Accueil Voix de la terre

J’emballe… les herbes folles

Il me faut avouer qu’il est amusant d’être à la fois « supporter » de l’agriculture en général et d’avoir pas mal d’amis écologistes, parfois assez « spépieux ».

Temps de lecture : 3 min

C’est souvent un exercice intéressant d’essayer de leur expliquer ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre… mais il en reste toujours quelque chose.

La saison est à la moisson pour les uns, aux balades à vélo pour les autres. Arrêtons-nous pour un instantané, au bord du Ravel, avec un champ de ballots ronds en perspective et, en bord de route, un joli bouquet de chardons.

En fait, avant, les champêtres verbalisaient ceux qui les laissaient fleurir. Aujourd’hui, on offre des primes pour les laisser s’épanouir dans les zones dédiées à la biodiversité.

Un comble : une agricultrice de ma commune fut prise à partie par des « écolorabiques » pour oser désherber, dans une bande Maec de son champ, les chardons et rumex, avec un « sélectif », au moyen d’un « pulvérisateur à dos ». C’était d’ailleurs sur recommandation de Natagriwal. Lynchage médiatique sur l’internet local dans la semaine qui suivit. Soit ! Les activistes n’ont pas été plus loin.

Que dire ? Que faire ? Le plus facile est d’adopter leur langage. On ne dit plus « mauvaises herbes » mais « herbes folles ». Ensuite, montrer que le désherbage est de plus en plus précis puisque les chaumes sont propres alors que la bordure est libre pour les adventices les plus diversifiées… et les plus envahissantes.

N’essayons pas d’expliquer que l’on voit de plus en plus de vulpins émerger avant moisson, la faute aux produits qui s’usent sans renouvellement. La plupart des gens ne font même pas la distinction entre monocotylées et dicotylées.

Par contre, tout le monde peut comprendre qu’il est anormal d’avoir des normes à l’importation plus tolérantes qu’à la production. Tout le monde peut aussi comprendre que la météo fut défavorable, que les rendements ont chuté de 30 % cette année. On peut expliquer qu’il faudrait 250 €/t pour rentrer dans ses frais. Avec un marché libre à 175 €/t, on est loin du compte. Et que vaut la paille ? 35 à 45 €/t ? Avec aussi un rendement en berne… 150 €/ha ne compensent pas 450 € de perte.

Pour les nostalgiques du bon vieux temps, c’est encore plus simple : il y a 40 ans, le blé était payé 10 BEF/ kg (250 €/t) et les rendements comparables à ceux de cette année. Mais le prix de la terre, des machines et tout le reste a doublé. Les sous, tout le monde comprend.

Aux plus futés, on peut aussi parler du bilan carbone. 15 à 20 ballots/ha, c’est 5 t de CO2 fixées dans la paille, immobilisées pour un an ou deux. Soit la moitié des émissions annuelles en équivalent CO2 d’un citadin moyen.

Ceci dit, si la paille ne retourne pas directement au champ, on va pointer la faiblesse en carbone des terres de grande culture que la MR14 (Maec « sol ») voudrait redresser. Mais si elle va dans l’isolation des maisons passives, ce sont leurs habitants qui seront alors sanctifiés.

Alors, tant de bla-bla pour un ballot de paille et un bouquet de chardons ? Et oui ! Talleyrand disait : « Il y a le faire, le savoir-faire, le savoir-faire-faire… et le faire-savoir. » De fait, en agriculture, on ne pensait pas qu’un jour, la communication devrait faire partie des priorités.

Apparemment, les tracteurs dans les rues cet hiver ont participé de manière significative à cette évolution. Le nouveau mot d’ordre serait donc : « Labourer moins, communiquer plus ». À défaut de rentabilité, on peut défendre l’image.

JMP

A lire aussi en Voix de la terre

«Humus»,un roman dans l’air du temps

Voix de la terre Une âme bienveillante m’a passé un livre romanesque au titre très « terre à terre » : « Humus ». Je découvre qu’un intellectuel parisien, Gaspard Koenig, a trempé sa plume dans les matières organiques et s’est invité au pays des vers de terre. Il est couronné par trois prix littéraires en 2023, a déjà vendu plus de 100.000 exemplaires et se voit traduit dans toutes les langues. Un succès planétaire ! Il faut dire que le sauvetage de la planète est évoqué toutes les trois pages.
Voir plus d'articles