Étudier les virus et les bactéries de la vigne en Belgique
Le laboratoire de phytopathologie de Gembloux Agro-Bio Tech et l’Ilvo mènent jusqu’en 2026 un vaste programme de surveillance des vignobles belges afin d’y repérer les éventuelles maladies provoquées par les virus et les bactéries. Un travail qui vient à son heure, rien n’existe encore en effet.

Venu d’Amérique du Nord, le phylloxéra de la vigne est une variété de puceron parasite qui ravagea largement la vigne européenne à la fin du XIXe siècle. Si on ignore comment il est parvenu sur notre continent, « on sait qu’à la suite de la crise de l’oïdium, il y a eu, entre 1856 et 1862, de nombreuses importations de cépages américains, soit sous forme de bouture, soit de plants enracinés (venus de Géorgie notamment) à destination de divers pays viticoles : France, Allemagne, Autriche, Italie, Portugal ou chez des amateurs cultivant la vigne en serre en Angleterre et en Irlande », comme le relève Pierre Galet dans son livre « Les maladies et les parasites de la vigne » (Montpellier, 1982).
À côté de ce fléau, qui semble toutefois avoir épargné notre pays, d’autres maladies cryptogamiques frappent régulièrement les cultures, et pas uniquement la vigne d’ailleurs. Citons le mildiou, très présent en ces mois pluvieux, le black-rot, l’anthrachnose et bien d’autres. Bien que les variétés résistantes de vigne soient supposées échapper à ces maladies, il n’y a pas de garantie à 100 %.
Car, en plus de celles provoquées par des champignons, il y a les maladies bactériennes et les virus transmissibles, notamment par les cochenilles ou les nématodes, des petits vers blancs présents en masse dans nos sols, ou par les phytoplasmes (des bactéries simplifiées qui vivent exclusivement dans la plante). Les viticulteurs belges connaissent ces fléaux mais, à l’inverse de leurs collègues français, ils n’y sont pas confrontés car elles ne sont pas présentes sur notre terrioire.
La Belgique, un territoire à protéger
Afin d’investiguer l’impact de ces différents problèmes en Belgique, un projet scientifique a vu le jour l’an dernier avec les partenaires suivants : le laboratoire de phytopathologie intégrée et urbaine de Gembloux Agro-Bio Tech/Université de Liège en Wallonie, et l’Ilvo, Instituut voor Landbouw, Visserij- en Voedingsonderzoek, en Flandre.
« Dans notre laboratoire, nous travaillons depuis plus d’une dizaine d’années sur les virus des plantes, quelles qu’elles soient. Dans ce cadre, nous avons beaucoup de contacts avec des collègues en France, Suisse, Allemagne, spécialisés dans la vigne. Cela nous permet d’échanger sur les problèmes de virus et les maladies qu’ils peuvent causer. La Belgique, où la viticulture se développe fortement depuis dix à vingt ans, est un territoire assez vierge, sans continuité de vignes comme dans d’autres pays, c’est donc un terrain de jeu à protéger… », explique le professeur Sébastien Massart.
Informer et prévenir
Mais si la vigne se développe chez nous, qu’en est-il des virus et phytoplasmes ? Il était important de mettre quelque chose en place pour comprendre, informer et prévenir. « Le projet Vitibel a démarré en 2023, il se déroulera jusqu’en 2026. Nous avons d’abord mené une première campagne d’échantillonnage durant laquelle, nous avons récolté des feuilles de vignes, symptomatiques et asymptomatiques, dans 9 vignobles à travers la Wallonie et la Flandre (Ilvo – 22 vignobles) », poursuit Lavena Van Cranenbroeck, doctorante à Gembloux.
Elle ajoute : « Ce premier échantillonnage nous a permis de récolter du matériel végétal frais afin de tester et de mettre au point les méthodes d’analyse, car c’est la première étude du genre menée chez nous. En parallèle, nous avons demandé aux participants de répondre à une série de questions sur leur vignoble. Cela nous a permis de mieux comprendre la diversité en termes de cépages et d’approvisionnement de plants par exemple, et des méthodes de gestion de la culture chez les producteurs.
L’an dernier, cette récolte a été effectuée chez 31 viticulteurs belges qui ont permis aux chercheurs de rassembler 200 prélèvements non ciblés et 131 prélèvements symptomatiques ciblés sur plus de 40 cultivars distincts. Afin de préparer et d’organiser une seconde collecte plus conséquente, qui a débuté ce mois-ci, nous avons soumis ce questionnaire à un plus grand nombre de viticulteurs. »
Ces échantillons ont été ramenés au labo et analysés en séquençant leur ARN afin d’identifier le génome présent. C’est le même procédé qui fut utilisé pendant la crise du coronavirus…
De premiers résultats encourageants
Déterminer s’il s’agit bien de la maladie
Des maladies, comme la flavescence (voir article suivant), peut être aussi multicausales. Les symptômes ne sont donc pas spécifiques. Si les plantes sont malades, cela peut aussi être provoqué par un virus ou un stress quelconque… Seule l’analyse en labo permet de déterminer s’il s’agit bien de la pathologie ou non.
C’est précisément la deuxième partie du projet Vitibel : « Faire en sorte que les diagnostics des laboratoires soient fiables pour ces maladies-là, et développer, avec l’Ilvo, des méthodologies et les capacités de diagnostic, de manière à pouvoir répondre aux demandes des producteurs, et aussi par rapport aux organismes de quarantaine régulée ou aux demandes de l’Afsca dont les inspecteurs ont une mission de contrôle. »
Comme dit précédemment, les premiers résultats sont rassurants. Bien que le vignoble belge abrite divers virus, ceux-ci n’entraînent actuellement pas de problème spécifique.
« En hiver, si nous sommes fatigués, nous pouvons attraper une grippe. Pour le cultivar, c’est pareil, s’il est un peu affaibli, il sera plus sensible aux virus. Rien de grave donc, mais il faudra surveiller pour anticiper… », concluent les deux experts.