Optimiser la fertilisation des prairies de fauche en quelques questions
La fertilisation minérale utile aux prairies de fauche pour cette nouvelle saison trotte doucement dans la tête des éleveurs. Avant toute chose, il est nécessaire de déterminer les besoins et surtout les apports déjà réalisés ou programmés via les engrais organiques tels que les fumiers, composts ou autres lisiers et digestats.

Plusieurs questions peuvent être abordées afin de prévoir au mieux la fertilisation minérale lorsque celle-ci est nécessaire.
Quelle est la production de la prairie ?
En prairie de fauche, une priorité doit être mise sur la production printanière, sachant que 60 à 70 % du rendement annuel sont produits avant le 15 juillet. De plus, les valeurs nutritives de l’herbe sont toujours meilleures lors des premiers cycles de pousse qu’en la fin de saison.
Les objectifs vont aussi varier d’un élevage à l’autre en fonction des superficies fourragères, du chargement animal, des stratégies de productions mais aussi du stock de fourrage disponible en début de la saison.
Le tableau 1 présente des potentiels de rendement moyens pour les prairies de fauche productives (hors prairies sous cahier des charges Maec ou Natura 2000) sans accident climatique tel qu’une sécheresse printanière et/ou estivale sévère. Ces potentiels sont exprimés en tonnes de matière sèche par hectare et s’élèvent à 13 t de MS/ha pour les prairies temporaires et à 11, 9 ou 7 t de MS/ha pour les prairies permanentes à haute, moyenne ou faible production annuelle.
Pour ajuster ces chiffres de production à sa situation personnelle, des estimations peuvent être réalisées via, par exemple, le nombre de ballots produits par hectare et par année. En moyenne, une balle ronde (130 cm de diamètre) pèse 320 kg de matière sèche et ce, quel que soit le taux de MS du fourrage. Une parcelle produisant 30 balles rondes par hectare aura une production de matière sèche d’environ 10 t/ha.
Dans les régions les plus favorables, le rendement de certaines prairies temporaires lors des meilleures années peut même dépasser 18 t de MS/ha (par exemple une luzernière en zone sablo-limoneuse ou un mélange graminées/trèfles en zone Condroz namurois).
Qu’en est-il du sol ?
Le point de départ d’une bonne gestion de la fertilité des sols est bien évidemment la gestion de l’acidité. Un sol trop acide ne permettra pas une assimilation optimale des minéraux appliqués et ce, qu’ils soient d’origine organique ou minérale.
Au niveau des prairies, une légère acidité est reconnue comme étant l’optimum pour le fonctionnement du sol et de la flore. En plus d’un pH KCl du sol recherché autour de 5,8 ou un pH H2O (eau) autour de 6,2, c’est aussi du calcium qui doit être apporté dans le système.
Dans tous les cas, dans une région dont le sous-sol est de nature acide à très acide et faiblement pourvu en calcium, comme en Ardenne et Haute Ardenne, une application de chaux est recommandée tous les 3 à 4 ans.
Dans la grande majorité des cas, les teneurs en magnésium du sol des prairies wallonnes sont plus que suffisantes, voire excédentaires. Le choix du produit se fera donc plutôt sur des amendements uniquement à base de calcium comme des carbonates de calcium. Réaliser une analyse de sol tous les 3 à 4 ans est conseillé pour connaître la situation et son évolution au fil du temps.
Quels sont les besoins des prairies de fauche ?
Au vu du nombre de situations possibles au niveau de la gestion des prairies, le point développé dans ce paragraphe concernera uniquement la récolte sous forme d’ensilage et/ou préfané. La récolte sous forme de foin nécessite de manière générale moins d’apports azotés (20 kg N /t de MS) que pour une récolte sous forme d’ensilage sous peine de ne pas pouvoir sécher correctement l’herbe.
Pour calculer les besoins totaux des prairies, le
Si on reprend les rendements annuels moyens (
De quelle fertilisation minérale ai-je besoin ?
Le recours aux engrais minéraux sera nécessaire uniquement si les apports via le sol, les engrais de ferme et les légumineuses (lire par ailleurs) ne suffisent pas à combler les besoins. L’apport d’une petite quantité d’azote minéral au printemps pourra être envisagé en fonction des apports d’engrais organiques (fréquence et rapidité d’action) mais également de l’objectif de rendement recherché pour ses prairies. Afin de rendre ces calculs plus pratiques, deux exemples sont décrits ci-dessous.
