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Des rendements en pommes de terre frustrés par les dates de plantations mais une production commercialisable supérieure

Malgré des rendements et une qualité plus ou moins fortement impactés par la période de plantation en fonction des variétés, la Fiwap estime la production brute 2024 a 4,55 Mt. Cette année, la production belge commercialisable serait supérieure de 2,5 % au volume récolté l’an dernier, et 7 % supérieure à la moyenne des cinq dernières années.

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En variétés de conservation, les plantations ont eu lieu en moyenne trois semaines plus tard que les années précédentes. En 2023 également, la plantation a eu lieu tardivement, mais cette année, l’étalement des travaux a été exceptionnel. Un faible pourcentage a été implanté à la fin du mois d’avril, et une partie en mai. On estimait au 1er juin que la moitié des surfaces restaient à implanter. Les dernières plantations ont eu lieu début juillet. La date moyenne de plantation a été estimée au 25 mai, semblable à 2023.

De nombreuses parcelles ont connu de graves problèmes de levée, conséquence de la dégradation du plant lors de la longue période d’attente entre la sortie frigo et la plantation, mais aussi localement de pluies battantes en mai qui ont refermé les buttes. Des parcelles ont ainsi été retournées tant le peuplement était insuffisant pour justifier les frais ultérieurs de culture.

Petit rattrapage en juillet-août mais…

Les mois de juillet et d’août ont été très poussants et ont permis un certain rattrapage du temps perdu en début de saison. Les parcelles plantées en mai ont régulièrement été défanées la troisième semaine de septembre, les parcelles plantées plus tardivement seulement fin septembre et début octobre. En Markies en particulier, variété plus tardive encore, les producteurs ont aussi recouru au défanage mécanique (voire n’ont pas défané) pour gagner encore quelques jours de croissance et venir à bout du feuillage parfois encore vigoureux.

Après environ 100 jours de croissance pour les variétés (semi-)précoces et à peine 120-130 jours de croissance pour les variétés tardives, la saison de croissance 2024 était déjà terminée.

Les résultats des suivis et échantillonnages

Pour clôturer la saison de récolte des pommes de terre, des échantillonnages ont à nouveau été menés par la Fiwap et le Carah en Wallonie et par Inagro, Viaverda, BDB et Vlaamse overheid en Flandre sur la production finale (après défanage complet).

Le suivi de Fontane, principale variété produite en Belgique a eu lieu toutes les 2 semaines jusqu’au défanage. Challenger, Innovator, Bintje et Markies sont par contre échantillonnées une seule fois (après défanage). Le rendement brut échantillonné (tous les kilos prélevés) est réduit de 15 % (au lieu de 20 %) pour tenir compte des pertes au champ, pour s’adapter à la réalité du terrain (plantations GPS, parcelles plus grandes…).

En Fontane, un potentiel frustré

Avec une date moyenne de plantation au 25 mai en Fontane, les défanages ont été également plus tardifs que d’habitude à une date moyenne au 25 septembre, soit après 122 jours de croissance et 26 jours de moins que la moyenne pluriannuelle. Fon tane n’a sans doute pas pu exprimer tout son potentiel cette année malgré une croissance très régulière.

Elle atteint un rendement final estimé à 44,8 t/ha (en retirant 15 % du rendement brut prélevé), soit de l’ordre de 3 t/ha de moins que la moyenne des 5 dernières années, avec un grand écart entre les parcelles plantées en avril (plus de 60 t/ha), en mai (47 t/ha de moyenne) et en juin (39 t/ha).

Le calibre est correct avec 82 % de 50 mm+, très variable entre 58 % et 95 %, et 1 seule parcelle sous les 60 %. Le PSE moyen atteint 395 g/5 kg, très inférieur à la moyenne pluriannuelle, très variable entre 333 et 480 g/5 kg, et avec 4 parcelles (sur 36) en dessous du seuil de 360 g/5 kg.

La tare pomme de terre est très faible (2,4 % en moyenne), avec très peu de pourries malgré la pression très élevée du mildiou et les pluies abondantes tout au long de la croissance. L’indice friture est très bon (moyenne de 1,8, identique à la moyenne pluriannuelle).

Challenger se maintient

Challenger atteint finalement un rendement moyen très semblable à la moyenne pluriannuelle, également très variable selon la période de plantation. Avec 2 tubercules par plante en plus, la grosseur est un peu plus faible qu’en Fontane. 1 parcelle (sur 16) n’atteint pas 60 % de 50 mm+. Le PSE moyen est élevé sans être excessif, avec également 1 parcelle sur 16 sous le seuil de 360 g/5 kg. La tare pomme de terre reste faible à 3,7 % de moyenne. La qualité de friture est excellente (indice moyen de 1,6).

