Philippe et Charles Van Eyck, des éleveurs connectés!
Après le Milk Days en 2023, c’est au tour de l’élevage viandeux d’être au cœur de l’attention avec les Beef Days. Organisée par l’Awé, avec le soutien de l’Agence du numérique, cette journée était l’opportunité de faire le point sur des thématiques techniques, mais surtout de mettre en lumière la panoplie d’outils numériques à disposition des éleveurs. Des agriculteurs toujours plus connectés, comme Philippe et Charles Van Eyck. Pour eux, c’est certain : innovation rime avec une gestion efficace de leur troupeau de Blanc Bleu Belge !

C’est au sein de la ferme d’Argenton à Lonzée (Gembloux) que se sont tenus les Beef Days. Une exploitation au cachet exceptionnel, située dans une ancienne abbaye datant de 1100. C’est ici que vivent les 500 bovins Blanc Bleu Belge de Philippe et de son fils Charles Van Eyck. Chaque année, ceux qui portent les casquettes de naisseurs, éleveurs et engraisseurs dénombrent environ 200 vêlages. Et en cette journée pluvieuse de septembre, ils ont accepté d’ouvrir les portes de leur domaine pour cet événement dédié aux bovins viandeux, et de partager leur expertise dans la conduite d’élevage… connectée !
En effet, ces deux agriculteurs ont franchi le cap de l’innovation pour gérer au mieux leurs animaux. « Il y a déjà 30 ans que j’utilise Ariane, un programme de gestion de troupeau dans lequel j’encode l’ensemble des données. Je suis l’un des premiers éleveurs à l’avoir adopté, et j’ai suivi toute son évolution, en passant de l’ordinateur au smartphone. J’utilise cette plateforme toute la journée. Dès que je vois un animal, j’enregistre son numéro de boucle et j’obtiens toutes les informations : son état, ses vêlages, son âge, etc. Je suis aussi connecté à my@wenet pour obtenir des renseignements directement ». Bref, une véritable carte d’identité digitale des bêtes en quelques clics.
Pour détecter leurs chaleurs…
Par ailleurs, l’agriculteur ne s’est pas arrêté en si bon chemin puisqu’il a décidé d’ajouter une autre corde à son arc il y a trois ans, avec les colliers SenseHub d’Inovéo. Son objectif principal ? Détecter les chaleurs. « Nous possédons 50 colliers, reliés à un émetteur. Je reçois toutes les informations directement sur mon téléphone », poursuit Philippe Van Eyck. Ce collier analyse ainsi l’ensemble des données zootechniques (mouvements, rumination…). Dès qu’une différence est détectée, l’outil alerte l’éleveur, qui peut alors savoir si son animal est en chaleur ou en mauvaise santé.
« En consultant ces messages une ou deux fois par jour, je parviens à suivre tous les bovins équipés de colliers et je sais prévoir l’insémination ». Une fois que les vaches sont diagnostiquées pleines via une échographie à cinq semaines, ce dernier est retiré pour être utilisé sur une autre femelle. « Il faut compter environ dix jours pour qu’il étudie la nouvelle vache avant de pouvoir transmettre les renseignements ».
Surpris par la fiabilité de ces outils
La ferme d’Argenton est une exploitation de polyculture-élevage. Côté cultures, on y retrouve des pommes de terre (production de plants), des céréales, du maïs et des betteraves. Des légumes y sont également cultivés (haricots, épinards et fèves des marais), grâce à l’installation d’un réseau d’irrigation. « Cela représente des périodes de travail intense, et durant ces jours-là, nous avons évidemment moins de temps à consacrer à l’observation du troupeau.
De plus, cet éleveur assure faire pleinement confiance à ces innovations, devenues indispensables à la ferme. « J’ai été surpris par la fiabilité des systèmes. Ils fonctionnent sur tous les bovins »
Père et fils misent aussi sur la génomique qui, selon l’Awé, séduit de plus en plus de professionnels. Cette sélection utilise l’information contenue dans l’ADN des bêtes, combinée au pedigree et performances pour estimer le potentiel génétique. Aujourd’hui, plusieurs index génomiques existent déjà pour divers critères (poids-carcasse, fertilité, âge au premier vêlage, morphologie…), et d’autres pourraient bientôt voir le jour, comme les aptitudes maternelles ou l’efficience alimentaire.
« Nous sommes parmi les fermes pilotes. Nous avons aidé l’Awé à collecter toutes les données et, en retour, elle nous fournit les informations génomiques sur notre troupeau. Depuis que nous fonctionnons de cette façon, il nous est impensable de faire autrement. Les résultats sont là », conclut Philippe Van Eyck, utilisateur également du logiciel de conseil d’accouplement disponible sur la plateforme de l’Association des éleveurs.
Un cap à franchir
Bien entendu, tous ces outils ont un coût. Comptez, par exemple, 39 € pour le génotypage d’une femelle et 88 € pour un mâle. Alors, est-ce que ça en vaut la peine ? Pour la ferme d’Argenton, le jeu en vaut la chandelle. Et ils ne sont pas les seuls à le penser puisque d’autres éleveurs ont décidé profité de l’événement pour se lancer dans l’aventure numérique.
Parmi les 260 participants aux Beef Days, se trouvait Bernard Scohiez, propriétaire d’une ferme de Blanc Bleu Belge à Leuze-en-Hainaut. « Je suis venu aujourd’hui pour obtenir plus de renseignements sur les colliers de détection des chaleurs. Je m’informe à ce sujet depuis la Foire de Libramont ». Désormais convaincu, il équipera bientôt ses vaches de ce matériel.