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Pour qui? Pourquoi?

Je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne, je ne sais toujours pas pour qui, ni pourquoi je voterai d’ici un petit mois. Sans doute suis-je un mauvais citoyen, de me sentir aussi peu concerné par la politique ? Et pourtant, je devrais ! L’agriculture est particulièrement tributaire des propositions présentées et débattues dans les hémicycles des parlementaires, des décisions prises dans les cabinets des ministres. Voter pour des gens compétents relève de la plus haute importance, sinon le premier branquignolle venu risque fort de prendre les rênes de nos destinées. Si tu ne viens pas à la politique, celle-ci viendra à toi, fatalement…

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OK ! C’est bien beau tout ça, mais comment se retrouver dans le paysage bariolé de la politique belge ? Rouge, bleu clair, vert, mauve, rose, bleu roi… En politique, je suis daltonien, à l’égal sans doute d’une bonne partie de la population. Je confonds les couleurs : je ne sais trop qui appartient à quel parti. Alors bien sûr, pour ne pas mourir idiot, je fais l’effort de suivre des émissions à la télé, de lire des imprimés électoraux. Et là… Je m’endors ! Je vois bouger les lèvres des Raoul, Georges-Louis, Paul, Thomas, Jean-Marc, Elio, etc, mais leurs paroles me rentrent par une oreille et ressortent par l’autre ! Je lis des programmes, et j’ai l’impression qu’ils disent tous la même chose, en des termes différents certes, mais dans un langage convenu sans aucune fantaisie littéraire ni la moindre blagounette susceptible de rendre le texte affriolant. Tant de mauvaise foi de ma part… Je suis un citoyen pathétique.

Ah oui ! Il existe des tests en ligne, pour aider les andouilles dans mon style, incultes en culture politique. J’ai pris mon courage à deux mains et me suis plongé dans les questionnaires de la Rtbf et de Rtl, les deux en enfilade. Trente-cinq propositions avec choix multiple : soit je m’en fiche, soit je suis tout à fait, ou plutôt, ou pas du tout d’accord. Rtl et Rtbf ont copié l’un sur l’autre, et posent les mêmes questions simplistes sur le financement du chômage, celui des partis et de la guerre en Ukraine, sur la construction de nouvelles centrales nucléaires, etc, etc, etc. Un élu local, qui se dit plus bleu que bleu, a fait le test et a découvert qu’il est aussi vert qu’une herbe au printemps, avec de jolies taches roses ici et là. Sans surprise, lors de ces tests, j’ai eu la confirmation que je suis un droitier fort à gauche, et tourne parfois autour du centre sans trop savoir où aller.

Ma lanterne ne s’est guère éclairée non plus à la flamme de ces tests… Comment dès lors y voir plus clair ? En parler autour de soi ? Là non plus, je n’ai pas trouvé de gens motivés, ni de fins connaisseurs de la chose politique. J’ai l’impression que les électeurs votent par habitude plutôt que par conviction. Je suis un ouvrier salarié, un fonctionnaire public : donc, je vote rose ou rouge. Je suis un indépendant, petit ou gros : je vote à droite pour les bleus. J’aime la nature et m’émeus des dérèglements climatiques : je vote à gauche sans rougir, pour les verts. À ce petit jeu, autant ne voter pour personne, car les mêmes partis, les mêmes candidats seront réélus sans coup férir. Le changement aura lieu dans la continuité, et le passé sera notre présent à l’avenir…

Bon ! Mais encore ? Comment voter intelligent ? Je suis agriculteur, et donc, il me faut éplucher les discours, lire entre toutes ces lignes politiquement glorieuses, essayer d’y découvrir comment tel ou tel parti entend gérer les crises paysannes, quelle place nous occupons dans leur cœur, s’ils vont nous sacrifier ou non sur l’autel du pragmatisme capitaliste, nous écrabouiller dans la lutte des classes. Tout est fort nébuleux… « Défendre l’agriculture familiale », par exemple, revient dans tous les programmes, depuis des décennies de Pac et de déconfiture paysanne. Traire en famille cinq cents vaches à l’aide de robots et exploiter plus de mille hectares en employant plusieurs ouvriers, répondrait-il donc à ce critère ? À leurs yeux oui, sans doute. Quant à moi, je me pose la question… Pas vous ?

Les politiciens ne se la posent pas, de toute évidence. Familiale ou non, ils s’en fichent comme de leur premier verre de lait, pourvu que l’agriculture produise de la nourriture et tant d’autres choses, pourvu qu’elle achète et vende pour des centaines de millions d’euros. Tant que les cultos leur fichent la paix sans plus encombrer les routes, salir les rues ni brûler des pneus, ils veulent bien les soutenir ! Ou plutôt faire semblant, veux-je dire ; on est bien d’accord…

De jour en jour, de semaine en semaine, la campagne de séduction massive ira s’intensifiant. Peut-être, -qui sait ? –, trouverai-je quelques réponses à mes questions existentialistes, dans ce pays où la politique reste davantage un concept chargé de mystères, plutôt qu’une réalité tangible, rayonnante et rassurante ?

Pourquoi voter puisque rien ne change jamais ? Pour qui voter ? Le problème reste pour moi insoluble… Et vous ?

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