Comme Christiane Keppler, docteure en biologie, le rappelle, les facteurs de risque du picage et du cannibalisme en élevage de poules pondeuses sont nombreux. Si les différences d’origines chez les poules (blanches contre brunes) peuvent jouer un rôle, les différentes phases d’élevages des volailles peuvent également présenter des facteurs de risque, tout comme l’alimentation. « Toutefois, un seul facteur peut déclencher le phénomène, comme un déficit nutritionnel », note-t-elle.
« En élevage il est très important de prendre conscience de la densité de peuplement et ce dès le plus jeune âge des animaux, de sorte de pouvoir les gérer ainsi que leur santé. Ladite densité comporte aussi des risques, notamment au cours des phases sensibles, comme le transfert des poulettes dans un nouveau bâtiment. Même si le bâtiment est propre, il faut pouvoir gérer toute pression infectieuse. » Il est donc judicieux de s’interroger. Les conditions leur sont-elles bonnes ? Peuvent-elles rapidement s’adapter à leurs nouvelles conditions ? Perdent-elles du poids ? La luminosité est-elle adaptée ? Pour l’oratrice, l’éclairage doit être orienté de façon à ce que les poules ayant un poids adéquat puissent entrer en phase de ponte.
L’importance des matériaux manipulables
Pour la biologiste, l’élevage et la ponte doivent faire l’objet d’une surveillance toute particulière. La pose de matériaux manipulables dès les premières semaines d’élevage est primordiale. La mise à disposition de fourrages, de paille, de luzerne, des récipients avec du sable, des briquettes, du grit, que les animaux peuvent absorber, est nécessaire tant pour les occuper que pour leur permettre de s’alimenter de façon correcte. Rappelons que les volailles passent 70 % de leur journée à gratter, picorer… La pose de blocs à picorer est donc vivement conseillée.
Les bains de poussière doivent pouvoir se faire dès la première semaine de vie. Il est très important de leur mettre à disposition des matériaux adaptés au métabolisme des volailles. Celles-ci cherchent entre autres du sable et les gastrolithes, qui favorisent la digestion au niveau du gésier.
Si les poules pondeuses doivent avoir un accès facile à l’eau et à la nourriture, elles doivent avoir la possibilité de fuir leurs congénères (par le biais de perchoirs, e. a.), notamment pour s’en protéger. Les perchoirs surélevés sont aussi nécessaires pour l’apprentissage de la coordination du vol intervient entre la 2e et la 8e semaine de vie. Notons aussi l’importance des espaces pour se reposer la journée. « Cela fait partie de l’apprentissage. Les poussins doivent aussi apprendre que l’eau et la nourriture sont toujours disponibles en hauteur dans le poulailler. »
Les hybrides à haute performance
Et de se poser la question des animaux auxquels on a affaire. « Généralement, nous sommes en présence d’hybrides à haute performance qui pondent plus de 300 œufs par an en moyenne. Cela signifie qu’une poule qui vient de pondre son 1er œuf peut en pondre entre 150 et 250 d’affilée. C’est presqu’un œuf par jour. Une telle production peut mener à des « maladies du travail » comme l’ostéoporose ainsi qu’une inflammation de l’oviducte.
En ce qui concerne la ponte et le besoin d’aliments, le ratio est de 2 : 1 c’est-à-dire que pour produire un œuf de 60g la poule doit consommer 120 g d’aliments. Ce qui représente 20 kg d’œufs sur 365 jours, soit 10x le poids d’une poule. L’objectif de production par individu étant de 500 œufs produits jusqu’à 100 semaines de vie (dont 80 de ponte), c’est plus de 30kg d’œufs en 561 jours, soit 15 x le poids d’une volaille.
La question dès lors qui se pose : quelle est la part de l’aliment qui reste pour les besoins d’entretien de l’animal ? Chez les hybrides, c’est une question importante pour éviter que la poule ne cherche d’autres sources d’alimentation.
Qu’ingère une poule ?
Et de considérer ce que la poule ingère. « La composition de l’aliment doit faire l’objet d’un contrôle permanent, la qualité doit être optimale. L’alimentation doit être structurée de sorte que les animaux ne sélectionnent pas leurs aliments. L’objectif ? Que les matières minérales soient réellement absorbées par l’animal. Et la quantité totale ingérée doit être la bonne. Si l’animal doit absorber 130g et qu’il n’en consomme effectivement que 120g, un déficit alimentaire s’ensuit. »
Favoriser l’ingestion et la bonne digestion
Lorsque l’on ouvre le gésier d’un animal sain, on retrouve généralement des gastrolithes. L’important ? Qu’ils ne soient pas solubles à l’acide afin qu’ils puissent assumer leur fonction de digestion. Les animaux doivent apprendre à les manger. Quand ce n’est pas le cas, leur système digestif ne se développe pas de manière optimale. C’est toujours difficile d’éduquer les poules à consommer des gastrolithes avec leur nourriture. Il faut les inciter à commencer dès leur plus jeune âge.
Et de prendre pour exemple la courbe de croissance d’une Lohman brown classique. « Lors du changement de bâtiment de celui des poulettes à celui de la ponte (18e semaine), et lors du début de la ponte à
Garder à l’esprit les valeurs de référence pour la race
Il est donc particulièrement important de pratiquer la pesée des animaux jusqu’au moment du pic de ponte et ce n’est qu’à travers des mesures régulières du poids que l’on peut se rendre compte de l’évolution de leur croissance. Un minimum de 50 animaux doit être pesé au moins 1 fois par semaine entre la mise en place du lot dans le bâtiment et le pic de ponte. La moyenne doit au moins correspondre aux données du sélectionneur.
La période critique : le transfert d’un poulailler à un autre. Et Lorsque les animaux n’ont pas fait l’expérience du parcours extérieur ou d’un bon comportement alimentaire, cela peut s’avérer très néfaste !
Pour la scientifique, il faut toujours garder à proximité les valeurs de référence indiquées par le sélectionneur pour la race en question. En effet, pour être capable d’entrer en phase de ponte, elles doivent avoir un certain poids… et ce poids de référence peut varier au maximum de plus ou moins 10 % et il faut surtout que plus de 80 % du cheptel atteigne ce taux d’uniformité… c’est-à-dire qu’il ne faut pas d’animaux qui pèsent moins de 10 % ou plus de 10 % du poids de référence. Les candidats à problèmes sont tous les animaux qui sortent de cette moyenne.
Par ailleurs, il faut surveiller la valeur moyenne et s’interroger si elle s’approche ou non des valeurs de référence. Lorsqu’on regarde combien on a de poules qui sont en-dessous des 10 % de la valeur de référence, et si la moyenne des pesées de toutes les poules est inférieure à la valeur de référence, c’est déjà un véritable problème et cela impose des mesures pour améliorer l’alimentation.
Une attention particulière à la qualité de la litière
Par ailleurs, il faut veiller à avoir assez de fourrage grossier, de gastrolithes et de sable dans la litière. Les litières humides, avec des plaques ou des mottes, sont à éviter. On peut, par exemple proposer des filets ou des corbeilles à aliments, des briquettes de luzerne… Il existe différentes compositions de briques à picorer qui ont des vertus alimentaires.
En outre, il faut prévoir des poudres minérales pour des bains de poussière. Ces poudres agissent aussi contre les acariens. On peut parfois mélanger la poudre minérale avec du sable. Si cela dépend des animaux et du cheptel, les bains de poussière sont une occupation à ne pas négliger.
Photos issues de la présentation de Christiane Keppler