De la production au transport: comment mieux maîtriser ces coûts énergétiques?
La rentabilité économique des fermes maraîchères est l’un des piliers de leur durabilité. Une analyse comptable complète est requise pour identifier les principaux postes des frais et des revenus. Les charges directes comme les plants, la fertilisation et la protection sont aisément identifiables. En revanche, l’énergie est un poste plus difficile à estimer dans son ensemble. Nous devons nous y pencher avec une attention particulière sur base d’estimations récentes afin d’être prompts à réagir en cas d’évolutions substantielles des coûts.

Les fermes maraîchères restent dépendantes d’achats énergétiques pour produire en plein air et sous serre, protéger les cultures (désherbages, soins…), conserver les légumes avant leur commercialisation et ensuite pour les transporter.
Au niveau de la production d’abord, l’irrigation a besoin d’énergie pour fonctionner. Des études françaises (Chambre d’agriculture du Grand Est) ont permis d’estimer qu’il fallait prévoir 1 kWh par m³ d’eau amenée via un enrouleur, 0,5 kWh par m³ pour l’emploi de rampes ou d’irrigation basse tension et 0,3 kWh pour l’irrigation par goutte-à-goutte.
Les engrais représentent un fort pourcentage des émissions de gaz à effet de serre totales, de l’ordre de ¼ de l’ensemble des émissions. L’emploi de mulch et d’engrais verts est une réponse positive à cet aspect et répond partiellement aux besoins d’azote.
Le chauffage des serres est un poste très lourd. C’est notamment le cas pour produire des tomates ou des concombres du milieu de l’automne au milieu du printemps. Cela concerne les producteurs en serres chauffées. Nous pouvons estimer que 80 % des besoins énergétiques concernent le chauffage de nuit. Les structures froides sont, évidemment, peu concernées par une hausse des coûts.
Toutefois, des solutions existent, à commencer par l’évaluation de l’opportunité de telles cultures dans la ferme à cette époque-là. Les aménagements les plus facilement accessibles ont souvent déjà été réalisés, si ce n’est pas le cas, ils méritent d’être étudiés : écrans thermiques, ballons de stockage d’eau chaude, automation des réglages de chauffage, chauffage à basse température, la cogénération, etc.
Défi de l’enherbement : plusieurs options possibles
Les activités liées à la protection des plantes et en particulier celles visant la maîtrise de l’enherbement sont des aspects très importants pour les fermes maraîchères actives en production de plein air.
Chaque année nous voyons apparaître des techniques nouvelles ou améliorées pour aider le maraîcher à maintenir ses cultures hors de la concurrence des adventices. Les herses adaptées, les bineuses guidées et les robots de désherbage évoluent considérablement. Si leur prix n’est pas nécessairement à la portée des petites exploitations, le recours aux achats en commun et à l’entreprise sont des solutions. Mais en pratique, ces fermes maraîchères diversifiées n’ont pas encore la possibilité de recourir à ces technologies modernes.
Ces aspects liés à l’énergie sont aussi en lien avec leur survie. Il a été calculé à maintes reprises que la maîtrise de l’enherbement représente de l’ordre de 70 % des coûts en maraîchage sans herbicides comme c’est le cas en bio. Or, même pour ceux en conventionnel, la gamme de produits disponibles se réduit de plus en plus. Les méthodes alternatives sont chronophages et énergivores. Nous devons plus que jamais rester attentifs à l’évolution des techniques pour y faire face.
Les solutions de base sont multiples et font appel aux techniques de rotation, de faux semis, de maintien de la biodiversité de l’environnement de la parcelle. L’allongement de la rotation maraîchère en intercalant des cultures de céréales ou de fourrages est une possibilité d’amélioration de ce poste.
La conservation et les trajets : d’autres postes énergivores
La conservation par le froid est très énergivore. La consommation est plus forte lorsque la température extérieure est élevée, comme en journée et durant l’été. Ce sont des périodes durant lesquelles le fonctionnement de panneaux photovoltaïque est efficace, des investissements dans ce sens peuvent donc se justifier. À tout moment de l’année, nous pouvons opter pour plusieurs aménagements, comme le bon nettoyage et l’entretien des installations, le renforcement de l’isolation ou encore l’emploi de l’air frais extérieur chaque fois que possible.
Le transport est également un poste qui requiert beaucoup d’énergie pour une ferme maraîchère. Cela concerne l’acheminent du matériel, des personnes et des récoltes entre la ferme et les champs. C’est également le cas des trajets afin d’amener les légumes jusqu’aux points de vente.
D’un autre côté, une augmentation des coûts des carburants pour les longues distances impacte davantage les importations de légumes et réduit ainsi leur concurrence avec les produits locaux.
Nous devons rationaliser ces déplacements et bien inclure leur coût dans les réflexions liées à l’évolution de notre entreprise et sur les modes de commercialisation.
Voici un exemple qui mérite une réflexion : le transport hebdomadaire de produits frais depuis une ferme maraîchère jusqu’à un marché public situé en ville à plusieurs dizaines de kilomètres. La distance, l’itinéraire, le type de véhicule, le coût du carburant, l’entretien interviennent dans l’estimation du coût par déplacement, à compenser sur la marge laissée lors de la vente.
Les solutions envisageables pour produire son énergie
Les maraîchers peuvent explorer les mêmes pistes que les agriculteurs pour produire une partie de l’énergie à la ferme. La méthanisation, la culture en courte rotation de combustible, la production d’huile végétale comme combustible, l’emploi de panneaux solaires ou photovoltaïques, l’installation d’éolienne ou hydroélectrique… sont autant de pistes pouvant être explorées. Pour une jeune entreprise, les coûts nécessaires pour de telles installations seront un frein important. Les panneaux liés à l’installation d’un frigo et le fonctionnement de l’irrigation sont les deux premières solutions à étudier. Il y a, en effet, une correspondance entre les périodes aux plus grands besoins et ceux où la production d’énergie est la plus performante.
Enfin, n’oublions pas que dès les premiers pas de son installation, le maraîcher est amené à tenir une comptabilité analytique détaillée précise. Les informations nécessaires à la comptabilité fiscale ne suffisent pas à elles seules.