse vous aider Monsieur Trump, surveillez vos oiseaux, y compris celui de X (ex-Twitter).

Du pangolin à la poule, de Wuhan à Washington, il n’y a qu’un battement d’aile. Le virus nous l’a montré par le passé et pas plus tard qu’il y a cinq ans, il ferait le tour de la planète plus vite qu’il ne faut pour une poule de pondre un œuf. Discutons-en et restons dans le thème. Puisque vous avez échappé de la case prison comme lorsque j’étais petite, passons à l’étape des discussions et voyons-nous dans le bureau ovale dont la forme correspond parfaitement aux sujets qui vous préoccupe.

Pour conclure, je terminerai avec un vieux dicton que je prends la liberté de modifier. Voyez là mon premier message TOP secret codé pour vous.

Mr. President, eat an egg a day, and keep the war away.

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