Accueil Elevage

Les porcs et les Angus de Biofarm: le mélange gagnant de cette ferme familiale

Situé entre Marche et Bastogne, dans le hameau de Cens à Tenneville plus précisément, Biofarm a pour slogan : « On n’exploite pas nos terres et nos animaux, mais nous les cultivons et les élevons ». Une philosophie bien ancrée au sein de la ferme de Patrick Feller et Vanessa Bruyninckx. Ce couple a misé sur les porcs et les Angus pour faire fleurir son activité certifiée biologique.

Temps de lecture : 5 min

La convivialité : c’est le premier mot qui vient à l’esprit lorsqu’on se rend chez Patrick Feller et Vanessa Bruyninckx. Au volant de son quad, le maître des lieux a accepté de nous faire visiter son exploitation. L’opportunité de montrer ses terres. Un paysage luxembourgeois, où s’entremêlent les zones boisées et les différentes cultures, redessiné suite au nouvel aménagement agricole de Tenneville et Erneuville. Ce remembrement vise à réorganiser les parcelles afin, notamment, de faciliter le travail des agriculteurs. Grâce à ce dernier, le couple pourra planter des haies sur ses terrains, afin de ramener de la biodiversité dans les prairies, mais aussi d’offrir des abris naturels aux animaux, lors de période de sécheresse et de grand vent, par exemple.

Plusieurs spéculations avant de trouver les bonnes

Ces haies sont un projet parmi d’autres pour ce couple soudé qui a su surmonter les difficultés pour faire prospérer son activité. C’est en 1996 que Patrick Feller reprend le flambeau de la ferme familiale. Pendant plusieurs années, ce véritable entrepreneur découvre, teste et se lance dans diverses spéculations : des autruches aux moutons en passant par les ânes et les poneys. En 2007, il arrête définitivement la traite, et revend son quota laitier. « On ne gagnait pas sa vie », confie-t-il. Il se lance alors dans l’agriculture biologique, et décide de suivre des cours de boucherie à Namur. « Au départ, je travaillais avec des porcs élevés en plein air en conventionnel. À l’époque, j’y ai vu une belle opportunité, mais ce n’était pas rentable ». Finalement, après des hauts, et des bas, l’éleveur a su faire des choix, et en 2019 il a construit une porcherie avec un accès sur une cour extérieure. « Nous avons aussi la création d’un parcours enherbé en projet », ajoute-t-il.

Un croisé Sattelschwein avec du Piétrain, pour du goût et du volume

« Actuellement, nous possédons 25 truies en circuit fermé. L’avantage du bâtiment est que les animaux peuvent être à l’abri été comme hiver. Et, je suis d’avis que les bêtes s’en portent mieux que lorsqu’elles vivent uniquement à l’extérieur, surtout quand on voit les dernières conditions météo… ». Concernant leur alimentation, les porcs consomment des céréales produites sur place : triticale, escourgeon, orge et avoine de printemps. « Nous essayons de travailler en autonomie maximale, du moins lorsque le climat le permet. Cette année devrait être très bonne pour les cultures. Les cochons sont dans le bâtiment depuis 2020, et maintenant les terrains commencent à répondre favorablement aux épandages de lisier ».

Pour les naissances, les truies mettent bas dans des cases individuelles, et restent dans leur niche pendant dix jours. Les portées sont en moyenne d’une douzaine de porcelets, avec un taux de mortalité d’environ 10 % à la naissance. Après cette période, les animaux sont rassemblés, et les truies allaitent de façon groupée. Le sevrage est réalisé autour de 40 jours, soit le plus tard possible. Par ailleurs, les éleveurs travaillent en différents lots, afin d’avoir des naissances toutes les trois semaines.

À l’âge de six à sept mois, soit à un poids d’environ 130 kg, les porcs partent à l’abattoir. La ferme travaille avec la coopérative Porcs Qualité Ardenne.

