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La ferme du Crepa-Carah explore le lait sous tous ses angles, de la vache à la vente

Le lait, de sa production à sa vente, en passant par sa transformation, était à l’honneur lors d’un des « Rendez-vous en terre agricole », une série d’activités et de conférences visant à mettre en lumière les agriculteurs de la province du Hainaut et leur savoir-faire. L’occasion de visiter la ferme expérimentale et pédagogique du Crepa-Carah, un endroit au service des étudiants, mais également des agriculteurs.

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Située dans les campagnes athoises , cette ferme accueille enseignants, élèves, experts et agriculteurs. Un site pédagogique grandeur nature où l’on peut explorer toutes les facettes d’une exploitation agricole. Il n’est donc pas surprenant d’y trouver des étables ainsi qu’un magasin où acheter du fromage, un produit fabriqué directement sur place avec le lait de la trentaine de vaches de l’exploitation. Au total, la ferme en produit environ 240.000 l par an, dont une partie est destinée à une laiterie, tandis que 20.000 à 25.000 l sont utilisés pour la transformation fromagère. « Notre objectif n’est pas de produire beaucoup puisque notre mission est davantage pédagogique », explique Christophe Hut, responsable de la production et de l’élevage du site.

En plus du lait de vache, la ferme travaille également avec des chèvres, afin de se rapprocher des réalités de cet élevage. « Nous avons d’ailleurs donné une formation pour ceux qui souhaitent se reconvertir dans les secteurs ovin et caprin. Il s’agit d’une production que l’on peut démarrer très rapidement avec deux chèvres, puis agrandir progressivement tout en maîtrisant tous les maillons de la chaîne. Cela permet de se lancer sans directement devoir investir dans de grosses infrastructures », ajoute-t-il.

Durant tout ce parcours, ce site de la Province du Hainaut accompagne les agriculteurs, qu’ils soient novices ou expérimentés, comme rappelé lors de la conférence intitulée « Découvrez le lait sous tous ses angles ». L’opportunité d’aborder différentes thématiques telles que la gestion du troupeau, les démarches liées aux aides à l’installation et aux investissements relatifs à la production et à la transformation laitière, ou encore les certifications dans ce secteur.

Les facteurs à tenir à l’œil pour obtenir un produit de bonne qualité

« Nous travaillons dans une ferme, nous rencontrons donc les mêmes problèmes que les éleveurs », explique Christophe Hut, en indiquant les facteurs qui influencent la qualité du lait. Citons l’alimentation, l’environnement, la technique de traite, les vaches et le stockage du lait.

Au niveau de la nourriture, l’expert souligne qu’il est primordial de bien connaître les aliments utilisés dans la ration des animaux et de les stocker correctement puisque différentes techniques de conservation sont possibles. Concernant les plantes-racines, comme les betteraves, les pommes de terre, ou encore les racines de chicons, elles sont intéressantes, mais il est essentiel de bien les manipuler. « Par exemple, dans notre ferme, nous avons abandonné la betterave, car elle amenait trop de terre dans la ration ».

De plus, ici, la récolte des aliments (herbe et maïs) est principalement réalisée avec une ensileuse. La détection de métaux permet d’éviter la présence de résidus indésirables et dangereux pour les bêtes, comme des canettes jetées dans les champs.

Pour les producteurs laitiers, le bâtiment est aussi un élément crucial. Il faut, par exemple, se poser des questions telles que « La place est-elle suffisante ? », « Si l’on travaille en aire paillée, la paille sera-t-elle de bonne qualité ? ». Au niveau des prairies, le site pratique le pâturage tournant. Par ailleurs, les vaches peuvent accéder aux pâtures après être passées par le robot de traite.

Si la race, la génétique, l’âge des animaux, et le tarissement sont également essentiels pour la qualité du lait, l’exploitation ne travaille qu’avec des Pie noire Holstein. Par ailleurs, l’endroit n’accueille pas de taureaux. Le Crepa-Carah a recours uniquement à l’insémination artificielle, axant la sélection sur des animaux porteurs du gène sans cornes.

Les producteurs de lait doivent aussi faire attention au stockage. Cela comprend des éléments comme le tank à lait et la gestion du ballon tampon, « qui peut vite se révéler complexe », mais aussi le nettoyage, avec une eau à bonne température, et des produits adaptés.

« L’un des problèmes que l’on peut aussi rencontrer en transformation fromagère est la contamination butyrique, au champ et à la ferme ». Pour éviter ce problème au champ, il faut être attentif aux réglages des machines, aux épandages de lisier et composts tardifs, à l’ébousage surtout par temps sec et aux conditions climatiques lors de la récolte. À la ferme, l’hygiène reste un maître mot : « Par exemple, nos vaches passent par un endroit boueux pour rejoindre la prairie. Il faudra donc bien nettoyer leurs pis avant la traite ».

L’exploitation ne travaille qu’avec des Pie noire Holstein et a recours à l’insémination artificielle.
L’exploitation ne travaille qu’avec des Pie noire Holstein et a recours à l’insémination artificielle. - D.T.

Focus sur le sorgho, une alternative au maïs

Comme indiqué précédemment, l’alimentation du bétail est capitale. Grâce au service expérimentations et avertissements, plusieurs cultures sont étudiées pour permettre aux agriculteurs de choisir l’espèce et la variété la plus appropriée, en fonction notamment de leur valeur nutritive.

Ainsi, outre le maïs, Mathieu Bonnave, ingénieur agronome dans ce service, a fait le point sur le sorgho. « Depuis environ deux ans, nous réalisons des essais variétaux à ce sujet. Il s’agit d’une plante intéressante comme alternative au maïs. » Parmi ses atouts, cette céréale possède des besoins moindres en eau. « Il en faut un peu au démarrage, puis une fois la croissance entamée, elle produit beaucoup de biomasse. Elle pousse aussi haut, voire plus haut, que le maïs. Il s’agit donc d’une culture avec un bon développement, adaptée pour les années sèches et les sols filtrants. » Autre avantage ? Elle ne fait quasiment pas l’objet d’attaque par les sangliers.

Cependant, son rendement en matière sèche (entre 15 et 20 t/ha en 2023) et sa valeur alimentaire (602 à 861 VEM/kg M.S. l’année passée) sont inférieurs à ceux du maïs. De plus, en cas de pâturage, le sorgho doit atteindre une hauteur de 60 cm minimum, afin d’éviter tout risque de toxicité pour le bétail.

Autre inconvénient ? Contrairement au maïs, le sorgho est moins appétant pour les animaux. Mathieu Bonnave souligne également que d’autres pistes d’alimentation sont pertinentes pour les troupeaux, comme la luzerne et le méteil.

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