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Le dire, c’est bien…

Des millions d’événements extraordinaires adviennent chaque jour dans le monde, heureux et malheureux. Les plus spectaculaires -merveilleux ou désastreux- sont relatés par les médias et font l’objet d’innombrables commentaires, lesquels jaillissent tous azimuts et s’agglomèrent en un magma de réflexions où s’étouffe le coeur battant des informations. Un vrai travail de compréhension s’impose afin de trier le vrai du faux, le concret de la rhétorique, le profitable du futile. Au milieu des bavardages inutiles, quelquefois se dégagent des pistes intéressantes et s’allument des lumières dans la nuit, pour nous permettre d’avancer. Car parler, c’est bien, mais agir, c’est mieux !

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Ainsi, prenons les dernières nouvelles du monde, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Les analyses sont parties dans tous les sens ; inutile de vous les rappeler : dix Sillon Belge n’y suffiraient pas… Une réflexion m’a pourtant fait tilt : l’Europe, semble-t-il, risque de perdre un allié de poids pour sa Défense, et d’autres appuis dans la foulée. Le reste du monde reproche d’ailleurs au Vieux Continent d’avoir pris la fâcheuse habitude de profiter des autres régions du globe pour assurer sa prospérité.

L’Asie lui vend une kyrielle de produits manufacturés bon marché (vêtements, produits pharmaceutiques, matériel électronique, gadgets en tous genres, etc).

Le Moyen-Orient, et jusqu’à il y a peu la Russie, lui fournissent les énergies fossiles, pétrole et gaz.

L’Amérique du Sud nous exporte en masse du soja et des céréales qui nourrissent nos veaux, vaches, cochons, couvées.

L’Afrique est pillée depuis des siècles par les Européens, qui lui volent ou lui extorquent à bas prix ses ressources minières, exploitent ses meilleures terres.

L’Ukraine lui bradait son blé et ses grains de tournesol.

L’Amérique Centrale cultive pour nous ses bananes, ses ananas, et d’autres fruits exotiques. Le café, cacao, tabac, thé viennent de pays en voie de développement d’un peu partout dans le monde.

Pour sa Défense, notre continent se cache derrière l’OTAN et les États-Unis, un allié de poids XXL qui risque donc bientôt de nous laisser nous débrouiller seuls face à l’ogre russe. Oups !

Bref, l’Europe vit comme un noble ou un bourgeois fortuné d’autrefois ; elle profite de ses sujets sans jamais remettre en question ses privilèges de partenaire dominant. Elle dépend sans vergogne des autres pour son propre bien-être. L’Europe agit comme un consommateur égocentrique qui fait toutes ses courses dans le hard-discount en exigeant le meilleur, sans jamais se demander pourquoi les denrées qu’il achète sont tellement bon marché, à la limite du hold-up.

Et si un jour, tout ce cirque s’arrêtait ? La crainte n’est pas neuve : elle a déjà fait couler des océans d’encre et de salive depuis des décennies, sans donner suite à des actions concrètes. Comment ne plus dépendre du reste du monde ? Plusieurs secteurs essentiels reposent sur des pieds d’argile, dont la Défense -of course, Donald !- et surtout la filière agro-alimentaire. Notre chaîne de vie !

Le simple bon sens voudrait que l’Europe se dote d’une agriculture nourricière pour assurer sa sécurité alimentaire, et non bricoler comme elle le fait, avec ses importations à tout-va et ses accords commerciaux bilatéraux, ses accords de libre-échange du type CETA, en attendant le Mercosur. Elle se comporte comme un marchand de tapis toujours prêt à conclure des deals, avec en point de mire un profit à court terme, quitte à transformer le Vieux Continent en désert agricole géré par des machines et des sociétés, non plus par de vrais paysans soucieux de nourrir les gens et de préserver la fertilité des terres.

On parle, on blablate à l’Europe. On raconte des carabistouilles en Belgique et en région wallonne. On promet monts et merveilles aux jeunes fermiers naïfs descendus dans les rues et montés sur les autoroutes avec leurs tracteurs pour exiger des réponses à leurs questionnements. Les ministres de l’agriculture tempèrent, tergiversent, assurent les agriculteurs de leur indéfectible soutien, sauf que… ils ne font rien ! Comment peuvent-ils avoir l’audace, voire l’outrecuidance, de promettre des mesures nébuleuses qu’ils disent « concrètes », les yeux dans les yeux, à ces jeunes fermiers désespérés qui subissent crise sur crise sans apercevoir au loin le bout du tunnel ? C’est quelque part criminel…

Qu’ils aient le courage, les c(…) de dire la vérité, à savoir qu’ils ne peuvent rien faire, si ce n’est promettre, négocier du rêve, vendre du vent, donner çà et là des dringuelles ! Ils parlent, parlent sans fin : ils sont très forts pour ça. Ils se la jouent Donald ou Kamala… et puis plus rien ! Les fermiers ont voté pour eux, la bonne blague, comme un agneau vote pour Pâques ou une dinde pour Noël. Des déclarations de bonnes intentions, la mise sur pied de « tasks-forces », des réunions…, à n’en plus finir. « Tu dors, Brutus, et Rome est dans les fers ! ». Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire.

Le cas particulier d’un secteur très exposé comme l’agriculture démontre que l’avenir du monde et de l’Europe est retenu captif entre les pattes griffues des forces politiques, financières et technocratiques, lesquelles tracent leurs chemins sans dévier d’un iota de leurs objectifs. Elles maîtrisent la communication, parlent à n’en plus finir, convainquent et trompent, et les gens retournent chez eux, persuadés d’avoir été entendus. Cela ne peut plus durer, car dire des choses, c’est bien, mais les faire, c’est mieux !

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