Chez Lhoist, de la dolomie pour l’industrie… et pour l’agriculture

Le gisement de dolomie de Marche-les-Dames est l’un des plus purs au monde. Toutefois, la composition de la roche n’y est pas homogène.
Le gisement de dolomie de Marche-les-Dames est l’un des plus purs au monde. Toutefois, la composition de la roche n’y est pas homogène. - J.V.

Intégrée au Groupe Lhoist depuis 1937, la carrière de Marche-les-Dames est l’un des quatre sites de production que compte la société en Belgique. S’y ajoutent les sites de Hermalle, On-Jemelle et Merlemont ayant chacun leur spécialité.

Ainsi, le gisement de Marche-les-Dames est dédié à l’extraction de dolomie (calcaire magnésien) indispensable à de nombreux secteurs industriels tels que la sidérurgie, la verrerie et l’industrie chimique, mais aussi l’agriculture (chaulage et nutrition animale) et la production d’engrais. Une partie de la roche extraite est également portée à très haute température dans des fours afin de produire de la dolomie frittée pour la fabrication de briques réfractaires.

De l’extraction…

Enfouie sous une couche de terre arable et d’argile d’épaisseur variable, la roche dolomitique n’est accessible au carrier qu’après une série d’opérations de grande envergure. Sa première tâche consiste à évacuer la couche de terre qui sera stockée à proximité de la carrière en vue de sa réhabilitation future. L’argile est à son tour extraite, laissant une première couche de minerai affleurer. Ce n’est qu’après avoir retiré celle-ci que la dolomie sera accessible et extraite.

Pour ce faire, Lhoist procède chaque semaine à 4 à 5 tirs de mine. La paroi rocheuse est forée horizontalement et verticalement et chaque trou est chargé d’explosifs avant d’être bourré de matières solides sur une profondeur de 4 à 5 m. « Grâce au bourrage, l’énergie libérée par la détonation reste dans la roche et contribue uniquement à son décrochage de la paroi », explique Stéphane Wodon. Les quantités d’explosifs utilisées et de roches décrochées sont impressionnantes. À titre d’exemple, le bloc extrait lors de notre visite pesait 23.000 t ; 4,5 t d’explosifs ont été nécessaires à l’opération.

Afin d’arracher ce bloc de 23.000
t de dolomie de la paroi rocheuse, une charge explosive de 4,5
t a été nécessaire.
Ci-dessus
: l’explosion
; ci-dessous
: la roche extraite.
Afin d’arracher ce bloc de 23.000 t de dolomie de la paroi rocheuse, une charge explosive de 4,5 t a été nécessaire. Ci-dessus : l’explosion ; ci-dessous : la roche extraite. - J.V.

et le résultat
et le résultat - J.V.

« La carrière s’étend sur huit étages. À nous de gérer la profondeur et la largeur de chacun d’entre eux en fonction des demandes de nos clients et des caractéristiques de la roche », poursuit-il. En effet, au sein du gisement, la roche n’est pas uniforme, notamment au niveau de sa teneur en fer. La dolomie extraite lors de chaque tir présente donc des propriétés différentes qui peuvent convenir à certains clients mais pas à d’autres. Verriers et réfractoristes, par exemple, exigent des produits ayant un degré de pureté très élevé. « L’avancement dans la carrière est multidirectionnel et dépend de notre carnet de commandes », complète Michel Bulteel.

« Optimiser l’extraction de la roche tout en répondant aux attentes de nos clients constitue notre plus grand challenge », explique  Stéphane Wodon.
« Optimiser l’extraction de la roche tout en répondant aux attentes de nos clients constitue notre plus grand challenge », explique Stéphane Wodon. - J.V.

Une fois extraite, la roche est chargée et conduite par camions dumpers vers les installations de transformation.

… à la livraison

« Chaque année, nous extrayons plus de 3 millions de tonnes de dolomie. Avant qu’elle soit livrée chez nos clients, elle subira plusieurs transformations », continue Stéphane Wodon.

La roche extraite sera premièrement envoyée vers un concasseur primaire d’une capacité de 600 t/h. Elle y sera broyée avant d’être stockée selon sa granulométrie et sa composition chimique. Des mélanges seront ensuite effectués en vue de fournir aux clients une dolomie répondant à leurs attentes et exigences.

