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Autonomie fourragère : un juste équilibre pour faire rimer indépendance avec efficience

Face à la hausse des coûts de l’alimentation, de nombreux éleveurs wallons cherchent à nourrir leurs bêtes avec leurs propres ressources. Des agriculteurs confrontés, aussi, à des contraintes environnementales et au changement du paysage agricole, marqué notamment par une diminution de la taille des troupeaux. Dès lors, face aux réalités actuelles, comment tirer son épingle du jeu ? Peut-on être le plus indépendant possible en optimisant la qualité de ses fourrages ? C’est sur ces différentes thématiques que se sont penchés plusieurs experts lors de la 4ᵉ édition du Forum de l’autonomie fourragère.

Temps de lecture : 7 min

Pour savoir où se positionnent les élevages wallons au niveau de leur autonomie, l’une des manières d’établir un état des lieux est de voir la charge en bétail par hectare. Au cours des dernières années, celle-ci a reculé. Notre région est passée globalement de 2,3 UGB/ha à 2,1 aujourd’hui. Une diminution différente selon le type de production, avec une plus forte baisse pour les bovins viandeux. Ce phénomène peut s’expliquer par la diminution des cheptels, avec environ 25 % de têtes en moins ces vingt dernières années. De plus, les superficies fourragères sont aussi en baisse, toutefois de façon moins marquée. « Potentiellement, il y a une possibilité d’avoir un peu plus de fourrage par animal à nourrir », indique Olivier Miserque, de la direction de l’analyse économique agricole du Service public de Wallonie. Ce spécialiste était présent lors de l’événement organisé par la Fugea, en partenariat avec le Parc naturel du pays des collines et le Parc naturel des plaines de l’Escaut, qui s’est tenu à la haute école provinciale de Hainaut-Condorcet à Ath.

L’alimentation : la charge la plus importante pour les éleveurs

Du côté des charges, pour les exploitations laitières, en 2010, les frais les plus importants étaient le foncier, le matériel et l’alimentation. En 2023, ce dernier poste a pris, de loin, la tête du classement. Il représente 61 % des frais, soit, sur 10 € dépensés, 6 € consacrés à la nourriture. « S’il y a bien un poste sur lequel il est important d’être attentif, c’est celui-là. Il faut essayer de limiter ces achats ».

Et justement, entre 2010 et 2023, les éleveurs ont diminué la quantité de concentrés d’environ 20 %, tout en arrivant à augmenter la production laitière par bête. Une belle réussite puisqu’ils ont finalement réussi à faire plus avec moins… Néanmoins, ces agriculteurs ont dû faire face à un facteur extérieur : la hausse des prix des aliments de 40 % entre 2010 et 2023.

De grandes disparités dans la gestion des surfaces fourragères

Par ailleurs, la marge brute dégagée pour l’éleveur sur 100 l de lait est corrélée aux achats de nourriture extérieure. « Néanmoins, sur une exploitation, il existe toute une série de frais (matériel, étables…) qui vont être dilués sur un plus grand volume de lait », poursuit-il, avant d’expliquer qu’il a essayé de faire le même exercice pour trouver un lien entre ce que va débourser l’éleveur pour l’alimentation des animaux et son revenu. Résultat ? Sur ce point, il n’y a pas d’interdépendance. « Réduire les dépenses en aliments complémentaires augmente la marge brute sur 100 l de lait, mais reste donc sans lien avec le revenu final de l’éleveur ».

Concernant les exploitations qui produisent de la viande, comme en laitier, les trois postes dominants restent l’alimentation, le matériel et le foncier. Celui lié à la nourriture a également augmenté entre 2010 et 2023. Néanmoins, cette hausse est moins importante qu’en laitier. En outre, d’un point de vue économique, il est plus compliqué d’établir un lien entre la marge brute et la nourriture extérieure achetée pour les bêtes.

Notons également que, dans le secteur laitier, Olivier Miserque pointe le fait qu’il y ait des niveaux d’achats en aliments très différents pour des exploitations présentant pourtant une même production. « Cela montre qu’il y a un potentiel d’amélioration avec une optimisation de l’autonomie fourragère pour une partie de ces fermes ».

Utiliser au mieux ses ressources pour atteindre ses objectifs

Si, en Wallonie, il est donc possible de s’appuyer sur des données comptables pour en savoir plus sur l’autonomie dans les élevages, comme l’a rappelé David Knoden de chez Fourrages Mieux, derrière cette notion peuvent se cacher plusieurs manières de percevoir les choses, ainsi que différents modes de calcul… On peut, par exemple, l’exprimer en énergie ou en protéines, bien que l’unité la plus courante soit la masse. Par ailleurs, pour un agriculteur, il est également possible de se fixer des niveaux à atteindre. Par exemple, un éleveur laitier peut calculer les grammes de matières utiles produits par kilo de matière sèche ingéré. Cela permet de se situer par rapport aux autres exploitations et de voir si les aliments fournis aux animaux sont efficacement transformés.

