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Le «réchauffement» donne froid dans le dos

Le 29 octobre, veille de la Toussaint, le quotidien le Soir sortait un scoop : « 2018 pourrait battre tous les records de sécheresse » Tiens donc, on n’avait pas remarqué. Le scoop, c’est que le record est détenu par l’année 1971. Il y a presque 50 ans. On l’avait oublié.

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Du coup, je réfléchis : En quoi l’agriculture est-elle responsable ? Elle serait responsable d’environ 10 % du CO2 émis sur la planète, ce qui laisse quand même 90 % pour les autres activités humaines. Sur ces 10 %, le poste principal concerne la synthèse de l’azote minéral. L’air contient 78 % d’azote. Pour le mettre sous forme solide, il faut de l’énergie (souvent du gaz) comme la cuisinière quand elle cuit les patates. Rien de bien grave, d’autant que l’azote ainsi produit permettra, par la photosynthèse et la production végétale, de mettre davantage de carbone atmosphérique (CO2) sous forme organique.

En cultures céréalières, via l’apport d’engrais azoté, on investit par hectare 2 tonnes d’énergie fossile (en équivalent C02) pour produire 5 fois plus d’énergie renouvelable via le carbone présent dans la paille et le grain. C’est pas mal comme ratio !

Le souci, c’est que ledit carbone va tôt ou tard retourner dans l’atmosphère.

La paille ? Au moment où l’agriculteur va l’incorporer au sol, directement ou plus tard sous la forme de fumier. Les micro-organismes vont s’en nourrir et relarguer 60 % de CO2 immédiatement. Le reste ultérieurement, quand ils se dégraderont eux-mêmes assez rapidement, et plus tard encore, quand ce qui est devenu « humus » va minéraliser.

Quant au grain, qui deviendra pain et fournira de l’énergie aux humains, il suivra le même chemin. Quand nous respirons et nous nous soulageons, c’est pareil : on renvoie le carbone d’où il vient.

Alors, tout ça pour ça ? Comme disait Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

Il y a 150 ans, quand nous n’étions un bon milliard d’habitants sur la planète… il y avait un équilibre entre la photosynthèse et la minéralisation de l’organique à hauteur de 70 milliards de tonnes. L’atmosphère contenait 0,025 % de CO2 et elle en est aujourd’hui à 0,037 %. La belle affaire direz-vous… sauf que c’est 50 % de plus et que cela va s’accélérer selon les études les plus récentes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (le GIEC).

En fait, la terre a mis 4,5 milliards d’années pour séquestrer les 80 % de CO2 que contenait l’atmosphère lors de sa formation. L’essentiel est présent sous la forme de roches calcaires (carbonates) et le reste en charbon, pétrole, gaz et… humus.

Bref, quand on remet en circulation du carbone fossilisé (chaux, carburant, etc.) on renvoie à court ou moyen terme du CO2 dans l’atmosphère. On peut faire tout le blablabla qu’on veut, qu’il soit politique, idéologique ou commercial, la seule réalité qui vaut est celle-ci : plus nombreux nous serons sur terre, plus nombreux nous serons à respirer, à nous nourrir, à déployer des activités et à nous déplacer.

Si le réchauffement se poursuit, l’hémisphère Nord verra de nombreuses terres de la toundra et de la taïga devenir cultivables. Le Canada, la Scandinavie, la Russie et la Chine verront leur potentiel agricole exploser. Au sud, hélas, mille fois hélas, les plus déshérités seront encore plus pénalisés !

Si le mécanisme est exponentiel, la vie sur terre prendra des allures de fin du monde. Depuis le temps qu’on nous l’annonce ! Pour arrêter sérieusement le mécanisme, il faudrait fermer les mines de charbon, les puits de pétrole, stopper la médecine et revenir à la population d’il y a 150 ans. Autant dire : impossible !

Prêcher ou feindre de croire qu’il est possible de changer les choses juste avec quelques petits gestes, sans modifier ses habitudes ou son mode de vie, c’est sans doute aussi efficace que le carême de partage pour régler la faim dans le monde.

En attendant, le business « greenwashing » surfe sur la bonne volonté des citoyens. L’État en tire prétexte pour inventer de nouvelles taxes. Dit crûment, tout cela ne nous rendra pas le Congo, ou plus exactement la sérénité sur le front climatique.

Et pourtant, le « bon sens commun » indique que polluer moins, c’est forcément mieux. Il ne faut pas « en rajouter une couche ». Une attitude « écologiquement responsable » est un devoir collectif.

Et puis, qui sait ? Si le futur n’est pas une science, le catastrophisme n’est pas non plus une morale.

En 1893, on avait demandé à 74 savants éminents ce qu’ils prévoyaient pour un siècle plus tard. Ils ont eu tout faux… sauf Jules Verne qui s’est montré le plus pertinent dans ses romans de fiction.

La nature a peut-être plus d’un tour dans son sac. Elle a déjà réussi à épurer l’atmosphère du carbone en excès grâce à des micro-organismes primitifs. Elle y a mis le temps, certes : des milliards d’années !

Mais la science est de plus en plus performante et tout va de plus en plus vite. Le biomimétisme est un gisement pour l’imagination. L’âge de la pierre ne s’est pas terminé faute de pierres. L’âge du carbone ne va pas nécessairement se terminer parce qu’on n’est pas (encore ?) parvenu à le fixer massivement.

Il n’en reste pas moins vrai que d’ici là, l’agriculture est appelée à poursuivre sa mission : nourrir correctement l’humanité en cherchant le meilleur ratio énergétique possible.

JMP

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