Main-d’œuvre et bonne organisation: des facteurs essentiels à la réussite de la ferme
Si dans un premier temps, au sein des fermes maraîchères, les propriétaires ont tendance à se focaliser sur les aspects techniques, commerciaux et environnementaux, les facteurs sociaux sont également primordiaux, avec notamment le bon emploi de la main-d’œuvre. En effet, si la position géographique du point de vente, la qualité des sols, la disponibilité en eau et en énergie sont importants, cette main-d’œuvre est le premier facteur de production. Et il est toujours possible d’améliorer l’organisation du travail, que l’on soit déjà bien implanté, ou novice à l’installation.

Les visites d’autres fermes peuvent être inspirantes pour voir comment s’organiser dans son exploitation. De plus, il est essentiel de bien réfléchir avant de se lancer dans le travail. Ainsi, les choix personnels des cultures maraîchères à produire sont à moduler et à modérer sous deux contraintes majeures : le débouché et la situation pédoclimatique. Sur les surfaces professionnelles, il n’y a de la place que pour les cultures justifiées économiquement ou agronomiquement. De plus, nous devrons tenir compte des moyens de protection disponibles comme la présence de serres et de frigos. Et surtout, estimons bien les besoins en bras.
En outre, la limite commerciale est déterminante. Bien que les statistiques démontrent clairement une insuffisance de la production en Wallonie par rapport aux besoins, la réalité s’étudie sur des espaces géographiquement plus larges. Même en circuits courts, il y a encore des opportunités. Il convient cependant de tenir compte de la présence de fermes maraîchères dans les environs proches.
La limite pédoclimatique intervient dans le potentiel de production mais également et surtout sur les besoins en main-d’œuvre pour l’élaboration et la présentation des légumes pour la vente. Les terrains lourds permettent de plus grandes facilités de maintien de la fraîcheur dans le sol ce qui est intéressant pour des légumes comme les choux. Par contre, le décrottage des racines de légumes comme les carottes ou de fûts de poireaux seront compliqués.
Ne pas sous-estimer les besoins
Deux grandes charges de travail sont à distinguer d’emblée pour l’installation et pour la production proprement dite. En effet, le travail d’installation ou d’aménagement est lourd mais ne se répète pas.
Au contraire, le travail de production se répète au fil des semaines. Il comprend la production, la commercialisation, l’administration et la gestion. L’ensemble de ces tâches aura probablement des pointes hebdomadaires, toutefois il doit être déterminé pour rester supportable par les forces vives de la ferme maraîchère. C’est d’autant plus important si le recours à des entreprises spécialisées est peu disponible localement. Une charge trop lourde peut entraîner un découragement et un épuisement après quelques années au point de mettre en péril la viabilité de l’entreprise.
La surveillance quotidienne des cultures, les ouvertures et fermetures des aérations de serres sont des moments indispensables. Des manquements peuvent coûter cher : prenons les exemples de cultures gâchées à cause d’excès thermiques, des stades clés ratés par manque de temps pour observer, des serres abîmées par des vents forts par suite d’omissions.
Par ailleurs, nous avons tous besoin d’un temps de repos hebdomadaire, tenons-en compte dans notre planification des besoins horaires.
Il faut aussi compter du temps pour « souffler ». Une équipe est prête à donner un gros effort lors des moments de pointe. Elle voit le travail avancer, c’est motivant. Toutefois, cela ne peut pas durer chaque jour de la même manière. Il faut aussi prévoir des moments de réflexion avec le responsable, inclure les équipes aux journées de formations, aux excursions dans d’autres fermes. Ce sont autant d’opportunités de pouvoir libérer la parole et de discuter de points qui ne sont pas clairs aux yeux de l’ensemble de l’équipe.
Répartir les pointes de travail
Le calendrier des cultures permet d’identifier les pointes de travail liées aux implantations et aux récoltes. N’oublions pas le point essentiel de la maîtrise de l’enherbement qui est très chronophage. Le projet Interreg Vetabio actif sur l’espace transfrontalier Hauts-de-France, Vlaanderen-Wallonie a pu déterminer que cette seule activité exigeait jusqu’à 70 % du temps de production chez certains maraîchers bio.
Il faut aussi prévoir de la réserve de temps pour s’adapter aux contraintes météo.
N’oublions pas, non plus, le temps de formation du maraîcher, un ou deux jours par mois ne sont pas du luxe.
De plus, l’administration est lourde : il faut prévoir du temps pour la gestion des commandes, les facturations, les comparaisons de prix.
Enfin, la recherche de débouchés demande un travail de veille régulier pour ne pas rater des opportunités, se tenir informé, garder des contacts avec les maillons de la filière. Avec celles consacrées à la gestion (gérer, c’est prévoir), ce sont les heures les plus rentables des activités du maraîcher.
Être efficient : la base de la réussite
Bien entendu, si sur un marché j’arrive à vendre en moyenne pour 100 € de chiffre d’affaires à l’heure, ce n’est pas du tout la même chose qu’une situation où j’atteins 500 € sur le même temps. Même chose entre récolter 20 ou 50 barquettes de fraises à l’heure ou encore désherber une bande 10 ares en 2 semaines ou en 1 jour et demi. L’efficience est la clé de la réussite. C’est une question d’habilité à la fonction et surtout de moyens disponibles et d’organisation.
La compétence de l’équipe
Chaque membre du personnel vient avec ses compétences et les développe au contact des autres. Il n’est pas indispensable que chacun d’entre eux soit au top du savoir-faire. Mais il faut au moins qu’une partie soit à un très bon nouveau d’efficacité. Les autres participent aussi aux tâches et peuvent les imiter, les compléter. Cette équipe ne doit pas nécessairement être homogène, même si elle doit comprendre des personnes fiables aux points clés. Du personnel appelé en renfort occasionnel ou des stagiaires ne peuvent pas constituer l’équipe à eux seuls sans risquer de perdre du temps ou de la qualité d’intervention. C’est assez logique : c’est en travaillant que chacun devient un travailleur expérimenté, ce n’est pas inné.
Gagner en efficacité en s’organisant correctement
L’organisation du travail permet de réduire la pénibilité tout en augmentant l’efficacité de l’équipe. Bien s’organiser permet d’éviter des déplacements énergivores et chronophages. Pour éviter les fatigues, n’hésitons pas à varier les tâches de chacun durant la journée ou la semaine.
La motivation des travailleurs est également stimulée par la présence et la participation sur le terrain du responsable.
Il est important de prévoir des moments de communication entre les participants. Dans le même objectif, les temps passés à parler au téléphone doivent être cadrés dès le départ.
Et aussi… Les pertes de temps coûtent cher et démotivent. N’hésitons pas à partager les réflexions qui concernent ces aspects avec les membres de l’équipe. Il y a toujours plus d’idées dans plusieurs têtes que dans une. C’est une façon aussi d’impliquer les collaborateurs dans le fonctionnement de l’entreprise.