Mécanique ou chimique, l’heure est au désherbage de l’épeautre
Dans l’ensemble, la situation que connaît l’épeautre est actuellement bonne, mais certains points méritent d’être détaillés.

Cet hiver a été très humide (286 l/m²). Côté températures, le minimum de la saison fut de -6°C les 13 et 14 janvier. Cela confirme la tendance générale des hivers plus doux et plus humides et ce, alors que la météo est devenue plus imprévisible que jamais pour le reste de la saison.
Cela s’est ressenti sur les céréales, qui présentent un aspect bien différent selon les dates de semis. Ainsi, certaines parcelles ont pu atteindre le stade tallage avant l’arrivée des pluies importantes, le 15 décembre, tandis que celles semées plus tardivement ont été bien plus affectées que les premières par les phénomènes de battances et de terres trop vite refermées par les pluies.
Les semis d’octobre sont, cette année, très réguliers et les épeautres y ont déjà développé un bon nombre de talles (entre 5 et 10 par plantes). Pour les semis plus tardifs (novembre et décembre), les zones sans végétation sont plus nombreuses et les plantes ne montrent encore que quelques talles.
Faciliter la reprise de végétation
L’hiver semble avoir pris fin il y a trois semaines avec le retour d’un temps plus sec et des températures plus clémentes. Avec le concours des vents d’est et de sud, la surface des terres a rapidement durci pour, parfois, former une croûte indurée qui peut perturber le développement des plantes.
Dans les cas où le tallage n’est pas jugé suffisant, le passage d’un rouleau Cambridge (cranté) peut s’avérer bénéfique. Lors de printemps secs, c’est un outil efficace pour favoriser la reprise de végétation.
Pour les parcelles bio, les désherbages mécaniques sont à réaliser. Contrairement aux deux dernières saisons, les conditions sont idéales pour sortir les herses étrilles. En conventionnel, c’est l’heure des rattrapages lorsque les désherbages d’automne ont laissé passer ici des matricaires, là-bas des véroniques… Selon l’adventice considérée et son stade, un traitement mécanique peut, là aussi, s’avérer suffisant. Si c’est le cas du mouron des oiseaux, ce n’est pas celui du rumex bien développé comme on en trouve en abondance dans les terres acides de l’Ardenne.
En deux fractions
Côté engrais, les premières fractions ont été appliquées il y a souvent déjà plusieurs semaines. Trop tôt sans doute, mais après deux printemps pluvieux et d’accès très difficiles aux terres, il était compliqué de résister lorsque celles-ci sont redevenues portantes.
C’est notamment le cas dans les essais conduits par le Centre wallon de recherches agronomiques (50 unités d’azote, le 5 mars). Là, une fumure complète de 140-160 unités, en trois fractions, est programmée. Il s’agit d’une forme d’assurance pour satisfaire l’ensemble des variétés intégrées à l’essai.
Dans la pratique, les essais menés ces dernières années ont confirmé qu’une fumure en deux fractions était tout aussi efficace et économiquement plus rentable.
Dans les terres plus froides (Condroz), la tendance est à appliquer de plus fortes teneurs (70-90 unités) ce qui, par le passé, s’est avéré adapté à ces conditions. Attention, toutefois, aux pertes et au risque de verse si l’ensemble des fractions « tallage + redressement+ montaison » dépasse 100 unités.
Sulfasote, azote liquide ou granulé de N27, la forme de l’engrais a également son importance. Pour la première fraction, le Cra-w a opté pour du sulfazote car le soufre, élément essentiel pour la plante et très présent dans les pluies au siècle dernier (il y a 25 ans) est devenu plus rare. En outre, c’est un des éléments les plus facilement lessivés par les pluies hivernales. Les céréales en manquent souvent lors de la reprise de végétation.
Il est encore trop tôt pour la deuxième application car la montaison ne commencera pas cette semaine. Les plantes d’épeautre les plus avancées se redressent mais la phase tallage n’est pas terminée.
Discrètes maladies fongiques
L’hiver n’a pas été froid. Cela s’observe à la structure des terres, car le gel n’a pas pu faire son œuvre, et on retrouve çà et là des blocs de terres compacts qui n’ont pas été délités par les gels. Le froid hivernal est un allié, particulièrement pour la lutte contre les insectes et les maladies. Il doit normalement mettre fin aux vols des pucerons mais, cette année à nouveau, le thermomètre n’est pas descendu sous -6°C dans les plaines et les adultes de pucerons ont sans doute survécu. Bien qu’ils n’aient pas été observés, il convient de rester attentif.
Les maladies fongiques sont encore discrètes car le vent d’est freine leur développement. Cependant, l’absence de froid n’a pas permis de réduire l’inoculum des rouilles. De ce fait, on devrait retrouver la rouille brune, très présente l’an dernier, lorsque les températures moyennes repasseront au-dessus de 15°C.
Cra-w