Enfin, les truies ont deux mises bas par an, et les saillies se déroulent naturellement avec les deux verrats présents sur la ferme. « Mais il n’y en a qu’un qui travaille réellement », sourit Patrick Feller.

Ce dernier est de race Piétrain. « Les truies sont croisées Landrace-Sattelschwein. Le Sattelschwein est une race allemande réputée pour sa rusticité. Ajouter du Piétrain sur ce croisement permet d’amener de la viande sur la carcasse. Finalement, nous avons donc réussi à obtenir un mélange qui plaît au client, avec du goût et suffisamment de volume. Nous arrivons à 60,80 % de rendement viande maigre sur la carcasse », indique Vanessa Bruyninckx.

Les truies mettent bas en niche individuelles  et sont ensuite regroupées.
Les truies mettent bas en niche individuelles et sont ensuite regroupées. - D.T.

Et au niveau du goût ? « C’est simple, c’est le meilleur ! », affirme l’agriculteur. Sa femme complète : « Les personnes qui viennent au magasin pour le tester, reviennent car elles disent avoir retrouvé la saveur du cochon que leurs parents faisaient avant. C’est comme une madeleine de Proust ».

L’éleveur a d’abord testé le plein air, conventionnel.  À présent, il est en bio, avec une cour extérieure  pour les bêtes.
L’éleveur a d’abord testé le plein air, conventionnel. À présent, il est en bio, avec une cour extérieure pour les bêtes. - D.T.

Se diversifier avec les vaches écossaises

Outre les porcs, ces agriculteurs ont aussi misé sur les Angus pour se diversifier. Les premières sont arrivées à la ferme en 2009. « Pour la boucherie, il fallait de la viande bovine. C’est nécessaire pour les préparations et répondre à la demande. De plus, nous avions des prairies que nous pouvions exploiter. » Afin d’être certains de choisir la bonne race, ces Tennevillois ont réalisé plusieurs recherches. Ces vaches écossaises sont finalement ressorties du lot après avoir consulté les résultats d’une étude comparative sur les qualités gustatives des différentes bêtes. « Il s’agit d’une des seules races au monde sélectionnées uniquement pour la qualité de sa viande », souligne l’éleveur. Rouges ou noires, leur goût est, en tout cas, apprécié par les clients de la boucherie.

L’exploitation possède 30 vaches de race Angus et un taureau reproducteur.
L’exploitation possède 30 vaches de race Angus et un taureau reproducteur. - D.T.

De plus, réputées comme rustiques et résistantes aux maladies, avec un vêlage naturel, elles se prêtent bien à l’agriculture biologique.

« Nous possédons 30 vaches et un taureau reproducteur. Les veaux restent sous leur mère durant sept mois. Les mâles sont engraissés jusqu’à l’âge de deux ans et demi », continue sa femme. En pâture toute l’année, avec un accès intérieur lorsque la météo n’est pas clémente, les bêtes sont nourries à l’herbe et au foin. Un mode de vie naturel qui semble leur convenir, comme le prouve le plus vieux bovin de l’exploitation âgé de 17 ans !

« Pour nous, l’important n’est pas uniquement le rendement. D’autres facteurs entrent en jeu comme le bien-être des animaux, mais aussi oeuvrer pour le futur, comme c’est le cas avec les haies. En agissant de la sorte, nous pensons à l’avenir des prochaines générations », conclut cette agricultrice, maman de trois enfants.

A lire aussi en Elevage

Le projet AgriClimate entend accroître la résilience des fermes

Cultures Au cours des quatre prochaines années, 13 partenaires belges et français vont s’unir autour du projet transfrontalier AgriClimate dont l’objectif est de rendre les exploitations en grandes cultures et les élevages bovins plus résilients et respectueux de l’environnement. En toile de fond, ils s’intéresseront à la mesure et à la réduction de l’empreinte carbone des fermes et au stress thermique des cheptels.
Voir plus d'articles