Le terme d’autonomie peut aussi être appréhendé à différentes échelles : européenne, nationale ou régionale. En Wallonie, s’il existe peu de chiffres à ce propos, grâce à l’outil Decide développé par le Centre wallon de recherches agronomique, il a été possible d’extraire plusieurs données concernant l’autonomie, et ce en utilisant la charge massique, la plus facile à estimer. Ainsi, sur une centaine de fermes laitières et viandeuses, celle-ci atteint environ 70 % pour les bovins laitiers et 84 % pour les exploitations produisant de la viande.

« En fourrage, on se situe au-delà de 90 % en moyenne… C’est plutôt pour les concentrés que le bât blesse. L’autonomie protéique totale des élevages wallons est estimée à 83 %. On peut, dès lors, constater que dans la grande majorité des exploitations, il n’y a pas de souci au niveau du fourrage, car les surfaces productives sont capables de combler les besoins du cheptel », indique David Knoden. Il ajoute : « Au lieu de l’autonomie, je préfère le concept de performance. L’objectif est d’utiliser au mieux les ressources les plus locales possibles pour atteindre ses objectifs de production tout en préservant l’environnement et en gagnant sa vie ».

Évidemment, plusieurs facteurs interviennent dans les performances de la ferme. Citons notamment la capacité des bêtes à bien valoriser les fourrages, la qualité de ceux-ci, ou encore la région dans laquelle se situe l’exploitation.

La prairie, une réflexion à chaque étape

Produire des fourrages de qualité, passe, bien entendu, par une bonne gestion des pâtures. Mais comment faire confiance en ses prairies ? En effet, David Knoden admet que l’herbe est un aliment difficile à cataloguer, avec une valeur alimentaire fluctuante. « Il peut donc être plus compliqué de faire confiance à l’herbe qu’au maïs, par exemple, beaucoup plus stable ».

De plus, cette production ne doit pas se faire à n’importe quel prix. Il est primordial de bien calculer ses frais de fertilisation, ses semis… sinon même une prairie peut coûter très cher. Ainsi, chaque étape se doit d’être mûrement réfléchie, jusqu’à la récolte en passant par la conservation des fourrages.

Par exemple, pour le semis, il est primordial de choisir un mélange adapté à ses objectifs et aux conditions climatiques. Bref, tout cela ne s’improvise pas et doit être analysé en amont.

L’azote ne fait pas tout, et il est important de miser sur des associations végétales

« Et il ne faut pas oublier les légumineuses », continue le spécialiste qui a présenté des essais comparatifs menés sur le site de Louvain-la-Neuve avec du ray-grass d’Italie, d’une part, et avec une association à du trèfle violet, d’autre part. Pour le premier, des tests ont été effectués sans apport d’azote, puis avec 150 et 350 unités. Pour le second, ils ont aussi essayé sans apport et avec 40 unités reçues pour la première coupe. On observe que, malgré l’application de la dose maximale d’azote autorisée sur les prairies, le rendement est toujours supérieur avec du trèfle violet. Ainsi, en moyenne, dans cet essai, le trèfle violet fixe 300 unités d’azote par hectare.

« Cela signifie que vous réalisez une économie, tout en réduisant le coût et le travail d’épandage, pour, au final, obtenir un rendement supérieur en matière sèche, mais aussi en production et énergie. L’azote ne fait donc pas tout : il est essentiel de bien choisir et d’associer des plantes de différentes familles pour optimiser la production et atteindre ses objectifs ».

Pour le bioazote, il est intéressant de constater que pour une même fertilisation, les rendements peuvent être très variables… En tout cas, même sans intrant, une prairie produit en moyenne près de 7 t/ha de matière sèche par hectare. « Dans nos essais, c’est environ 5 t/ha sans aucun apport », précise le spécialiste qui souligne que la fertilisation azotée des prairies n’explique que 20 % de la variabilité des rendements.

Enfin, concernant les fertilisations organiques, des essais ont démontré que stocker ses fumiers ou composts directement au champ ne les bonifie pas. Au contraire, ils risquent d’être lessivés par les pluies…

Enfin, si « la gestion des prairies demande des connaissances techniques qu’il faut se réapproprier pour travailler avec son environnement », comme l’a rappelé Philippe Duvivier, de la Fugea, les éleveurs peuvent être conseillés par différents organismes. C’est, notamment, le cas de Fourrages Mieux ou des différents laboratoires permettant d’analyser la qualité de ses fourrages et de maîtriser au mieux l’alimentation au sein de son exploitation.

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