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Hausse pour le beurre et marché moins favorable pour la poudre maigre

Après un début d’année favorable, la dynamique de collecte française semble marquer le pas, affectée par une météo défavorable. Au niveau des exportations européennes, on observe une augmentation notamment vers le Canada. Concernant le marché mondial, les cours des ingrédients laitiers connaissent des trajectoires divergentes : ceux du beurre sont orientés à la hausse tandis que cela patine concernant la poudre maigre.

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En France, le mois de mars a affiché une bonne dynamique de collecte avec une augmentation de 1,1 % par rapport à l’année dernière. Ramenée en matière sèche utile, elle est en hausse de 0,6 % comparé à 2023, grâce à l’amélioration des taux en matière protéique. Cette augmentation de collecte est à mettre sur le compte de la très bonne qualité des maïs ensilages récoltés l’année passée. Cependant, cette embellie s’annonce de courte durée, en raison d’une météo très pluvieuse. Les fortes pluies quasi continues depuis le début d’année ont deux conséquences majeures. Tout d’abord, la mise à l’herbe des vaches a été fortement retardée. Bien que les bovins soient désormais presque tous sortis, ils peuvent retourner en bâtiment si la météo est mauvaise ou pour être complémentés à l’auge. En effet, les conditions de pâturage ne sont pas bonnes, les portances dégradées et une herbe trop avancée en stade entraînent une forte inappétence. La montée de lait par vache ne s’est souvent pas faite. La 2ème conséquence concerne les ensilages d’herbe. Ils sont souvent réalisés sur une herbe très haute en tige. La qualité de ces derniers influencera la production laitière à partir de cet été, à l’ouverture des silos. Ainsi, pour avril, on estime un recul de la collecte de 0,5 %, selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer.

Par ailleurs, toujours dans l’Hexagone, la collecte pourrait être perturbée par la reprise de la maladie hémorragique épizootique (MHE) avec le retour du printemps. De nouveaux cas d’animaux malades pourraient être signalés à partir de juin selon GDS France.

Également, la période de forte chaleur de septembre 2023, au-delà de réduire la productivité des animaux, aurait affecté leur fertilité, entraînant potentiellement un décalage dans les vêlages. Il faudra voir quelles en seront les conséquences cet automne.

France : des exportations en progression

Concernant les prix, en mars, celui du lait standard (toutes qualités) en France a atteint 450 €/1.000 l, dans la lignée des mois précédents. En revanche, il est inférieur de 20 € à celui de 2023. Ces tarifs devraient se maintenir dans les mois à venir.

Au 1er trimestre, les exportations de produits laitiers français ont progressé de 13 % comparé à l’année passée en équivalent lait. En premier lieu, les exports de crème ont augmenté, poursuivant la tendance observée en 2022. Les expéditions vers la Belgique, 1er client avec 42 % de part de marché, sont en hausse de 57 %.

CETA : les envois de fromages ont doublé

Toujours concernant les exportations, six ans après l’accord commercial de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (CETA), on remarque que les flux de fromages européens vers ce pays ont progressé. En effet, entre 2016 et 2023, les envois de fromages depuis l’Union européenne à destination du Canada ont été quasiment multipliés par deux, passant à plus de 26.600 t (plus de 87 % par rapport à 2016). En moyenne depuis 2020, la France était à l’origine de plus du quart des exportations (26 %).

Depuis le début de cette année, les flux semblent avoir cependant légèrement ralenti. Sur le 1er trimestre, 4.600 t de fromages européens ont ainsi été expédiées, en léger retrait par rapport aux années précédentes.

Une augmentation mondiale portée par les États-Unis

Au niveau mondial, on constate que les prix du beurre sont globalement orientés à la hausse aussi bien dans l’Union européenne, qu’aux États-Unis ou en Nouvelle-Zélande. En avril, ils oscillaient entre 5.740 €/t en Europe, jusqu’à 6.180 €/t en Océanie, en passant par 6.050 €/t en Amérique du Nord.

Entre début janvier et début mai 2024, les enchères du Global Dairy Trade pour la matière grasse ont enregistré de fortes hausses en termes de prix unitaires, aussi bien pour le beurre (plus 20 %) que pour la matière grasse anhydre (plus 27 %).

Aux États-Unis, les fabrications de beurre ont été en hausse sur chacun des trois premiers mois de cette année. Cette progression rencontre une demande intérieure croissante. En effet, la consommation domestique de beurre sur ce 1er trimestre aux États-Unis affichait une hausse substantielle, à plus de 239.000 t.

Malgré la progression de ses fabrications, la demande étasunienne en beurre et butter-oil participe à la progression des cours sur le marché mondial. Ainsi, au premier, trimestre, les importations des États-Unis ont affiché une nette hausse : plus 4.000 t ou une augmentation de 19 % comparé à l’année passée. Si l’Indonésie était également à l’achat avec plus 2.000 t (soit 44 % par rapport à l’année passée), les autres principaux importateurs ont été moins actifs sur le marché mondial. C’est notamment le cas de la Chine, 1er acheteur mondial mais qui connaît des difficultés économiques. 107.000 t ont été importées par le pays depuis le début de l’année, soit mois 10 % comparé à l’année passée. En Australie également, les importations ont reculé de 25 %, et c’est le même constat pour le Royaume-Uni avec 26 % de moins.

La demande plus limitée pèse sur les cours

Contrairement au marché du beurre et des matières grasses, les cours de la poudre maigre sont globalement orientés à la baisse, bien que l’ampleur de celle-ci soit limitée. Ils oscillaient entre 2.350 et 2.400 €/tonne. Entre début janvier et début mai, le prix des enchères du Global Dairy Trade pour la poudre maigre affichait un recul contenu de 2,4 %.

Cette baisse de prix est liée à un recul de la demande mondiale alors que l’offre est globalement contrainte depuis le début de l’année.

Ainsi, les fabrications de l’UE ont fortement baissé au premier trimestre, de 11.000 t soit 3 % de moins par rapport à 2023. Aux États-Unis, elles ont même chuté plus fortement avec une diminution de 16 % comparé à l’année passée. Une partie du lait collecté a notamment été réorientée vers les fabrications fromagères tandis que la collecte a légèrement reculé de 1 % sur le premier quart de l’année.

Notons que plusieurs importateurs majeurs sur le marché mondial de la poudre maigre ne sont plus aux achats depuis le début de l’année. C’est le cas notamment de la Chine, 1er acheteur mondial. Après un deuxième semestre 2023 à la baisse, les importations de poudre maigre ont à nouveau reculé (moins 28 %) au premier trimestre de cette année.

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