Prairie permanente de fauche en Ardenne
Pour les autres coupes, une réflexion sur les stocks fourragers doit être faite en regard du potentiel de rendement de la prairie selon l’année, passer de 9 à 11 t de MS/ha, par exemple, et du prix des engrais pour décider s’il faut réaliser un second apport d’engrais ou non. Les applications d’engrais minéraux après le 15 août ne sont, pour la très grande majorité des cas, pas rentables.
Au niveau du phosphore, au vu des besoins totalement comblés dans ce cas de figure, une impasse peut être réalisée sans aucun souci, surtout si le sol est bien pourvu. Si, néanmoins, on utilise une formule complète N-P-K en sortie d’hiver, choisir une formule qui est faiblement dosée en phosphore sera le bon compromis.
Dans ce cas de figure, l’accent doit être mis sur un complément minéral potassique ou un engrais complet à base d’azote et de potasse avec un rapport de 1 unité d’azote pour 2 unités de potasse. Certaines formules N-P-K rencontrées en ferme de type 22-5-5 ou 20-6-6 ne serviraient, dans ce cas-ci, à rien au vu du déséquilibre en potassium.
Prairie temporaire de fauche en zone limoneuse
Le tableau 5 présente un exemple de bilan prévisionnel pour une prairie temporaire de fauche dans une rotation de culture en zone limoneuse (taux de MO de 2,3 %, pH KCl de 6,5 et teneurs en phosphore et potasse dans le sol très élevées) produisant 15 t de MS/ha/année (équivalent de 47 balles rondes/ha). Cette prairie est composée presque exclusivement de graminées de type ray-grass italien ou hybride et reçoit annuellement trois fois 15 m³ de lisier de bovins par hectare.
Pour rappel, les applications d’engrais minéraux après le 15 août ne sont, pour la très grande majorité des cas, pas rentables.
Dans notre exemple, une association de graminées de type ray-grass avec une légumineuse comme le trèfle violet aurait permis d’économiser jusqu’à 300 unités d’azote/ha et par année, qui représente un gain brut de 357 €/ha (1,19 €/unité d’N sur base du prix du nitrate 27 % au 24 janvier).
Du côté du phosphore, au vu des bonnes teneurs du sol dans ce cas de figure, une impasse cette année peut être réalisée sans aucun souci. Si néanmoins on utilise une formule complète N-P-K en sortie d’hiver, choisir une formule qui est faiblement dosée en phosphore sera le bon compromis.
Au niveau de la potasse, un apport complémentaire (150 à 200 unités/ha) est nécessaire selon la méthode du bilan employée et suivant les teneurs élevées du sol.
Dans ce cas, l’accent doit être mis sur un complément minéral azoté et potassique ou un engrais complet à base d’azote et de potasse avec un rapport de 1 unité d’azote pour 1,7 unités de potasse.
Quelques derniers conseils
Concernant le choix des engrais minéraux, comparez les fertilisants entre eux sur base du prix à l’hectare que vous devriez dépenser pour combler les besoins en éléments manquants au niveau de votre sol et non pas sur base du prix à la tonne. Par exemple, il manque 60 unités de potasse dans votre prairie et vous avez le choix entre un engrais de type 10-0-30 à 450 €/t et un engrais de type 20-5-5 à 250 €/t. Pour combler le manque de potasse, il vous faudra acheter 200 kg/ha de 10-0-30 pour un prix de 90 €/ha contre 1.200 kg/ha de 20-5-5 pour un prix de 300 €/ha !
En conclusion, on remarque que certains éleveurs mettent trop d’espoir dans l’efficacité des engrais minéraux, surtout azotés, pour atteindre une production de fourrage maximale. Or, les engrais ne seront efficaces agronomiquement que s’ils sont complémentaires aux autres sources et que le climat et le sol permettent une bonne valorisation de ces apports externes.
Économiquement, il revient à chacun de faire son calcul avant d’appliquer ses engrais. On se souviendra néanmoins qu’une étude française d’Arvalis a montré que l’application de 200 kg N/ha sur prairie a permis de produire au moins 80 % du rendement permis par 400 kg N/ha…
Pour toutes questions ou conseils : meniger@fourragesmieux.be et knoden@fourragesmieux.be.
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