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En ferme et au champ: prévenir les risques d’incendie grâce à quelques adaptations

La prévention des incendies en ferme et au champ passe essentiellement par la gestion de leurs causes. C’est ce que nous rappelle Christophe Hut, responsable de la production et de l’élevage de la ferme du Crepa-Carah. Les connaître permet d’anticiper un éventuel problème et de mettre en place des dispositifs pour les éviter.

Temps de lecture : 7 min

L’année dernière, les récoltes précoces de fourrages riches en sève ont fréquemment donné lieu à des incendies. Des événements qui invitent à la remise en question puisqu’ils mobilisent souvent des moyens humains et matériels importants en plus des énormes pertes économiques qu’ils engendrent. Les sources de ces incendies relèvent souvent de causes classiques. « Il paraît redondant de les rappeler, pourtant, ce sont bien elles qui se répètent régulièrement et il n’est pas inutile d’essayer de les contourner. Toute ferme présente des points litigieux et personne n’est à l’abri d’un problème mais quelques précautions sont faciles à adopter », explique Christophe Hut.

Entretenir son matériel et ses bâtiments

Parmi les causes les plus courantes d’incendie rencontrées à la ferme, on trouve les véhicules en fonctionnement. « Il peut s’agir d’étincelles d’échappement ou produites par le frottement des dents de fourches sur le sol lors de la manipulation des ballots. La propreté du véhicule autour des parties moteur et échappement peut aussi avoir un impact ou générer des courts-circuits. L’installation d’un coupe-circuit est une bonne précaution à prendre, même si mécaniquement cela peut parfois poser problème. Enfin, les fuites de fluides telles que de mazout ou d’huile peuvent amplifier le phénomène. ».

L’état des bâtiments avec des défauts dans l’installation électrique, des toitures non hermétiques ou encore des aires de stockage ou remplissage du carburant mal disposées peuvent aussi être la source de départ de feu : « Un fil électrique raccordé sur le hangar ou autour d’une meule peut produire des étincelles. Il arrive aussi que l’on endommage les éternites en rangeant les ballots, l’eau peut alors passer et c’est source d’échauffement ».

L’entretien des toitures est essentiel. Des fissures pourraient laisser passer l’eau et créer des foyers d’échauffement.
L’entretien des toitures est essentiel. Des fissures pourraient laisser passer l’eau et créer des foyers d’échauffement. - D.J.

Il est également opportun de prendre toutes les précautions nécessaires lors des travaux de soudure et de meulage : « Nous devons malheureusement souvent procéder dans la précipitation et on en oublie de prendre toutes les précautions nécessaires ».

L’intervention humaine accidentelle – lors de jeux d’enfants ou l’abandon de cigarettes par exemple – ou criminelle est évidemment une autre source de problème. « Mais parfois, il s’agit aussi de l’intervention des animaux. Il y a peu, des chèvres avaient poussé leur lampe chauffante vers la réserve de foin. Nous sommes passés à côté de la catastrophe ».

Les animaux peuvent provoquer des incidents. Pour exemple, ce départ de feu provoqué par une lampe chauffante déplacée par des chèvres.
Les animaux peuvent provoquer des incidents. Pour exemple, ce départ de feu provoqué par une lampe chauffante déplacée par des chèvres. - D.J.

Laisser sécher les pailles vertes

Enfin, l’une des causes importantes d’incendies est l’échauffement des fourrages ou pailles.

« Du fait des nouvelles générations de fongicides et du climat qui a tendance à saisir le grain, les récoltes de pailles sont plus compliquées ces dernières années. Le grain est à maturité mais les pailles sont souvent encore vertes et on doit presque les sécher comme du foin. Les phénomènes de grêles peuvent entraîner des repousses qui sont vertes à la récolte. Les bords de parcelles plus humides ou comportant plus de végétations étrangères peuvent aussi constituer un problème. Tous ces cas de figure peuvent être des sources d’échauffement et d’autocombustion. Le seul vrai conseil qu’on peut donner est de laisser sécher la paille au champ deux ou trois jours avant de ballotter et de faire attention aux zones ombragées, aux emplacements des tas de betteraves semés plus tard ou aux traces de pulvérisation. La taille de l’andain aura aussi un impact sur l’humidité de la paille ou sa capacité à sécher. Néanmoins, l’échauffement est moins fréquent en paille qu’en foin car la matière est moins riche mais ce n’est pas pour cela qu’on n’aura jamais aucun problème ».

