Ceci dit, il vaut mieux rassembler les jeunes des pays riches en leur faisant prendre conscience des dérives du consumérisme que de les amener à se battre comme ce fut le cas en Europe pour les générations 14-18 et 40-45.
«Prenons le temps de vivre» leur enseigne le mur de fond. Contrairement aux discours répétitifs des médias qui font de la peur leur fonds de commerce, les gens n’ont jamais aussi bien vécu, aussi nombreux et aussi longuement qu’aujourd’hui. Bien sûr, le bonheur n’est pas unilatéral et universel. Bien sûr, l’absence de soucis matériels ne rend pas nécessairement plus heureux. Il faut néanmoins relativiser. Il n’est pas interdit d’apprécier tout ce qui va bien, tout ce qui va mieux.
Quand on peut manger sans restriction et sans risque sanitaire, il y a quelque chose de malsain à fabuler contre l’agriculture qui offre qualité et quantité pour un prix dérisoire.
Le réchauffement climatique est une réalité mais il faut être conscient que l’équilibre du bilan Carbone, entre photosynthèse et libération du CO2, remonte à 150 ans pour la planète entière. C’était la Belle Epoque, sous Léopold II et Napoléon III. Belle époque pour les bourgeois, autre chose pour les paysans, les ouvriers et les colonisés. Il n’y avait qu’un milliard de gens sur la terre…
Le bilan Carbone a toujours évolué, en fonction de mécanismes naturels. De ce fait, le climat et le niveau des mers a toujours changé. La démographie et l’activité humaine accélèrent le changement, inévitablement.
On veut garder le niveau des océans à son niveau actuel. Fort bien d’autant que beaucoup d’immobilier s’est développé le long des côtes. Ce serait la première fois dans l’histoire géologique de la planète qu’une espèce impose un statuquo climatique. C’est sans doute prétentieux mais pourquoi pas!
Comme il est illusoire de vouloir revenir 150 ans en arrière, il ne reste que 2 solutions: produire de l’énergie sans CO2 ou le séquestrer plutôt que le renvoyer dans l’atmosphère.
La première solution passe par le nucléaire mais oh, paradoxe, les plus inquiets par rapport au climat le sont aussi pour l’énergie nucléaire.
La seconde solution passe par la science: comment fixer, bloquer, enfermer à long terme le CO2? Il faudrait réaliser aujourd’hui ce que les cyanobactéries ont fait dans les pierres calcaires en quelques milliards d’années. Il faut bien sûr le faire beaucoup plus rapidement. On a réussi à dégager de l’énergie à partir des atomes comme l’uranium. Pourrait-on faire le contraire : enfermer ces gaz à effet de serre, si pas dans l’atome, au moins dans des molécules stables?
En fait, pour l’instant, la voie transitoire la plus efficace passe probablement par l’agriculture. Elle seule peut stocker du carbone à long terme tout en améliorant son efficacité à court terme. La photosynthèse, ce n’est que cela. Plus les végétaux fabriquent de la matière sèche, plus ils enferment du C02 atmosphérique dans la matière organique. Augmenter le taux de carbone dans les sols de «4 pour 1000» par an est réaliste. Un colloque récent à Louvain La Neuve vient de le rappeler. Les essais de longue durée du Centre wallon de recherches agronomiques le confirment. Une plateforme de mobilisation va dans le même sens en France.
La forêt stocke moins par an mais à plus long terme. L’agriculture raisonnée offre un excellent ratio. Pour une tonne de CO2 fossile investi dans la fabrication d’azote, la céréale fixe 5 tonnes de CO2 dans l’organique (pailles et grains). Autre paradoxe: une intensification raisonnée se doit d’enrichir le sol en carbone mais laisse aussi davantage de place pour des espaces verts et des forêts que ne le permettrait une agriculture coincée dans des labels trop restrictifs.
Tout est cyclique. Il faudra bien qu’un jour, on arrête cet agri-bashing permanent qui décourage les agriculteurs et qu’on mette davantage en valeur ce qu’ils apportent, tant au niveau de la nutrition que de l’efficacité pour freiner le réchauffement climatique.