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Proposer une diversité de légumes plus tôt grâce au chou-fleur de printemps

La culture du chou-fleur destiné au marché de gros et à l’industrie de la surgélation occupe des surfaces importantes dans les fermes spécialisées. Le chou-fleur hâtif trouve également sa place dans les exploitations maraîchères diversifiées, avec une commercialisation possible dès le mois de juin. Et pour ce légume, l’assortiment variétal proposé par les semenciers est en constante évolution.

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Les variétés modernes possèdent un développement végétatif puissant qui demande de plus larges distances de plantation. L’avantage de cette culture est de pouvoir être récoltée alors que l’assortiment n’est pas encore très large pour proposer une diversité de légumes en vente en circuit court.

Par ailleurs, les variétés hybrides sont largement dominantes dans les catalogues des semenciers.

Il ne faut pas hésiter à déjà commander les plants chez les éleveurs afin de disposer des types les mieux adaptés à nos besoins.

De nouvelles variétés comme Aerospace, Alcala, Alderan, Ansari, Cleozil, Guideline, Starway ou Tirza complètent l’assortiment classique.

De la production de plants à la plantation

L’élevage dure environ 40 jours, voire un peu plus. Comme cette opération demande un apport de chaleur, il est souvent préférable de commander les plants chez des éleveurs spécialisés.

Le semis se fait dans les mottes pressées classiques, fin janvier ou début février. Cette date permet d’espérer la plantation à la mi-avril. Les mottes pressées de 5 cm de côté (au lieu de 4 cm) coûtent un peu plus cher. Elles ont toutefois l’avantage de permettre plus facilement un report de la date de plantation en cas de nécessité pratique.

Toujours au niveau de la plantation, la plante doit pouvoir développer son enracinement rapidement et sans encombre. La structure du sol doit être impeccable, le drainage bon et le pH proche de 6,5 à 7. Ces points sont importants, l’enracinement doit être performant pour absorber l’eau et les nutriments au moment de la forte croissance de la pomme.

Les choux-fleurs sont plantés à raison de 2 plantes/m² pour les variétés à fort développement foliaire, à 2,3 plantes/m² pour les autres.

Le champ de production est couvert d’une voile jusque mi-mai ou fin-mai.

La plantation peut se faire en vue de buttages comme pour la culture de chou-fleur d’automne. Mais l’intérêt est différent vu la nécessité de bâcher et débâcher pour ces opérations, c’est une question d’organisation propre à la ferme quant à la maîtrise de l’enherbement.

Les plants en mottes sont généralisés.
Les plants en mottes sont généralisés. - F.

Bien ajuster la fertilisation

Les analyses de sol permettent d’adapter la fertilisation en azote et en soufre, notamment, mais aussi en potassium et permettent aussi d’ajuster le pH.

Les choux-fleurs sont très sensibles au pH du sol. À plus de 7,0 de pH KCl, les risques de blocage du bore sont réels. À moins de 6,5, les risques de hernie sont importants, surtout si la rotation est chargée en choux ou en crucifères. L’analyse de sol permettra de corriger ce paramètre le cas échéant.

Les besoins en N – P2O5 – K2O – MgO – SO3 sont proches de l’équilibre 1 – 0,35 – 1,30 – 0,07 – 0,35. Nous visons un calcul du bilan d’azote pour atteindre une disponibilité de 220 unités en choux-fleurs hâtifs en se basant sur une analyse de profil et un calcul de bilan N.

Ces légumes valorisent très bien les apports organiques, ils se développent également de manière optimale après des cultures d’engrais verts ou de SIE.

Les exportations représentent de 25 à 35 % des apports. Les restitutions au sol via les résidus de culture (feuilles, tiges, partie supérieure des racines) sont de 65 à 75 % des besoins totaux.

Les soins à apporter

Deux ou trois binages permettent de contrôler le désherbage ainsi que les buttages. Cependant, la présence du voile complique ces opérations mécaniques.

Plusieurs herbicides sont homologués en production conventionnelle, contre les dicotylées et les graminées.

En pratique, la question de l’irrigation des choux-fleurs hâtifs se pose vers le début mai, soit un mois après la plantation. En cas de déficit hydrique, nous pouvons prévoir un apport de 30 mm d’eau par aspersion au-dessus du voile, à répéter éventuellement à intervalle de 10 jours.

