Accueil pommes de terre

Chez Hans Roskams, les maîtres mots sont pommes de terre, fumier et rotation longue

Hans Roskams, agriculteur dans le village d’Everberg, dans la commune de Kortenberg en Brabant flamand, pratique un vaste plan de cultures dont les pommes de terre sont une spéculation importante. Il accorde également une grande importance à son sol.

Temps de lecture : 9 min

Hans Roskams possède une exploitation qui est selon ses propres dires, « moyenne », en termes de superficie, de techniques utilisées et de matériel employé. Il souhaite mener l’ensemble de façon réfléchie et raisonnée. C’est ce qu’il nous explique lors de notre échange.

Quelles espèces figurent dans votre plan de culture ?

Cela peut changer d’une année à l’autre en fonction des circonstances et opportunités. L’année dernière, j’ai par exemple cultivé du colza d’hiver, ce qui n’est pas dans mes habitudes. Malheureusement, j’ai subi beaucoup de dégâts occasionnés par les pigeons. En 2024, j’ai mis pour la première fois en place du lin. La demande est apparue dans la région et nous y avons répondu avec quelques agriculteurs. Le lin a été semé tardivement en raison des conditions météorologiques, et nous avons commencé à craindre un peu pour le rendement. Mais, grâce à des pluies suffisantes, les résultats n’ont pas été trop mauvais. Les autres cultures qui entrent dans ma rotation sont l’orge d’hiver, le blé d’hiver, le maïs grain, la betterave sucrière, les pois, les oignons et, la plus importante, la pomme de terre. Je cultive délibérément uniquement le maïs pour le grain car il laisse beaucoup de matière organique dans le sol. Le seul petit inconvénient est que l’on intervient plus tard dans la saison pour semer les céréales d’hiver mais, finalement, cela permet aussi d’étaler le travail.

Le fait de cultiver autant d’espèces différentes ne pose-t-il pas problème ?

Chaque culture occupe une surface à peu près égale, à l’exception des pommes de terre. Il s’agit, entre autres, de répartir les risques, mais aussi de travailler sur la rotation des cultures. Toutes les cultures ne sont pas satisfaisantes chaque année. Dans le cas des oignons, par exemple, il peut y avoir des sécheresses au printemps et les rendements s’en ressentent. En revanche, les prix sont meilleurs. Pour les pommes de terre et les oignons, j’ai parfois des baux saisonniers sur d’autres parcelles, mais ça ne va pas plus loin que les communes voisines. Je ne fais pas beaucoup de kilomètres.

Quelles sont les variétés de pommes de terre produites et pour quelle utilisation ?

En variété ferme, je cultive un peu de Swings. J’ai aussi un peu de Frieslander pour le distributeur automatique de la ferme. Néanmoins, presque toute la surface de la ferme est occupée en Fontane, vendues en contrat et conservées jusqu’en mai-juin. Les oignons sont stockés jusqu’en février-mars. J’en dispose également dans le distributeur automatique. Je ne cultive pas les oignons sous contrat mais en fonction d’un prix de vente moyen. Mon fils aîné a également installé un second distributeur automatique réfrigéré dans le magasin de la ferme pour vendre des fraises, des pommes, des poires, des framboises…

