F
Se donner le temps de réfléchir son projet
En 2010, à sa sortie de l’IPEA La Reid avec sa qualification technicien agricole en poche, il commence à travailler à l’usine le temps pour lui de réfléchir son projet de chèvrerie et de le concrétiser en indépendant complémentaire. Il se lancera en 2016 sur le terrain de sa grand-mère. « C’est l’année de la construction de mon premier bâtiment prévu pour 600 chèvres. J’ai eu l’occasion de racheter du terrain et de pouvoir baser mon élevage sur une quarantaine d’hectares de prairies. S’il veut s’orienter vers la Saanen, il ne trouve pas de lot assez conséquent pour commencer. Voulant rester en race pure, il s’oriente alors vers l’Alpine, qui produit un peu moins de lait mais qui a de meilleurs taux. Il commande donc 400 chevrettes dans une pépinière vendéenne, un groupement de commercialisation de reproducteurs caprins. Mon premier critère de choix : acheter des bonnes chèvres d’un lot pour démarrer de suite avec une bonne génétique. Le troupeau de départ est important pour partir sur de bonnes bases. »
« Avant de commencer, on avait déjà trouvé une laiterie demandeuse pour notre lait. » Il commence à traire début février 2017 quelque 360 jeunes mères. Pour sa1ère année de production 296.000 pour 360 chèvres traites. Il opte pour un carrousel de 48 places puisqu’il est alors seul sur l’exploitation.
En 2019, Manon Drouguet, sa compagne, arrive sur la chèvrerie. Cette même année, le cheptel à traire augmente, le taux de réforme également.
Un an plus tard, le couple agrandit l’étable. Celle-ci peut désormais accueillir 800 chèvres. Il en profite pour robotiser l’alimentation.
En termes de production pour l’année dernière, nous étions à 581.000 l de moyenne Aujourd’hui, 650 chèvres sont en lactation. L’année prochaine, nous devrions être à 780. Nous ne voulons pas dépasser les 800 laitières.« Avec l’augmentation du cheptel et la sélection, nous sommes à une moyenne de 1.050 l par chèvre. À termes, nous aimerions arriver à une production journalière moyenne minimum de 3,5 l par chèvre. C’est un objectif élevé mais avec la génétique il est clairement possible d’y parvenir. Certaines de nos chevrettes donnent déjà trois litres par jour dès leur première année. Autre levier pour y arriver : la bonne gestion de l’alimentation et la production des fourrages de qualité. »
Ici, nous sommes sur 45 ha de prairies de fauches. Les chèvres ne sortent pas et restent sur aire paillée toute l’année (1,5 m²/animal).
L’entièreté de la production part à la laiterie. « Il n’y a pas de volonté de transformation pour le moment. Peut-être un jour proposerons-nous de la glace, mais ce n’est pas d’actualité ! Le lait de chèvre est un marché de niche. »
L’IA pour travailler en circuit fermé
Chez les Lallemant, un tiers des bêtes sont mises à la reproduction. « Je garde quelque 200 chevrettes pour le renouvellement sur les 300 mises bas annuelles – groupées entre janvier et mars –, je vends les autres. »
L’objectif pour l’éleveur est de grandir en circuit fermé, avec ses propres jeunes. « Nous ne privilégions pas l’achat à l’extérieur. Il y a quelques années, nous avons fait le choix de l’insémination. Il a d’abord essayé avec une vingtaine de chèvres, il compte en inséminer une centaine cette année.
Une chèvre qui n’est pas plaine après une insémination, ne retournera jamais à l’insémination, comme toutes celles qui ont des problèmes de pis, de mises bas… Elles iront aux boucs et probablement dans les lots de lactations longues.
Vu que l’alpine a le pis qui « décroche plus facilement », le premier critère de sélection avec l’insémination pour François, c’est le pis. Viennent ensuite la taille, les membres et les bons aplombs.
Les lactations longues
Si un tiers du cheptel va à la repro, les deux autres tiers sont en lactation longue. On retrouve parmi ces animaux des laitières qui ont eu un problème à la mise bas, un déséquilibre de pis, ou d’excellentes productrices pour lesquelles l’éleveur ne veut pas prendre le risque de leur faire refaire une nouvelle lactation.
« Avec l’alpine on peut vite retrouver des pis à terre après deux ans. Dès que je vois un pis qui grossit ou qui pend un peu, la chèvre est laissée en lactation longue pour éviter que le pis ne se décroche. En règle générale, nous les réformons à 4-5 ans. Si elle vient à dépasser les cinq ans, c’est en général une bonne chèvre qui tient bien sa lactation. On la laisse tranquille. J’ai d’ailleurs encore une centaine de chèvres qui produisent dans la durée et qui sont de ma première année. Elles iront sur leur 7e année l’année prochaine.
Dans ce système, certaines lactations ne varient pas. « Cela dépend de la génétique de la chèvre », précise François. « Plus on aura une chèvre en bonne santé, avec un bon pis et une bonne capacité d’ingestion, plus elle pourra tenir une bonne lactation (3 à 4 litres en moyenne), même sur plusieurs années. Notre objectif est de sélectionner des chèvres qui pourront durer dans le temps. »
« Chez nous, la classification doit être améliorée »
« Avant de robotiser l’alimentation, nous avions un système très basique. Je déroulais une boule, j’ajoutais du grain… La même quantité pour tout le monde. Le problème avec mes boules ? Elles sont trop riches en sucre au printemps, un peu trop sèches en milieu de saison et trop humide en arrière-saison. Avec le robot, je peux mélanger trois à quatre types de fourrage et rajouter les autres ingrédients comme le maïs, le foin… La ration est homogène et équilibrée pour toutes les chèvres. »
Que ce soit pour les chevrettes, les lactations longues, les chèvres à la reproduction, les taries… 8 rations sont encodées dans l’ordinateur. Le robot peut les distribuer au lot correspondant.