L’irrigation sera calculée sur base de l’ETP (évapotranspiration) en se basant sur un coefficient cultural de 0,4 les trois premières semaines après la plantation, 0,7 pour les cinq semaines suivantes et de 1 par la suite.

Un poids de 1,5 kg par chou

La récolte pourra commencer au début juin pour les variétés les plus précoces et s’étendra jusque fin juin.

Les standards sont uniformisés en Europe en catégories Extra, Cat I et Cat. II pour les choux-fleurs. En chou-fleur de printemps, nous pouvons espérer des poids de l’ordre de 1, 5 kg par chou.

La conservation en chambre frigorifique se réalise à 1,5°C, 97 % d’humidité relative.

Les résidus de culture peuvent être broyés et incorporés superficiellement au sol. À cette époque estivale, ils sont très rapidement dégradés par la faune et la flore du sol.

Attention aux dégâts provoqués par les ramiers…

Les ramiers sont à la recherche des parcelles de choux en début d’année. Ils sont d’autant plus à craindre si ces parcelles sont rares dans la plaine. Il est important de mettre en œuvre plusieurs moyens de lutte pour éviter que ces oiseaux ne s’habituent aux moyens d’effarouchement. La pose du voile est déjà une bonne précaution. Toutefois, il faut mettre des moyens alternatifs de protection entre la plantation et la pose du voile, même s’il ne s’agit que d’un ou de deux jours tant les dégâts peuvent être foudroyants.

Et les insectes

Les insectes aussi peuvent provoquer des dommages. Les altises, les piérides et autres chenilles, les pucerons et la mouche du chou sont les plus fréquents.

En pratique, si une intervention insecticide était requise, elle pourrait se faire sur les plants avant la plantation.

Concernant la mouche du chou, surveillée de près, les interventions doivent se faire au pied des plants et le cas échéant, avant la pose du voile. Les dégâts sont provoqués par les larves qui rongent le collet et les racines des plantes. Sur le site de Fytoweb, se trouvent les insecticides homologués en traitement au pied des plantes ou en application généralisée

Pour les altises des crucifères, Phyllotreta spp provoquent des dégâts de mai à septembre, surtout sur les jeunes plants. Ils hivernent dans le sol et ressortent en mai. Des rotations courtes ou des parcelles très proches des lieux occupés l’an passé sont des situations à risques. Plusieurs insecticides sont homologués en culture conventionnelle.

Des chenilles défoliatrices, comme les piérides du chou et de la rave, les noctuelles ou encore la teigne mangent le feuillage et souillent les pommes des choux. Les piérides sont les plus fréquentes, les vols des papillons blancs sont facilement repérables de jour ; quelques jours plus tard, les chenilles éclosent des œufs déposés en paquets d’une ou deux dizaines. Quant aux noctuelles et à la teigne, elles volent de nuit.

Les filets sont efficaces. Les traitements à base de Bacillus thurigiensis sont performants sur jeunes chenilles et respectent parfaitement les auxiliaires. Les produits à base de spinosad sont utilisables en conventionnel et en bio, avec des précautions pour éviter les effets indésirés sur les auxiliaires. Plusieurs insecticides sont homologués en conventionnel.

Pour les pucerons, leurs ravages, dont ceux du puceron cendré du chou, ne sont pas fréquents si les auxiliaires ont pu s’installer dans ou à proximité de la parcelle. La diversité floristique a, dès lors, toute son importance.

Pour la mouche du chou, les interventions doivent se faire au pied des plants et, le cas échéant, avant la pose du voile.
Pour la mouche du chou, les interventions doivent se faire au pied des plants et, le cas échéant, avant la pose du voile. - F.

La protection contre les maladies

Les maladies foliaires ne sont pas fréquentes en chou-fleur hâtif. Quant à la hernie du chou, elle peut provoquer d’importants dégâts si la rotation est mauvaise et si le pH du sol est acide.

Sclerotinia sclerotiniorum est une maladie tellurique liée à la rotation. Elle se maîtrise par Contans apporté avant la culture.

Au niveau des accidents physiologiques, de manière générale, des plants vigoureux plantés dans un sol à bonne structure et irrigués en cas de sécheresse donnent peu de problèmes en chou-fleur hâtif.

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