Une partie de la roche passera également par l’installation de concassage fine mouture. La dolomie qui en ressort, de très fine granulométrie, est destinée à l’industrie du verre, à l’agriculture et à la fabrication d’engrais.

La dolomie destinée à l’agriculture et à la fabrication d’engrais passera par une étape de « concassage fine mouture » afin de produire de fins granulés. À l’avant-plan, les différentes dolomies triées selon leur granulométrie  et leur composition.
La dolomie destinée à l’agriculture et à la fabrication d’engrais passera par une étape de « concassage fine mouture » afin de produire de fins granulés. À l’avant-plan, les différentes dolomies triées selon leur granulométrie et leur composition. - J.V.

Enfin, une fraction de la roche concassée passera par les fours afin de produire de la dolomie frittée.

Michel Bulteel : « Lhoist s’est fixé pour objectif de valoriser au maximum la roche extraite. C’est pourquoi les fines résiduelles (poussières et très fin minerai) sont également réutilisées ». Après avoir été « compactées » en roches, elles rejoignent ainsi l’étape de la cuisson au four. De cette manière, la quasi-totalité de la dolomie extraite connaît une seconde vie dans l’industrie ou l’agriculture.

Une fois le produit terminé, il est livré à son destinataire par bateau ou par camion.

Penser au futur

Bien que Lhoist estime que l’exploitation de la carrière de Marche-les-Dames perdurera encore 35 ans, le Groupe a déjà entamé sa réhabilitation.

« Toutes les terres évacuées sont stockées dans le versage. Lorsque nous cessons d’exploiter une partie du gisement, elles sont réutilisées pour remettre le terrain en état », indique M. Wodon. La partie actuellement en activité ne sera quant à elle pas entièrement rebouchée. Un lac de plaisance sera créé et alimenté par la nappe aquifère remontant naturellement à la surface.

épaisseur de terre arable
épaisseur de terre arable - J.V.

La gestion du versage constitue également un défi auquel doit faire face le carrier. En effet, les zones encore non exploitées se trouvent sous une plus épaisse couche de terre arable. Une fois l’extraction entamée, le versage se remplira donc de plus en plus rapidement. Lhoist devra veiller à ce qu’il ne se rapproche pas trop du gisement, au risque de compliquer son exploitation.

J.V.

Il y a chaux… et chaux!

En agriculture, on parle de chaulage et d’apport de chaux quand il s’agit de relever le pH des sols.

Actuellement, on parle toujours de chaulage et de chaux alors que l’on n’utilise plus de chaux vive ou de produits cuits (contenant du CaO) comme engrais calcaires.

En effet, la majorité des produits disponibles aujourd’hui sur le marché sont des carbonates, calcaires (CaCO3) et dolomies (CaMg(CO3)2) comme celles extraites à Marche-les-Dames, ou des mélanges que l’on appelle produits crus. Ces dernières années, on constate néanmoins un regain d’intérêt pour les produits cuits pour leur vertu biocide.

D’une façon générale, on continue à parler de chaulage quel que soit le produit utilisé, cuit ou cru.

Le groupe Lhoist…

Créée en 1989 en Belgique, l’entreprise familiale Lhoist s’est progressivement étendue, jusqu’à devenir le groupe international que l’on connaît actuellement. En effet, si en 1926 les premiers développements visaient la Belgique et la France, le Groupe n’a pas hésité à traverser l’Atlantique pour s’installer sur le marché américain dans les années ’80. Durant les années ’90, la direction a saisi diverses opportunités d’expansion importantes en Europe, notamment en Allemagne et en Scandinavie. À l’aube du nouveau millénaire, le groupe s’est encore étendu au sud de l’Europe, en Amérique du Sud et, plus progressivement, en Asie.

Présent dans plus de 25 pays répartis sur les cinq continents, le groupe Lhoist est aujourd’hui le premier producteur mondial de chaux et de dolomie.

… en quelques chiffres

Employant 6.400 personnes à travers le monde, Lhoist réalise un chiffre d’affaires annuel de 2,2 milliards d’euros dont plus de la moitié (54 %) dépend de l’Europe. Par marché, son chiffre d’affaires se répartit de la manière suivante : 27 % dans la sidérurgie, 24 % dans l’environnement, 19 % dans la construction et le génie civil, 7 % dans la pâte et le papier et 6 % dans l’agriculture (amendements, engrais calcaires et alimentation animale). Le solde est obtenu via d’autres marchés tels que le traitement des fumées et la verrerie.

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