Innovator et un rendement final supérieur à la moyenne pluriannuelle

Le rendement final atteint 47,0 t/ha, supérieur de 5 t/ha à la moyenne des 5 dernières années, et semblable à 2023 et 2021. Le calibre moyen est correct (83 %) et le PSE modéré (380 g/5 kg) avec 1 parcelle (sur 5) sous les 360 g/5 kg.

La tare pomme de terre moyenne est estimée à près de 7 %, semblable à l’an dernier, et essentiellement due aux difformes et aux vertes. L’indice friture est excellent (moyenne de 1,0).

Bintje, forte influence de la date de plantation

Bintje montre un rendement final supérieur à la moyenne pluriannuelle, avec un calibre et un PSE moyens semblables aux chiffres « normaux ». Le rendement varie extrêmement fort selon la période de plantation, entre 24 et 64 t/ha. 5 parcelles (sur 14) n’atteignent pas la barre des 60 % de 50 mm+, et 2 parcelles restent sous le seuil de 360 g/5 kg. Ces 2 critères peuvent donc poser quelques problèmes de valorisation. La tare est quasi absente (moins de 2 %) et l’indice friture est très bon (moyenne de 1,6).

Markies est incomplète

Markies ne totalise que 125 jours de croissance, c’est très peu pour une variété tardive. Le rendement en a été pénalisé, avec seulement 47 t/ha au final, variant très largement entre 20 et 59 t/ha. Calibre et PSE sont également « incomplets » par rapport au potentiel de la variété, avec des valeurs moyennes plutôt faibles : 79 % pour le gros calibre (toutes les parcelles au-dessus de la norme) et 385 g/5 kg pour le PSE (2 parcelles sous la norme de 360 g/5 kg). Markies montre très peu de tare (moins de 2 %), et un indice friture correct (moyenne de 1,9, la plus élevée des 5 variétés suivies).

 

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Variétés hâtives Amora et Sinora

La variété hâtive Amora a été plantée trois semaines plus tard que d’habitude, avec un écart de six semaines entre les parcelles échantillonnées. Seuls quelques champs ont été irrigués une fois au début du mois de juillet. Dès le 1er prélèvement (10 juillet), une nette différence entre les parcelles plantées durant la première moitié du mois d’avril et celles qui n’ont été plantées qu’autour du 12 mai a été observée. L’écart était de plus de 35 jours de croissance, menant à une différence de rendement de 31 tonnes/ha. Lors du dernier échantillonnage à la fin du mois de juillet, la différence restait énorme : 60 t/ha pour les parcelles plantées le plus tôt et 38 tonnes/ha pour celles plantées à la mi-mai. La différence est également nette en matière de calibre des tubercules. Pour obtenir un poids sous l’eau suffisamment élevé, il a fallu souvent attendre la deuxième quinzaine de juillet.

Sinora (variété semi-précoce) a globalement été plantée vers la mi-mai alors que les années précédentes, la date moyenne est aux environs de mi-avril. La croissance en début de saison a été très rapide : dès le premier échantillonnage fin juillet, les rendements égalaient la moyenne quinquennale (à la même date). La météo poussante a permis aux parcelles échantillonnées de terminer bien au-dessus de la moyenne pluriannuelle (41 t/ha) avec un rendement brut de 47 t/ha. Côté calibre, la proportion moyenne de 50 mm+ a atteint 76 %, valeur normale pour Sinora. De nombreuses parcelles ont eu du mal à atteindre un poids sous l’eau suffisamment élevé. Finalement le PSE moyen s’est établi à 360 g/5kg, entraînant une qualité de friture un peu plus basse que d’habitude, mais néanmoins correcte en moyenne.

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Production brute belge estimée à 4,55 millions de tonnes

Les 7 variétés suivies couvrent probablement environ 80 % des superficies belges de pomme de terre de consommation. Sur base de ces suivis, et tenant compte d’une estimation prudente à 40,0 t/ha pour les autres variétés de conservation, la production brute 2024 atteint 4,55 Mt.

Pour rappel, l’an dernier la Belgique avait produit 4,85 Mt dont plus de 8 % sont restés non récoltés. La production 2023 commercialisée avait donc finalement été estimée à 4,44 Mt.

Cette année donc, la production belge commercialisable (si tout est finalement récolté) est supérieure de 2,5 % au volume récolté l’an dernier, et 7 % supérieure à la moyenne des 5 dernières années. Comme chaque année ces chiffres seront affinés par les rendements issus de la prochaine enquête des stocks prévue au 15 novembre.

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