Agir selon le type et l’humidité du fourrage

Dans le cas du foin, les espèces utilisées, la fertilisation, la période et la technique de récolte ainsi que le climat peuvent avoir un impact sur les possibilités d’échauffement. « On va avoir plus ou moins de risques suivant les espèces choisies. La luzerne, par exemple, n’est pas aussi sensible car elle a une tige creuse et ses ballots sont souvent moins pressés. Selon les espèces, la durée pour sécher va être plus ou moins longue et les taux d’humidité seront différents. On peut aussi améliorer les conditions d’évolution de la matière sèche grâce aux techniques de récolte et aux options présentes sur les machines utilisées. Le conditionneur éclate la plante et permet, par exemple, d’évacuer l’eau plus rapidement. Les capteurs d’humidité sur les presses donnent une bonne idée du travail que l’on est en train de réaliser et s’il est pertinent de continuer. Il ne faut pas hésiter non plus à faire varier la densité en fonction de ce qu’on peut observer au champ ou privilégier les ballots ronds dont la densité est moindre. Ça ne signifie pas qu’on peut récolter mouillé mais ça nous laisse une marge de manœuvre ». Et d’ajouter : « Il existe aussi des sondes manuelles avec lesquelles on peut contrôler l’humidité des premiers ballots sortis de la machine. Sans sonde, la chaleur qui se dégage des dents de fourche qui viennent d’être piquées dans un ballot douteux peut aiguiller sur un éventuel souci ».

Lors de la récolte ou durant le stockage, les sondes peuvent se révéler un outil d’aide à la décision bien pratique.
Lors de la récolte ou durant le stockage, les sondes peuvent se révéler un outil d’aide à la décision bien pratique. - D.J.

Le climat aura aussi un effet déterminant sur la récolte et il est parfois pertinent de se diriger vers le préfané pour assurer un stockage de qualité et en toute sécurité.

Connaître sa parcelle

Au champ, les incendies peuvent se déclarer pour des causes similaires (interactions avec le matériel, intervention humaine…) qu’en ferme ou du fait d’événements extérieurs telle que la présence de débris translucides associée à une période d’extrême sécheresse.

Des moyens de prévention existent aussi mais, ils passent souvent par des gestes d’expérience, appris au fil du temps et sur le terrain par l’agriculteur : « Le toucher, l’odeur, le bruit de l’herbe ou de la paille nous apprennent beaucoup de choses mais ce sont des connaissances qui se transmettent en direct et pas à travers les chiffres. C’est pour cela qu’il est important d’en parler aux jeunes. Il y a aussi la connaissance de la parcelle avec ses zones plus scabreuses ou la présence d’arbres que seul celui qui exploite peut connaître ».

Et au stockage ?

Après stockage, on conseille une surveillance accrue de la récolte les premières semaines : « Les incendies se déclarent en général dans les deux ou trois semaines, sauf en cas de problème matériel dans les bâtiments. Une observation régulière des meules et de l’odeur permet d’avoir une idée de ce qui se passe. On peut aussi utiliser les sondes pour avoir une idée de l’évolution des températures et de l’humidité des ballots et, éventuellement, identifier un changement de comportement. Attention néanmoins que la sonde soit correctement étalonnée ».

En cas de doutes, il peut être utile d’espacer les ballots : « Néanmoins, selon la situation, cela peut être source de courants d’air et d’apport d’oxygène qui attisent le feu. Quand cela est possible, certains stockent en deux phases. Les ballots sont entreposés dans une étable libre et sont ensuite manipulés une seconde fois quand tout est hors de danger. D’autres conservent le fourrage en meules extérieures avec des dispositifs de protection supérieurs qui sont de plus en plus efficaces. Il est aussi conseillé d’écarter les ballots douteux pour la consommation directe ».

D’autre part, les pompiers recommandent souvent le cloisonnement, avec une séparation totale du matériel, des animaux et des fourrages. En pratique, cela se révèle souvent hasardeux.

En cas d’urgence

Si, malgré toutes ces précautions, un incendie se déclare, il sera nécessaire d’appeler le 112 en communiquant l’adresse complète mais aussi des détails sur l’événement afin que les pompiers puissent se présenter avec le matériel et le personnel adéquats. Si l’accès est difficile, il est conseillé de le préciser ou d’orienter les hommes du feu afin d’éviter de perdre des minutes précieuses.

Pour orienter les pompiers, les citernes d’eau et leur volume peuvent être clairement signalés.
Pour orienter les pompiers, les citernes d’eau et leur volume peuvent être clairement signalés. - D.J.

Les sources d’eau potentielles seront également indiquées : « Il est d’ailleurs recommandé de signaler les citernes d’eau par un panneau et de vérifier régulièrement l’accès aux bouches d’incendie ou à ces sources d’eau ainsi que de communiquer les volumes disponibles. Ces petits détails peuvent faire gagner du temps lors d’un incendie ».

Delphine Jaunard

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