Voyage au royaume du «Vin du Pays de Herve»
Parcelles de Teberg, Montzen, dans l’entité de Plombières. Le bocage ondulant, le claquement de la pluie tambourine à intervalles irréguliers, comme des secondes d’un temps étrange. Les pieds de vignes sont pleinement là, dans le pur présent, et ce ciel ouaté, le chemin encaillouté, on s’y enfonce dans un brouillard, jusqu’à ce que le paysage s’éclaire dans ses moindres détails.

Avant que la route cahoteuse ne s’évanouisse, surgit le chai. Neuf, esseulé, encore nimbé de silence à l’extérieur, son cœur ronronne, résonne, s’ouvre sur le pressoir, des cuves, gyropalettes, barriques, ces coffres à trésors, tandis que tintinnabulent près de l’entrée des bouteilles impatientes d’être étiquetées.
De Herve à la Guadeloupe en passant par Chicago
Aux manettes, le vigneron hervien Michel Schoonbroodt, directeur de la société coopérative à responsabilité limitée et à finalité sociale « Vin du Pays de Herve ».
La région bocagère lui colle encore au cœur et au corps, lui qui a passé sa jeunesse au centre de la capitale du fromage, plus précisément en face de l’école des filles car son père, qui avait arrêté son parcours scolaire prématurément, était soucieux que ses quatre sœurs et lui poursuivent des études.
Mission plus qu’accomplie pour Michel Schoonbroodt qui a décroché une licence en gestion à l’UCL suivie d’un master aux États-Unis, à Chicago, avant de travailler dix ans durant au sein de plusieurs multinationales actives dans les secteurs bancaire et des télécoms.
Il deviendra consultant indépendant en entreprise, redresse une société de logements sociaux dans le Hainaut et décide, en 2011, de partir « avec deux fois 23 kilos de bagages »
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Une coopérative en plein essor
Les coopérateurs, âme et moteur de la « success story »
Ce sont les coopérateurs qui ont choisi le logo de la coopérative et la forme de la bouteille. C’est encore à eux que l’on doit la paternité des noms des différentes cuvées.
Une fois la consultation lancée, les propositions ont rapidement fleuri : des noms relatifs à des dialectes régionaux, à la géographie, aux hameaux, aux cours d’eau, à la littérature de la région. Il en est ressorti que toutes et tous voulaient évoquer à la fois l’humain et l’histoire du territoire.
Et c’est ainsi qu’ils sont tombés d’accord sur les anciens métiers du pays de Herve. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont à la fois originaux et inspirants.
Les métiers d’antan à l’honneur
On trouvera ainsi la cuvée « Les rémouleurs » composée à 100 % de Solaris, vendangée à la main sur la parcelle de « Crawhez » à Thimister-Clermont et celle de « La Croix » à Hombourg.
Elle fait référence à la profession de rémouleur, un artisan spécialisé dans l’aiguisage et l’affûtage des outils tranchants tels que les couteaux, les ciseaux, les rasoirs, et parfois même les outils agricoles. Le rémouleur se déplaçait souvent dans les rues avec son équipement, généralement un tour à meuler, un support et une pierre à aiguiser.
Les différentes cuvées s’inspirent de vieilles images auxquelles a redonné vie un dessinateur retraité de Soignies. On retrouve « Les Affineuses », « Les Lavandières » et « Les Charrons » en vin tranquille.
Quand revit le patrimoine historique de la région
Du côté des vins effervescents, on découvrira « Les Cabaretiers » et « Les Carnavaliers » dont l’image est inspirée de la cavalcade du pays de Herve de 1935.
L’étiquette de ce cru va jusqu’à évoquer l’univers fellinien, avec cette touche de réalisme mêlant éléments fantastiques et oniriques. Une atmosphère dépeignant des mondes où règne le flou entre la réalité et le rêve.
Il ne reste qu’à se plonger dans cet univers où l’or qui danse dans les verres et les fines bulles se faufileraient en nous…