Leafcrop, la feuille… en céramique pour le suivi du gel et des maladies foliaires dans les vignobles
Cette feuille d’un nouveau genre qu’est le Leafcrop permet de mesurer et de suivre, en continu, l’humectation du feuillage dans les parcelles viticoles. Le but : déclencher les traitements anti-gel ou anti-mildiou, entre autres, au moment opportun.

En plus de l’accès en temps réel aux données de toutes les stations, indique WalDigiFarm sur son site web, « les contributeurs au réseau (qu’ils soient membres de l’association ou non) reçoivent à intervalles réguliers une cartographie des principales informations météorologiques du territoire (cumuls de précipitations…) et des synthèses spécifiques pour les principales grandes cultures de Wallonie. Une collaboration avec le Centre wallon de recherches agronomiques, dans le cadre du projet Agromet II, permettra, à très court terme, de détecter précocement les éventuelles anomalies dans les données remontées (pluviomètres bouchés…) et de proposer un bilan météo personnalisé autour de la station météo ».
Une innovation récente
Dévoilé et récompensé lors du Sival 2019 consacré aux techniques de productions végétales,
« Leafcrop », de Sencrop, est le premier capteur permettant aux arboriculteurs et aux viticulteurs de mesurer l’humectation de la feuille, c’est-à-dire la quantité d’eau présente sur celle-ci. Les données collectées sont ensuite transmises en temps réel vers une plateforme web, consultable sur un ordinateur ou un téléphone mobile.
« Leafcrop est un capteur connecté permettant de mesurer l’humectation de la feuille ainsi que la température et l’hygrométrie en temps réel. Il permet de programmer sur son smartphone (ou ordinateur) des alertes gels. L’utilisateur est prévenu en temps réel grâce aux capteurs positionnés à différents endroits du parcellaire. En plus de l’humectation et de l’hygrométrie, le capteur Leafcrop relève la température « humide », point clé pour les déclenchements anti-gel », détaille encore WalDigiFarm.
Ce capteur vient judicieusement compléter la station météo Sencrop « de base » constituée d’un pluviomètre, d’un thermomètre et d’un hygromètre, auxquels il est possible d’ajouter d’autres capteurs pour mesurer la vitesse et la direction du vent, l’humidité du sol… Suivre l’humectation des feuilles permet surtout de traiter au bon moment et de lutter contre le mildiou de manière beaucoup plus rationnelle.
Le système permet également de consulter les autres stations du réseau, un outil intéressant pour mieux appréhender son environnement. Et anticiper certaines situations.
En Belgique
Sencrop a popularisé ses stations connectées en s’adressant avant tout aux agriculteurs, sur les foires et salons. « En Belgique, nous avons fait de nombreux tests pour mettre l’agriculteur en confiance avec nous, avec notre technologie. Et cela a plutôt bien marché. Nous nous sommes également appuyés sur des acteurs existants, notamment le Carah et WalDigifarm, avec lesquels nous avons des échanges de données qui sont relativement faciles », commente Arthur Madoux, Sales Executive de Sencrop.
« Leafcrop est plutôt destiné au suivi des maladies de la vigne et du risque de gel. On sait que c’est extrêmement important pour le viticulteur belge de pouvoir garantir sa récolte. L’utilisateur va donc pouvoir paramétrer des alertes et, par exemple, être prévenu lorsque la température passe sous le seuil de 0°C. »
Dès son lancement Leafcrop a connu le succès, mais, vu la spécificité du produit, on ne compte toutefois qu’une vingtaine de dispositifs sur les 600 stations météo installées en Belgique.
« Le réseau Sencrop fonctionne depuis quelques années. Il n’est pas fortement utilisé, mais il pourrait l’être dans les prochaines années. Au début, certains réglages doivent être effectués pour avoir une mesure représentative sur une feuille de ce qui se passe sur l’ensemble d’un vignoble. Il peut y avoir des différences en haut ou en bas des lignes, dans des zones parfois un peu plus ombragées ; même au sein d’un petit vignoble, on peut avoir des conditions microclimatiques très différentes », poursuit Sébastien Weyckmans, administrateur délégué et manager de l’asbl WalDigiFarm.
Au plus près des bourgeons
À Marche-les-Dames, les vignes du Domaine du Dièdre noir ont été plantées en 2019. En 2024, elles ont gelé à 100 %. La plus grande prudence est dès lors renforcée dans le chef de Lucas Dohy qui exploite ces 7 ha de Chardonnay et des trois pinots – blanc, noir et meunier – sur deux parcelles. Il a installé des sondes Sencrop dès la plantation de ses deux parcelles.