Vous possédez des hangars de stockage modernes…

Auparavant, je stockais des pommes de terre sur terre mais, je suis arrivé à la conclusion que la rentabilité n’était pas bonne. J’ai ainsi voulu les conserver plus longtemps. En 2008, j’ai construit un nouvel hangar de stockage, avec un bâtiment pour machines à côté. Le hangar a été immédiatement équipé d’un caillebotis et d’une chambre de pression arrière. La ventilation se fait donc de l’arrière vers l’avant. Deux ans plus tard, j’ai commencé à cultiver davantage de pommes de terre. J’avais donc besoin d’une plus grande capacité de stockage. Le hangar à machines est entré en scène. Cependant, il n’a pas été construit en pensant au stockage des pommes de terre. Il n’y avait pas d’isolation, pas de ventilation et pas de murs résistants à la pression. Nous avons donc commencé à modifier tout cela. À l’intérieur, nous avons ouvert des compartiments dans le sol en béton pour installer de nouveaux piliers de soutien verticaux afin de construire des murs résistants à la pression. Comme il n’y avait pas de caillebotis mais un sol en béton, des conduits de ventilation en surface ont été installés. Le couloir de pression à l’arrière a été construit en bois par mes soins. Par conséquent, les machines restaient trop souvent à l’extérieur. Un hangar à machines a donc été construit en 2012. Enfin, un nouvel hangar de stockage pour les oignons a été construit en 2020. Celui-ci diffère quelque peu de ceux destinés aux pommes de terre. Il possède plus de ventilateurs et des trappes d’entrée et de sortie plus grandes ont été prévues. En effet, l’air qui circule dans les oignons est beaucoup plus important que celui qui circule dans les pommes de terre. Ici, on utilise des ventilateurs EC dont la vitesse peut être réglée. Un ordinateur de stockage a été installé dans tous les hangars. Le stockage est contrôlé par l’humidité relative. Des chauffages ont également été placés. C’est surtout au début de la saison qu’ils apportent leur contribution. Un réservoir de gaz de 5.000 l se trouve à l’extérieur du hangar. Au début de la saison de stockage, il peut être vidé en quelques jours. En ce qui concerne la consommation d’électricité, je suis reconnaissant de la contribution des panneaux solaires installés sur le toit des hangars.

Outre un hangar à machines, l’exploitation dispose de trois hangars de stockage modernes,  deux pour les pommes de terre et un pour les oignons.
Outre un hangar à machines, l’exploitation dispose de trois hangars de stockage modernes, deux pour les pommes de terre et un pour les oignons. - TD

Aide et conseils externes

Avez-vous souvent recours aux conseils ou orientations en matière culturale ?

Oui, certainement. Chaque culture – mais pas chaque parcelle — fait l’objet d’un échantillonnage avant la saison et le Service pédologique de Belgique émet une recommandation en matière d’engrais. Je m’y conforme en grande partie. Les experts agricoles des acheteurs nous rendent visite régulièrement au cours de la saison et nous font part de leur point de vue et de leur expérience. Je suis reconnaissant pour les conseils que je reçois. Après tout, je n’ai pas envie de me lancer seul dans des expériences de combinaison de produits ou autres. De plus, les conseillers voient plus de hangars et de champs que je n’en vois moi-même. Il serait donc insensé de ne pas écouter leurs recommandations. Pour autant, je ne les prends pas pour argent comptant.

Réalisez-vous l’ensemble des travaux seul ou faites-vous appel à des entrepreneurs ?

Le travail du sol, les semis, la protection des cultures, l’épandage d’engrais, les récoltes… Je les réalise moi-même. Par contre, un entrepreneur prend en charge la plantation et l’arrachage des betteraves et des pommes de terre. Il intervient aussi pour moissonner, épandre le fumier, mettre en terre et récolter les oignons. De plus, en lin et pois, c’est l’acheteur qui prend en charge la récolte. Je n’ai pas de parents ou d’enfants qui m’aident, et je ne suis pas non plus un acharné des machines. Il est donc logique que certains travaux soient sous-traités. De plus, l’avantage de l’entrepreneur est qu’il dispose d’un équipement récent et moderne. Pour les pannes et casses, je compte également beaucoup sur le concessionnaire local.

Le sol, une priorité

Labourez-vous ou utilisez-vous des techniques simplifiées de travail du sol ?

Durant l’automne 2023, en raison des conditions humides, j’ai exceptionnellement labouré après betteraves sucrières et maïs mais, de manière générale, je ne laboure plus. C’est un « travail » qui prend du temps et j’ai beaucoup de parcelles pour lesquelles je dois donc prendre des mesures de contrôle de l’érosion. Néanmoins, ce n’est pas pour cela que je ne laboure plus. Je le fais surtout pour garder la matière organique, les bons résidus de culture en surface et favoriser la vie du sol. Même si j’admets que je constate clairement l’impact que le non-labour a sur l’érosion. En outre, l’exploitation comprend aussi des bandes enherbées et anti-érosion. Le non-labour est un défi mais, cela fonctionne. Il permet d’obtenir un lit de semences suffisamment fin et absolument nécessaire pour les petites graines comme celles de lin. Je travaille avec un cultivateur à dents fines jusqu’à une profondeur d’environ 30 cm. Je ne travaillerai pas plus profond de sitôt. L’inconvénient de ne pas labourer est que l’on a plus de chances d’observer des ravageurs qui se nourrissent des résidus de cultures, surtout dans les oignons.