La technologie a en outre permis de réduire la ration de 400g de concentrés/jour/chèvre en mélangeant plusieurs sortes de protéines. Elle permet aussi de soigner entre 4 et 6 fois par jour. « On a ainsi moins de gaspillage et une meilleure ingestion. L’économie en fourrages n’est pas négligeable. »
Enfin, en termes de travail d’astreinte et de main-d’œuvre, l’éleveur économise près de 3h par jour.
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Se donner le temps de réfléchir son projet
En 2010, à sa sortie de l’IPEA La Reid avec sa qualification technicien agricole en poche, il commence à travailler à l’usine le temps pour lui de réfléchir son projet de chèvrerie et de le concrétiser en indépendant complémentaire. Il se lancera en 2016 sur le terrain de sa grand-mère. « C’est l’année de la construction de mon premier bâtiment prévu pour 600 chèvres. J’ai eu l’occasion de racheter du terrain et de pouvoir baser mon élevage sur une quarantaine d’hectares de prairies. S’il veut s’orienter vers la Saanen, il ne trouve pas de lot assez conséquent pour commencer. Voulant rester en race pure, il s’oriente alors vers l’Alpine, qui produit un peu moins de lait mais qui a de meilleurs taux. Il commande donc 400 chevrettes dans une pépinière vendéenne, un groupement de commercialisation de reproducteurs caprins. Mon premier critère de choix : acheter des bonnes chèvres d’un lot pour démarrer de suite avec une bonne génétique. Le troupeau de départ est important pour partir sur de bonnes bases. »
« Avant de commencer, on avait déjà trouvé une laiterie demandeuse pour notre lait. » Il commence à traire début février 2017 quelque 360 jeunes mères. Pour sa1ère année de production 296.000 pour 360 chèvres traites. Il opte pour un carrousel de 48 places puisqu’il est alors seul sur l’exploitation.
En 2019, Manon Drouguet, sa compagne, arrive sur la chèvrerie. Cette même année, le cheptel à traire augmente, le taux de réforme également.
Un an plus tard, le couple agrandit l’étable. Celle-ci peut désormais accueillir 800 chèvres. Il en profite pour robotiser l’alimentation.
En termes de production pour l’année dernière, nous étions à 581.000 l de moyenne Aujourd’hui, 650 chèvres sont en lactation. L’année prochaine, nous devrions être à 780. Nous ne voulons pas dépasser les 800 laitières.« Avec l’augmentation du cheptel et la sélection, nous sommes à une moyenne de 1.050 l par chèvre. À termes, nous aimerions arriver à une production journalière moyenne minimum de 3,5 l par chèvre. C’est un objectif élevé mais avec la génétique il est clairement possible d’y parvenir. Certaines de nos chevrettes donnent déjà trois litres par jour dès leur première année. Autre levier pour y arriver : la bonne gestion de l’alimentation et la production des fourrages de qualité. »
Ici, nous sommes sur 45 ha de prairies de fauches. Les chèvres ne sortent pas et restent sur aire paillée toute l’année (1,5 m²/animal).
L’entièreté de la production part à la laiterie. « Il n’y a pas de volonté de transformation pour le moment. Peut-être un jour proposerons-nous de la glace, mais ce n’est pas d’actualité ! Le lait de chèvre est un marché de niche. »
L’IA pour travailler en circuit fermé
Chez les Lallemant, un tiers des bêtes sont mises à la reproduction. « Je garde quelque 200 chevrettes pour le renouvellement sur les 300 mises bas annuelles – groupées entre janvier et mars –, je vends les autres. »
L’objectif pour l’éleveur est de grandir en circuit fermé, avec ses propres jeunes. « Nous ne privilégions pas l’achat à l’extérieur. Il y a quelques années, nous avons fait le choix de l’insémination. Il a d’abord essayé avec une vingtaine de chèvres, il compte en inséminer une centaine cette année.
Une chèvre qui n’est pas plaine après une insémination, ne retournera jamais à l’insémination, comme toutes celles qui ont des problèmes de pis, de mises bas… Elles iront aux boucs et probablement dans les lots de lactations longues.
Vu que l’alpine a le pis qui « décroche plus facilement », le premier critère de sélection avec l’insémination pour François, c’est le pis. Viennent ensuite la taille, les membres et les bons aplombs.
Les lactations longues
Si un tiers du cheptel va à la repro, les deux autres tiers sont en lactation longue. On retrouve parmi ces animaux des laitières qui ont eu un problème à la mise bas, un déséquilibre de pis, ou d’excellentes productrices pour lesquelles l’éleveur ne veut pas prendre le risque de leur faire refaire une nouvelle lactation.
« Avec l’alpine on peut vite retrouver des pis à terre après deux ans. Dès que je vois un pis qui grossit ou qui pend un peu, la chèvre est laissée en lactation longue pour éviter que le pis ne se décroche. En règle générale, nous les réformons à 4-5 ans. Si elle vient à dépasser les cinq ans, c’est en général une bonne chèvre qui tient bien sa lactation. On la laisse tranquille. J’ai d’ailleurs encore une centaine de chèvres qui produisent dans la durée et qui sont de ma première année. Elles iront sur leur 7e année l’année prochaine.
Dans ce système, certaines lactations ne varient pas. « Cela dépend de la génétique de la chèvre », précise François. « Plus on aura une chèvre en bonne santé, avec un bon pis et une bonne capacité d’ingestion, plus elle pourra tenir une bonne lactation (3 à 4 litres en moyenne), même sur plusieurs années. Notre objectif est de sélectionner des chèvres qui pourront durer dans le temps. »
« Chez nous, la classification doit être améliorée »