« Notre première récolte a eu lieu en 2021. Au troisième cycle de nos vignes, on visait 50 % des rendements, soit plus ou moins 4 t/ha, mais vu la pression mildiou de ce millésime, on a perdu environ la moitié. 2022 fut une année assez ensoleillée, avec peu de précipitations. Beaucoup de volume et pas mal de pluie en 2023, mais c’était une année plus qu’acceptable. Par contre, en 2024, après un hiver très doux, on a connu de fortes gelées de printemps et les deux parcelles ont été gelées à 100 % », explique Lucas.
« Il est difficile de lutter contre le gel, mais on essaie d’adapter la taille en taillant tard et en laissant toujours une baguette à la verticale. On en lie une, on en garde une en haut. Cela se joue à une dizaine de jours. Nous suivons les données relevées par Leafcrop, qui est couplé à RIMpro, un outil d’aide à la décision pour la gestion durable des maladies (mildiou, oïdium et black-rot), conçu pour l’arboriculture et la viticulture. »
L’humectation du feuillage se relève grâce à une feuille en céramique qui imite la feuille naturelle et que le viticulteur va positionner au plus proche des bourgeons, ou dans le feuillage, en fonction de ce qu’il souhaite. Elle va donc imiter la feuille et mesurer l’humectation foliaire. Les données peuvent aussi servir pour faire face au gel.
« Le logiciel de Sencrop va ensuite calculer, grâce à son algorithme, les probabilités d’une infection sur la vigne. Elle peut aussi générer la couverture du produit en fonction de la pluviométrie. Nous, on est en bio. En général, on dit toujours 20 mm de pluie avant de pulvériser, tous les 10 jours. »
« Le couplage de Sencrop et de RIMpro calcule le lessivage qui se fait et nous indique si le feuillage est suffisamment protégé, en vue de garantir sa bonne préservation. Ou s’il faut à nouveau traiter. Cela nous aide pas mal. Il y aura toujours une différence sur le terrain, mais c’est déjà une bonne indication. »
Au Dièdre noir, Lucas Dohy a choisi d’installer ses deux sondes sur une nouvelle parcelle non encore plantée, afin d’étudier les points de rosée et calculer les températures. Histoire de vérifier que toutes les conditions sont réunies pour la future plantation. « Dans l’idéal, il faudrait même avoir dix ans de données avant de planter. Et si on se rend compte qu’il gèle cinq fois sur dix millésimes, ce n’est pas possible. Planter pour planter, ça ne vaut pas la peine non plus. »
« Sur les autres parcelles, déjà plantées donc, on remarque déjà des différences de maturité de 5 à 6 jours, alors qu’elles sont pourtant plus ou moins à la même altitude. Le haut de la parcelle est plus orienté sud-ouest que le bas où on est plein sud. Les sols sont aussi un peu différents. Mais on remarque, en journée et en moyenne, qu’il fait un degré de plus sur l’autre parcelle. Comme on est un jeune vignoble, nous aussi, nous étions en apprentissage. Maintenant, on gère beaucoup mieux », conclut-il.
L’avantage du réseau
Enfin, pour clôturer ce tour d’horizon, arrêtons-nous dans le petit clos de Villers-la-Vigne où André Wauters, chef de culture, s’apprête à installer une Leafcrop cette année. Et d’expliquer : « Je vais aussi placer installer une station Sencrop pour suivre la pluviométrie et nous permettre de savoir s’il faut intervenir dans le vignoble. Je suis agronome de formation (et expert auprès de l’Institut royal belge pour l’amélioration de la betterave – ndlr). Nous avons utilisé la Leafcrop, même dans une culture annuelle cette saison-ci, pour connaître le temps d’humectation des feuilles, associé à la température, et ainsi savoir si un champignon pathogène a eu le temps de s’installer et si les conditions lui sont favorables ».
« Dans le vignoble, le but est d’essayer de comprendre les corrélations qui existeraient. Surtout que nous avons, ici, un micro-climat très marqué ; avec peu de ventilation ; ce qui fait que les feuilles restent relativement longtemps humides. Mais le plus intéressant, c’est le réseau qui existe en Wallonie et le fait que l’on peut avoir accès aux stations de la région, afin de confronter nos observations respectives. Cela m’intéresse assez fort. »