L’agriculteur travaille principalement en semis direct avecun cultivateur.
L’agriculteur travaille principalement en semis direct avecun cultivateur. - TD

Quelles méthodes contribuent à la bonne santé des sols selon vous ?

J’utilise beaucoup de fumier de ferme. Il provient d’entreprises extérieures. C’est un choix auquel je tiens et que je trouve aisé. Certaines terres reçoivent du fumier en automne et au printemps. Les parcelles en location sont parfois alimentées en lisier, mais j’en utilise peu. L’inconvénient du fumier est qu’il arrive que l’on ait des problèmes avec, par exemple, du ray-grass résistant. Mais, pour moi, c’est plus intéressant que de travailler avec du compost qui est plus cher et dont je dois assurer moi-même le transport. En utilisant le fumier depuis des années, j’ai remarqué qu’il fallait acheter de moins en moins d’engrais. Pour travailler le sol, je me concentre sur une large rotation des cultures. Cela ne fonctionne pas tous les ans pour chaque culture, mais j’essaie de revenir sur la même parcelle après 4 ou 5 ans, et encore plus longtemps dans le cas des pommes de terre. J’en retire également des avantages. Mes rendements à l’hectare sont plus élevés et je n’ai pas besoin d’étendre ma superficie pour produire plus de tonnes.

Les terres agricoles sont-elles soumises sous pression dans votre région ?

Oui, comme partout. Lorsqu’une parcelle agricole est mise en vente, les candidats sont nombreux. Et, il s’agit souvent de personnes qui ne sont pas issues de l’agriculture, qui spéculent. Je pense que les terres agricoles doivent rester entre les mains des agriculteurs. Je n’investis pas dans le secteur d’un autre en achetant, par exemple, un garage que je loue ensuite à un garagiste. Ça devrait être la même chose en agriculture. Dans la région, on a récemment commencé à construire une piste cyclable à côté de l’autoroute E40. À l’échelle d’une parcelle, ça ne représente pas beaucoup, mais dans l’ensemble beaucoup de bonnes terres disparaissent. Les agriculteurs du coin perdent également des terres au nom de l’Agence pour la nature et les bois. En outre, nous faisons partie du parc national « Brabantse Wouden ». L’impact de cette situation reste à voir, mais je m’attends à ce que cela s’aggrave.

Le dernier hangar de stockage est  spécialement conçu pour les oignons.
Le dernier hangar de stockage est spécialement conçu pour les oignons. - TD

L’avenir

Y a-t-il des investissements en cours de réalisation ?

En fait, j’ai beaucoup investi ces dernières années. En 2023, un tracteur d’occasion a remplacé deux tracteurs plus anciens. Les investissements dans les zones de stockage ne sont pas très vieux non plus. En effet, depuis la suppression du Cipc, j’ai investi dans le refroidissement. Des « éléments frigorifiques » ont été installés. Ils permettent de conserver les pommes de terre pendant une longue période.

Que vous réserve l’avenir ?

Je n’ai moi-même que 53 ans. La retraite n’est pas encore d’actualité et il n’y a pas encore de repreneur. J’aimerais continuer à faire ce que je fais. Je n’ai pas de grands projets d’expansion ou d’investissement. J’espère qu’à l’avenir, nos cultures ne seront pas trop durement attaquées par la faune. Les pigeons me causent de réels dégâts. Les dommages causés par les sangliers ne sont pas trop importants ici, mais à quelques kilomètres, les agriculteurs vvient de gros problèmes. Je souhaite aussi qu’il n’y ait pas trop de produits phytosanitaires qui disparaissent. Dans la culture des oignons, cela devient vraiment problématique. Les insecticides et les herbicides se font rares. La saison dernière, grâce à de nombreuses précipitations, nous avons encore réussi à lutter contre les mauvaises herbes, mais nous n’auront pas cette chance tous les ans.

Tim Decoster

A lire aussi en pommes de terre

Belpotato.be demande l’exécution correcte des contrats signés

pommes de terre Certains acheteurs de pommes de terre réduisent unilatéralement les quantités contractées pour les contrats déjà signés, sans aucune concertation. Une situation que Belpotato.be juge à la fois étonnante et inacceptable. De son côté, l’industrie de transformation invoque un excès de tonnages proposés dans les contrats pour la prochaine saison de culture et ce, en raison du changement de climat économique.
Voir plus d'articles